Renault Alliance (1982-1986)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Renault Alliance :
La petite fiancée de l'Amérique
Depuis l'après-guerre, Renault regarde régulièrement vers l'Amérique. La 4 CV, la Dauphine, puis la Floride ont tenté leur chance outre-Atlantique, avec des fortunes diverses. Le problème est alors assez simple : les constructeurs européens et américains ne parlent pas vraiment le même langage automobile.
Les Américains proposent des voitures imposantes, souvent équipées de gros V8, alors que les Européens arrivent avec des modèles compacts, économiques et frugaux, mais dont l'équipement et les prestations peuvent paraître bien modestes au regard des habitudes américaines. Ford parvient à jouer sur les deux tableaux, notamment grâce au travail de ses filiales britannique et allemande. Pour Renault, en revanche, le marché américain reste difficile à pénétrer.
Le constructeur français comprend progressivement qu'il lui manque surtout deux choses : un réseau de distribution et une véritable implantation locale.
🇺🇸 Renault rencontre AMC
Cette fois, Renault ne va donc pas essayer de conquérir l'Amérique toute seule.
Les premiers rapprochements avec American Motors Corporation, quatrième constructeur américain derrière General Motors, Ford et Chrysler, remontent aux années 1960. Renault a distribué notamment les Rambler en France, sans grand succès. Mais à la fin des années 1970, les relations prennent une autre dimension.
En 1979, AMC commence à distribuer la Renault 5, baptisée Le Car, sur le marché américain. Renault entre parallèlement au capital d'AMC et augmente progressivement sa participation. L'objectif est clair : disposer d'un réseau américain et d'une capacité industrielle locale, tout en apportant à AMC des modèles plus adaptés à une clientèle désormais sensible à la consommation de carburant.
La situation financière d'AMC est toutefois de plus en plus fragile. Renault investit donc davantage et finit par prendre le contrôle du constructeur américain. L'usine de Kenosha, dans le Wisconsin, devient alors un élément essentiel de la stratégie Renault outre-Atlantique.
La Régie dispose enfin de ce qui lui manquait depuis longtemps : une voiture adaptée au marché américain et une usine pour la fabriquer sur place.
🇫🇷 Une Renault 9 qui traverse l'Atlantique
La candidate est toute trouvée : la Renault 9.
Présentée en 1981 et élue Voiture européenne de l'année 1982, la petite berline correspond parfaitement aux nouvelles préoccupations américaines du début des années 1980. Après les crises pétrolières, la consommation devient un argument déterminant et les petites voitures connaissent un regain d'intérêt.
Mais il n'est évidemment pas question de débarquer avec une Renault 9 européenne telle quelle.
AMC et Renault l'adaptent donc aux goûts et aux normes américaines. La voiture reçoit de gros pare-chocs répondant aux normes locales, une calandre à quatre phares inspirée de la Renault 11, davantage de chrome, de nouvelles poignées de portes, des rétroviseurs spécifiques et différents éléments de carrosserie et de finition. Même le pare-brise et certains détails de construction sont adaptés au marché local.
Sous le capot, le petit quatre cylindres de 1,4 litre reçoit une injection adaptée au marché américain. Le refroidissement, l'embrayage, la transmission et différents éléments sont également modifiés pour répondre aux contraintes locales et aux normes antipollution.
La voiture prend alors un nouveau nom : Renault Alliance.
Et surtout, elle est fabriquée aux États-Unis, dans l'usine AMC de Kenosha.
Ce détail n'est pas anodin. L'Alliance comporte environ 72 % de composants américains, ce qui lui permet d'être considérée comme une voiture domestique par Motor Trend. C'est d'ailleurs ce qui lui permettra de concourir dans la catégorie américaine de son prix de la voiture de l'année.
🏆 L'Alliance conquiert l'Amérique
L'Alliance arrive donc au bon moment.
En 1983, le souvenir de la crise pétrolière est encore très présent et le prix du carburant occupe une place importante dans les préoccupations des automobilistes. Face à elle, les constructeurs américains proposent encore beaucoup de modèles lourds et gourmands.
L'Alliance paraît alors presque miraculeuse : compacte sans être minuscule, confortable, correctement équipée, sobre et dotée d'un comportement routier qui tranche avec celui de nombreuses productions américaines de l'époque.
Motor Trend la désigne Car of the Year 1983. C'est une première pour une voiture portant un nom de constructeur étranger dans cette catégorie américaine. Le magazine apprécie notamment son confort, son comportement routier, son économie de carburant et la qualité de son intégration des normes américaines. Car and Driver la place également en tête de sa liste des dix meilleures voitures de 1983.
Le succès commercial suit.
Pour 1983, plus de 142 000 exemplaires sont produits, et l'Alliance semble alors parfaitement placée pour devenir le modèle qui va permettre à Renault et AMC de réussir leur mariage franco-américain.
Mais l'histoire va rapidement prendre une autre direction.
🔧 Une voiture qui doit encore s'adapter
L'Alliance existe en deux ou quatre portes et propose plusieurs niveaux de finition. L'équipement peut être assez conséquent pour une petite voiture de cette époque, avec notamment la boîte manuelle à cinq rapports, la climatisation, la direction assistée, le régulateur de vitesse ou encore différentes options électriques selon les versions.
Mais cette petite Renault n'a pas été conçue à l'origine pour recevoir tout ce que le marché américain réclame.
La climatisation, quasiment incontournable outre-Atlantique, pénalise notamment les performances du petit 1,4 litre. L'Alliance n'a jamais été une voiture rapide : avec la boîte automatique à trois rapports, les performances deviennent franchement modestes. Motor Trend mesurera ainsi un 0 à 60 mph en 17,3 secondes sur une version automatique.
Et surtout, les problèmes de fiabilité vont progressivement ternir l'image du modèle.
Les modifications nécessaires pour adapter la Renault aux normes américaines, associées à une qualité de fabrication qui va se révéler insuffisante, commencent à faire parler d'elles. Ce qui était présenté comme une petite voiture européenne bien pensée devient progressivement une voiture dont les propriétaires doivent composer avec des problèmes mécaniques et électriques.
Le paradoxe est cruel : la même presse qui avait salué la qualité de fabrication de l'Alliance en 1983 devra quelques années plus tard revenir sur son enthousiasme. Motor Trend reconnaît aujourd'hui que la durabilité s'est révélée très mauvaise.
🚗 L'Encore arrive
Renault et AMC ne se limitent cependant pas à la berline.
En 1984 apparaît l'Encore, qui n'est autre que la version américaine de la Renault 11. Avec son hayon, elle complète logiquement l'Alliance et élargit la gamme.
Puis, en 1985, Renault pousse le concept un peu plus loin avec le cabriolet Alliance.
Le cabriolet est naturellement plus spectaculaire que la berline. Il reçoit une finition plus soignée et la direction assistée de série. Une petite barre chromée, sorte de véronique, prend place sur la malle arrière. Elle est davantage décorative qu'indispensable, mais elle participe à donner au modèle un petit air de voiture de loisirs.
Surtout, le cabriolet reçoit le nouveau moteur de 1 721 cm³, plus puissant que le 1,4 litre. Les normes antipollution américaines limitent cependant fortement les performances que l'on pourrait attendre de cette mécanique.
Le cabriolet connaît un joli démarrage avec environ 7 300 exemplaires en 1985, avant que les volumes ne chutent à environ 2 100 en 1986 puis 1 200 en 1987.
Le marché américain commence déjà à changer.
📉 L'Amérique change d'avis
C'est là que l'histoire de l'Alliance devient particulièrement intéressante.
Elle n'est pas simplement victime de ses défauts. Le marché pour lequel elle avait été conçue est lui-même en train de changer.
Au début des années 1980, l'économie de carburant est essentielle. Quelques années plus tard, le prix de l'essence a fortement baissé et les Américains recommencent à regarder vers des voitures plus grandes et plus puissantes.
L'Alliance, elle, reste une petite voiture économique.
Son moteur de 1,4 litre est devenu trop juste. Le 1,7 litre apparu en 1985 améliore la situation, mais arrive alors que l'image de la voiture commence déjà à être atteinte par les problèmes de qualité. Motor Trend souligne d'ailleurs que la baisse du prix de l'essence et le retour progressif des acheteurs vers des voitures plus puissantes ont contribué au déclin des ventes à partir du milieu des années 1980.
En 1986, l'Alliance bénéficie d'un lifting. Mais il est trop tard.
AMC reste financièrement fragile et la gamme issue de la coopération avec Renault ne suffit plus à redresser la situation. L'Alliance, qui devait être l'un des symboles de la renaissance d'AMC, devient progressivement l'un des produits d'une entreprise qui ne trouve plus vraiment sa place entre les constructeurs américains traditionnels et les nouveaux concurrents japonais.
La production de l'ensemble Alliance, Encore et GTA (une Fuego revue et corrigée) dépassera tout de même les 600 000 exemplaires à Kenosha entre 1983 et 1987. L'échec n'est donc pas celui d'une voiture qui n'aurait trouvé aucun public. C'est plutôt celui d'une stratégie industrielle qui n'aura pas résisté au changement rapide du marché.
🇺🇸 Fin de l'aventure
En 1987, Chrysler rachète AMC.
L'Alliance, l'Encore et les autres Renault américaines disparaissent alors rapidement du catalogue. Renault abandonne progressivement l'automobile particulière aux États-Unis, même si les Jeep, notamment les CJ-7 (voir ici une Jeep Wrangler) et Cherokee, continueront encore quelque temps à être distribuées par son réseau.
L'Alliance aura finalement connu une carrière aussi paradoxale que son origine.
Elle était née de la rencontre entre une Renault 9 française et une entreprise américaine en difficulté. Elle avait été conçue pour répondre aux attentes d'une Amérique qui voulait consommer moins, et elle avait même reçu le titre de voiture de l'année 1983.
Quelques années plus tard, cette même Amérique voulait à nouveau davantage de puissance et de confort, tandis que les problèmes de qualité avaient largement écorné sa réputation.
L'Alliance n'était donc peut-être pas une mauvaise idée. Elle était simplement une voiture arrivée au mauvais moment pour durer.
La petite fiancée de l'Amérique n'aura finalement pas épousé son pays d'adoption. Mais pendant quelques années, elle aura suffisamment séduit pour recevoir les honneurs de la presse automobile américaine.
Pour en savoir plus : Club Renault Alliance
















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