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30 octobre 2026

Bugatti Veyron 16.4 (2005-2015)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Bugatti Veyron :
Le Phénix de la démesure

 

🏛️ La renaissance d'une légende

À la fin du XXe siècle, le nom Bugatti appartient davantage à l'histoire automobile qu'à l'actualité. La marque fondée par Ettore Bugatti à Molsheim a connu ses heures de gloire durant l'entre-deux-guerres, avant de disparaître progressivement du paysage industriel. Plusieurs tentatives de renaissance ont bien eu lieu, notamment sous l'impulsion de Romano Artioli avec l'EB110, mais elles n'ont pas permis à la marque de retrouver durablement sa place.

En 1998, le groupe Volkswagen rachète les droits de Bugatti avec une ambition qui dépasse largement celle d'une simple opération de prestige. Ferdinand Piëch, alors à la tête du constructeur allemand, entend redonner vie à cette marque prestigieuse en lui associant une automobile capable de repousser les limites de la technique. Le choix de Molsheim, berceau historique de Bugatti, n'est pas anodin : la nouvelle aventure doit renouer avec les origines françaises de la marque.

Les premières études se succèdent rapidement. Après les EB 118 et EB 218, deux grandes voitures de prestige présentées en 1998, Volkswagen dévoile en 1999 les prototypes EB 18/3 Chiron et EB 18/4 Veyron. Ce dernier, présenté au salon de Francfort, esquisse déjà les lignes de la future voiture de série. Mais derrière ce projet se cache une ambition autrement plus spectaculaire : concevoir une automobile capable de dépasser les 400 km/h tout en conservant le confort et le raffinement attendus d'une Bugatti.

Ferdinand Piëch fixe alors trois objectifs qui vont guider tout le développement : une vitesse de pointe supérieure à 400 km/h, une puissance de 1 001 chevaux et un prix de vente d'un million d'euros hors taxes. Trois chiffres qui résument une ambition presque provocatrice : proposer la voiture de série la plus rapide, la plus puissante et l'une des plus chères du monde. Le chiffre de 1 001 chevaux n'est pas choisi au hasard. Il permet de franchir symboliquement le cap des 1 000, avec une petite marge supplémentaire. Quant au million d'euros, il traduit la volonté de faire de la Veyron une automobile d'exception, sans chercher à la rendre accessible au plus grand nombre.

 

⚙️ Un moteur hors normes

Derrière cette ambition se trouve un homme : Ferdinand Piëch. Ingénieur de formation, petit-fils de Ferdinand Porsche, il s'est déjà illustré chez Porsche en participant activement au développement de la 917, la voiture qui permettra à la marque de remporter ses premières 24 Heures du Mans en 1970. Son intérêt pour les architectures mécaniques inhabituelles ne date donc pas de la Veyron. Il avait notamment travaillé sur un moteur 16 cylindres destiné à la 917, finalement abandonné au profit du douze cylindres à plat.

En 1997, lors d'un voyage en Shinkansen entre Tokyo et Nagoya, Piëch esquisse sur une enveloppe un moteur de 18 cylindres. L'idée est ambitieuse : réunir trois rangées de six cylindres dans une architecture en W, pour obtenir un moteur puissant, compact et particulièrement souple. Ce premier projet donnera naissance à plusieurs études avant que les ingénieurs ne retiennent finalement un W16, plus adapté aux contraintes d'encombrement et de suralimentation.

Le lien avec la 917 ne s'arrête pas là. Cette voiture avait atteint 406 km/h dans la ligne droite des Hunaudières au Mans. Pour Piëch, la future Bugatti devra faire mieux. La barre des 400 km/h n'est donc pas un chiffre choisi au hasard : elle s'inscrit aussi dans une histoire personnelle, celle d'un ingénieur qui entend dépasser les limites qu'il avait lui-même contribué à repousser.

Présentée en 2000, l'EB 16/4 Veyron annonce déjà les grandes lignes de la future voiture. Son moteur de 8 litres reçoit quatre turbocompresseurs et développe une puissance annoncée de 1 001 ch, accompagnée d'un couple de 1 250 Nm. Pour transmettre cette cavalerie au sol, Bugatti retient une transmission intégrale permanente et une boîte robotisée à double embrayage et sept rapports.

Mais produire 1 001 chevaux n'est qu'une partie du problème. Il faut aussi parvenir à évacuer la chaleur considérable dégagée par un moteur de 8 litres alimenté par quatre turbocompresseurs. La Veyron dispose pour cela de dix radiateurs, répartis entre les différents circuits de refroidissement du moteur, de l'huile, de la transmission et des systèmes de suralimentation. Cette multiplication des échangeurs impose une circulation d'air particulièrement étudiée et explique en partie la complexité des prises d'air et des ouvertures de la carrosserie.

Le refroidissement n'est d'ailleurs qu'un des nombreux défis à résoudre. À plus de 400 km/h, les pneumatiques subissent des contraintes considérables, tandis que la résistance aérodynamique augmente très rapidement. Il faut également garantir une stabilité suffisante et concevoir un système de freinage capable de dissiper une quantité d'énergie impressionnante. La Veyron ne peut donc pas être simplement un moteur surpuissant installé dans une carrosserie élégante : chaque élément doit être pensé en fonction des autres.

La production en série est officiellement décidée en 2001. Le développement va cependant se révéler plus long et plus complexe que prévu. La Veyron ne sera pas simplement une voiture rapide : elle devra être capable de reproduire ses performances sans compromettre sa fiabilité ni son agrément de conduite.

 

🏎️ La voiture de tous les superlatifs

Après plusieurs années de mise au point, la Bugatti Veyron 16.4 est officiellement présentée au public en septembre 2005. Sa fabrication débute à Molsheim, dans les ateliers spécialement aménagés pour accueillir cette automobile hors normes. Chaque exemplaire est assemblé à la main, dans un environnement où la qualité de finition doit être à la hauteur des ambitions techniques.

La carrosserie reprend les grandes lignes du prototype EB 18/4, avec une silhouette immédiatement reconnaissable. Les deux parties de la carrosserie, les ailes galbées, la fameuse ligne centrale et les prises d'air latérales composent un ensemble qui cherche autant l'élégance que l'efficacité aérodynamique. L'habitacle n'est pas en reste : cuir, aluminium et matériaux nobles rappellent que la Veyron reste une automobile de grand tourisme, malgré ses performances de voiture de compétition.

Sous cette carrosserie se trouve une structure monocoque en fibre de carbone, associée à des éléments en aluminium. Le moteur W16 est installé en position centrale arrière et entraîne les quatre roues. La boîte DSG à sept rapports, spécialement développée pour supporter le couple considérable du moteur, participe à la transmission de cette puissance.

Avec 1 001 ch, la Veyron atteint 100 km/h en seulement 2,5 secondes. Mais c'est surtout sa vitesse maximale de 407 km/h qui marque les esprits. Le 19 avril 2005, lors des essais sur la piste d'Ehra-Lessien, elle avait déjà franchi cette barre symbolique, devenant la première voiture de série à dépasser officiellement les 400 km/h.

Pour atteindre cette vitesse, l'aérodynamique joue un rôle essentiel. À partir de 220 km/h, l'aileron arrière et plusieurs éléments mobiles modifient leur position afin d'assurer l'appui et la stabilité. En configuration de vitesse maximale, la voiture s'abaisse et réduit sa résistance à l'air. Le dispositif de freinage bénéficie également d'une assistance aérodynamique : l'aileron se redresse pour agir comme un frein supplémentaire. La Veyron doit en effet être capable de s'arrêter aussi efficacement qu'elle accélère.

 

🔧 Une famille qui s'agrandit

Bugatti ne se contente pas de la version initiale. En 2008, la Veyron 16.4 Grand Sport fait son apparition. Cette déclinaison découvrable conserve le moteur de 1 001 ch, mais nécessite quelques adaptations structurelles pour compenser la disparition du toit. Son pavillon amovible permet de retrouver une configuration fermée, tandis qu'une petite protection de secours peut être installée en cas d'intempéries.

En 2010, la Veyron franchit une nouvelle étape avec la Super Sport. La puissance du W16 passe à 1 200 ch et le couple atteint 1 500 Nm. Les modifications touchent également le refroidissement, l'aérodynamique et les suspensions. Avec une vitesse homologuée de 431,072 km/h, la Super Sport repousse encore les limites établies par sa devancière.

La déclinaison découvrable bénéficie à son tour de cette évolution. Présentée en 2012, la Grand Sport Vitesse reprend les caractéristiques mécaniques de la Super Sport et devient, en 2013, le roadster de série le plus rapide du monde avec une vitesse enregistrée de 408,84 km/h.

 

🏁 La dernière d'une série exceptionnelle

La production de la Veyron s'achève en 2015, après dix années d'une carrière qui aura profondément marqué l'industrie automobile. Au total, 450 exemplaires auront été construits : 300 coupés et 150 découvrables, toutes versions confondues.

Le dernier exemplaire porte le numéro de châssis 450. Il s'agit d'une Grand Sport Vitesse baptisée « La Finale », présentée au salon de Genève en mars 2015. Une manière de refermer un chapitre qui aura demandé des moyens techniques, industriels et financiers considérables.

La Veyron aura surtout permis à Bugatti de retrouver une place de premier plan dans le paysage automobile mondial. Elle a démontré qu'une automobile pouvait associer des performances jusque-là réservées à la compétition, un raffinement digne des grandes voitures de tourisme et une utilisation sur route ouverte.

Son héritière, la Chiron, présentée en 2016, poursuivra cette quête de performances avec une puissance portée initialement à 1 500 ch. Mais la Veyron restera celle qui aura ouvert cette nouvelle voie, en donnant corps à une ambition que beaucoup jugeaient irréalisable.

FICHE TECHNIQUE :

 

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : 16 cylindres en W à 72°, architecture W16
🔹 Bloc :
Alliage d'aluminium
🔹 Culasse : Alliage d'aluminium
🔹 Emplacement :
longitudinal, central arrière
🔹 Puissance fiscale : 118 CV
🔹 Cylindrée : 7 993 cm³
🔹 Alésage x course : 86 x 86 mm
🔹 Taux de compression : 9,0:1
🔹 Vilebrequin : NC
🔹 Puissance max : 1 001 ch à 6 000 tr/min
🔹 Couple max : 127,5 mkg de 2 200 à 5 500 tr/min
🔹 Distribution : Quatre doubles arbres à cames en tête par banc, calage variable
🔹 Nombre de soupapes : 64 (4 par cylindre)
🔹 Alimentation : Injection électronique multipoint
🔹 Suralimentation : 4 turbocompresseurs avec 2 échangeurs air/air

 

⚙️ TRANSMISSION

🔹 Type : Intégrale permanente
🔹 Boîte de vitesses :
Robotisée DSG à double embrayage, 7 rapports
🔹 Embrayage : Double embrayage multidisque

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Structure : Monocoque en fibre de carbone avec structures avant et arrière en aluminium
🔹 Carrosserie : Aluminium et fibre de carbone
🔹 Suspension avant : Doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs adaptatifs
🔹 Suspension arrière : Doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs adaptatifs
🔹 Direction : À crémaillère avec assistance hydraulique
🔹 Aérodynamique : Aileron arrière mobile et diffuseur arrière
🔹 Cx : 0.355

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : 4 462 mm
🔹 Largeur : 1 998 mm
🔹 Hauteur : 1 204 mm
🔹 Empattement : 2 710 mm
🔹 Voie avant : 1 740 mm

🔹 Voie arrière : 1 641 mm
🔹 Poids à vide : 1 888 kg

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Pneumatiques avant : Michelin PAX 265/680 ZR 500 A
🔹 Pneumatiques arrière : Michelin PAX 365/710 ZR 540 A
🔹 Freins avant : Disques ventilés carbone-céramique de 400 x 38 mm, étriers fixes 8 pistons
🔹 Freins arrière : Disques ventilés carbone-céramique de 380 x 34 mm, étriers fixes 6 pistons

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : 407 km/h
🔹 0 à 100 km/h :
2,5 s
🔹 0 à 200 km/h : 7,3 s
🔹 0 à 300 km/h : 16,7 s
🔹 400 m D.A. : 10,3 s
🔹 1000 m D.A. : NC

 

⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE

🔹 Consommation urbaine : 40,4 l/100 km
🔹 Consommation extra-urbaine : 14,7 l/100 km
🔹 Consommation mixte : 24,1 l/100 km
🔹 Capacité du réservoir : 100 litres

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29 octobre 2026

Ferrari 365 GTB/4 Daytona (1968-1973)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Ferrari 365 GTB/4 Daytona :
La tradition face à la révolution

 

🏁 De la 275 GTB/4 à la Daytona

En 1968, Ferrari renouvelle sa grande berlinette avec la 365 GTB/4. Elle succède à la 275 GTB/4, apparue deux ans plus tôt, dont elle conserve les grandes lignes mécaniques : un V12 Colombo installé à l'avant, une transmission aux roues arrière et une boîte de vitesses placée à l'arrière pour favoriser l'équilibre de l'ensemble. Mais le nouveau modèle voit plus grand. La cylindrée passe de 3,3 à 4,4 litres, tandis que la carrosserie adopte un dessin plus tendu, plus anguleux, signé Leonardo Fioravanti pour Pininfarina.

La nouvelle Ferrari est présentée au Salon de Paris en octobre 1968. Son nom officiel, 365 GTB/4, répond à une logique de nomenclature maison : la cylindrée unitaire d'un peu plus de 365 cm³, la carrosserie Gran Turismo Berlinetta et les quatre arbres à cames en tête. Le nom de Daytona, lui, n'apparaît pas dans la désignation officielle. Il s'impose dans l'usage après le triplé de Ferrari aux 24 Heures de Daytona en 1967, remporté par les 330 P3/4, 330 P4 et 412 P.

 

⚔️ La réponse de Ferrari à la Miura

Cette évolution ne se comprend pas sans regarder du côté de Lamborghini. Depuis 1966, la Miura bouscule les conventions avec son V12 placé transversalement derrière les sièges. Sa silhouette basse et sa mécanique centrale arrière ouvrent une nouvelle voie pour les voitures de sport de route. Face à elle, Ferrari aurait pu choisir la même architecture. La marque de Maranello préfère pourtant rester fidèle au moteur avant, en augmentant la cylindrée et la puissance de sa berlinette.

La comparaison ne se limite donc pas à une confrontation de chiffres. La Miura privilégie une conception directement inspirée des voitures de compétition à moteur central, tandis que la Daytona conserve la formule de la grande GT : un long capot, deux places, un V12 généreux et une transmission conçue pour assurer un bon équilibre. Avec environ 352 ch annoncés, la Ferrari peut atteindre une vitesse de pointe de l'ordre de 280 km/h, ce qui en fait l'une des voitures de route les plus rapides de son époque.

Lamborghini n'est d'ailleurs pas seule à explorer cette nouvelle architecture. La De Tomaso Mangusta, présentée en 1966, adopte elle aussi un moteur central arrière, ici un V8 Ford. L'évolution est suffisamment nette pour que la Daytona paraisse presque conservatrice à sa sortie. Mais Ferrari ne renonce pas à sa conception de la GT : elle la pousse à son terme, avec une voiture capable de parcourir de longues distances à grande vitesse sans adopter les contraintes d'une sportive à moteur central.

 

🎨 Une carrosserie qui évolue

Le dessin de la Daytona tranche avec les rondeurs de certaines Ferrari précédentes. Le long capot plongeant, les flancs sculptés et la poupe ramassée donnent à la voiture une silhouette immédiatement reconnaissable. Les premiers exemplaires reçoivent une bande de plexiglas couvrant les phares (modèle ci-dessous), avant que l'évolution des réglementations américaines n'impose des phares escamotables sur les modèles de série (modèle ci-dessus). Cette modification change sensiblement le visage de la voiture sans remettre en cause l'équilibre général du dessin.

La Daytona est proposée en berlinette, sous l'appellation 365 GTB/4, mais aussi en Spider, désigné 365 GTS/4. Présenté en 1969 et produit à partir de 1971, ce dernier répond notamment à la demande du marché américain. Sa ligne conserve l'essentiel des proportions du coupé, tout en offrant une autre manière de profiter du V12. La production du Spider reste nettement plus limitée que celle de la berlinette.

La carrière de la Daytona ne se limite pas à la route. Des versions de compétition sont engagées en endurance, notamment aux 24 Heures du Mans, où elles remportent leur catégorie à plusieurs reprises au début des années 1970. Cette carrière sportive rappelle que, malgré son architecture traditionnelle, la Ferrari conserve de solides arguments face à des rivales plus radicales.

 

🔧La fin d'une époque, le début d'une autre

La production de la Daytona s'achève en 1973 après 1 280 berlinettes vendues. Elle laisse alors la place à la 365 GT4 BB, présentée quelques années plus tôt sous forme de prototype et produite à partir de 1973. Avec son douze-cylindres à plat en position centrale arrière, elle marque une rupture importante dans l'histoire des Ferrari de route. La marque adopte à son tour une architecture que Lamborghini avait popularisée avec la Miura, même si les deux voitures diffèrent par leur conception mécanique.

Cette transition ne signifie pas pour autant que Ferrari abandonne le moteur avant. Au même moment, la marque développe une autre famille de grandes GT à quatre places. La 365 GT4 2+2, lancée en 1972, perpétue une lignée lancée avec la 250 GT 2+2, continuée avec la 330 GT 2+2 et qui se poursuit avec les 400, 400i et 412. Ces modèles conservent le V12 à l'avant et privilégient le confort, l'espace et les longues distances, tout en offrant des performances dignes de la marque. La 400 introduit notamment une boîte automatique en option, signe d'une volonté d'élargir l'usage de la grande Ferrari.

En 1992, la 456 GT reprend cette philosophie sous une forme plus moderne. Son V12 longitudinal avant, sa configuration 2+2 et sa ligne élégante rappellent que la grande GT à moteur avant n'a jamais disparu de l'univers Ferrari. Elle n'est pas la descendante directe de la Daytona, mais elle prolonge une tradition que la 365 GTB/4 avait portée à son sommet.

La Daytona occupe ainsi une place particulière dans l'histoire de Maranello. Elle représente l'aboutissement de la grande berlinette Ferrari à moteur avant, au moment même où la Miura et bientôt la 365 GT4 BB puis la 512 BB ouvrent une autre voie. Deux architectures, deux philosophies, et une même ambition : faire d'une voiture de route une véritable Ferrari.

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(Rétromobile, février 2006)

FICHE TECHNIQUE :

 

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : 12 cylindres en V à 60°
🔹 Bloc : Alliage léger
🔹 Culasse : Alliage léger
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 25 CV
🔹 Cylindrée : 4 390 cm³
🔹 Alésage x course : 81 x 71 mm
🔹 Taux de compression : 9,3:1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance max : 352 ch à 7 500 tr/min
🔹 Régime maximal : 7700 tr/min
🔹 Couple max : 44 mkg à 5 500 tr/min
🔹 Distribution : Deux doubles arbres à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 24
🔹 Alimentation : Six carburateurs Weber 40 DCN double corps

 

⚙️ TRANSMISSION

🔹 Type : Propulsion. Boîte-pont arrière avec différentiel autobloquant
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 5 rapports
🔹 Embrayage : Monodisque à sec

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Structure : Châssis tubulaire en acier
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre antiroulis
🔹 Suspension arrière : Roues indépendantes, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre antiroulis
🔹 Direction : À vis et galet (3,5 tours)
🔹 Diamètre de braquage : 13,5 m

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : 4 425 mm
🔹 Largeur : 1 760 mm
🔹 Hauteur : 1 245 mm
🔹 Empattement : 2 400 mm
🔹 Voie avant : 1 440 mm
🔹 Voie arrière : 1 453 mm
🔹 Garde au sol : 130 mm
🔹 Poids à vide : 1280 kg

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Pneumatiques avant : 215/70 VR 15
🔹 Pneumatiques arrière : 215/70 VR 15
🔹 Freins avant : Disques ventilés (290 mm)
🔹 Freins arrière : Disques ventilés (297 mm)

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : 281 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 5,7 s
🔹 400 m départ arrêté : 13,7 s
🔹 1 000 m départ arrêté : 24,8 s

 

⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE

🔹 Capacité du réservoir : 120 litres
🔹 Consommation moyenne : 20 à 25 l/100 km selon l'utilisation

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28 octobre 2026

McLaren M8D (1970)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

McLaren M8D :
La puissance sous contrôle

 

En 1970, McLaren aborde une nouvelle saison du championnat Can-Am avec une ambition bien établie : rester la référence d'une discipline où les constructeurs américains et européens se livrent une bataille à coups de chevaux. Depuis plusieurs années, les prototypes orange de l'écurie britannique dominent les courses, grâce à une combinaison redoutable de puissance, de légèreté et d'efficacité.

La M8D succède à la M8B, qui a largement dominé la saison précédente. Mais la nouvelle venue doit composer avec une évolution du règlement qui interdit les grands ailerons hauts montés sur des supports indépendants de la carrosserie. Pour les ingénieurs, il ne s'agit donc pas simplement de faire évoluer une voiture gagnante : il faut repenser une partie de son aérodynamique sans sacrifier ses qualités.

 

🔧 Une mécanique sans demi-mesure

La recette McLaren reste fidèle à une architecture éprouvée en compétition : un châssis conçu pour la course, une carrosserie basse et un moteur installé en position centrale arrière. Cette disposition favorise la répartition des masses et permet de transmettre au sol une puissance considérable.

Le V8 Chevrolet de 7,6 litres constitue le cœur de la machine. Dans sa configuration de référence, il développe environ 670 ch. Une valeur impressionnante, même dans le contexte de la Can-Am, où les motorisations généreuses sont presque une condition d'entrée. Avec une masse de l'ordre de 640 kg, la M8D affiche un rapport poids-puissance qui laisse peu de place à l'approximation.

La transmission doit composer avec ce déferlement mécanique, tandis que les suspensions et les pneumatiques sont sollicités par les accélérations, les freinages et les appuis en virage. Ici, la performance ne dépend pas seulement du moteur : il faut parvenir à exploiter sa puissance sur des circuits très différents, parfois rapides, parfois particulièrement exigeants pour les pilotes.

 

🦇 La Batmobile entre en piste

La silhouette de la M8D constitue la principale évolution par rapport à sa devancière. L'interdiction des ailerons hauts contraint les ingénieurs à revoir leur copie. La solution retenue consiste à installer un aileron arrière beaucoup plus bas, encadré par deux grandes dérives verticales qui canalisent les flux d'air. L'ensemble donne à la voiture une allure singulière, à l'origine de son surnom de Batmobile.

Cette modification n'est pourtant pas sans conséquence. L'appui aérodynamique devient plus difficile à obtenir, et la M8D peine à égaler les performances de la M8B sur certains circuits. McLaren choisit notamment de compenser cette perte d'efficacité par une augmentation de la puissance moteur. La voiture est également plus large que sa devancière, autre évolution destinée à améliorer son comportement en piste.

La M8D illustre ainsi une réalité souvent oubliée : en compétition, une réglementation nouvelle ne rend pas nécessairement les voitures plus lentes ou plus faciles à maîtriser. Elle oblige surtout les ingénieurs à trouver d'autres solutions, quitte à déplacer le problème plutôt qu'à le faire disparaître.

 

🏆 Une saison qui dépasse les circonstances

Le 2 juin 1970, Bruce McLaren perd la vie à Goodwood lors d'essais de la M8D. Le fondateur de l'écurie travaillait notamment à la mise au point de l'aileron arrière lorsqu'un élément de la carrosserie s'est détaché à haute vitesse, provoquant la perte de contrôle de la voiture. La disparition de l'ingénieur et pilote constitue un choc immense pour l'équipe, qui décide néanmoins de poursuivre son engagement en Can-Am sous la direction de Teddy Mayer.

La M8D ne se résume heureusement pas à cet épisode tragique. L'écurie engage notamment Denny Hulme, Dan Gurney puis Peter Gethin au fil de la saison. Les résultats parlent d'eux-mêmes : neuf victoires en dix manches et un nouveau titre pour McLaren. Denny Hulme décroche le championnat des pilotes, confirmant la compétitivité d'une voiture qui, malgré les contraintes aérodynamiques, reste la référence de la discipline.

La McLaren M8D poursuit la lignée des prototypes qui ont fait le succès de l'écurie en Can-Am. Malgré les contraintes aérodynamiques imposées par le nouveau règlement, elle conserve un niveau de performance qui lui permet de remporter neuf des dix manches de la saison 1970. Son V8 Chevrolet et sa silhouette caractéristique témoignent d'une époque où la recherche de puissance reste au cœur de la compétition, quitte à devoir repenser les solutions techniques d'une saison à l'autre.

27 octobre 2026

Renault Type B (1900)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Renault Type B :
A l'abri des intempéries

 

🚗 Une automobile qui pense aussi à ses occupants

Après la Type A, Louis Renault poursuit ses expérimentations avec un objectif qui peut sembler évident aujourd'hui, mais qui ne l'est pas encore à l'aube du XXe siècle : améliorer le confort des voyageurs. Rouler en automobile, c'est alors accepter le vent, la pluie et le froid. Les vêtements épais et les manteaux de fourrure font partie de l'équipement habituel des automobilistes, qui ne bénéficient guère de plus de protection que les conducteurs de voitures hippomobiles.

Avec la Type B, Renault entend changer la donne. En collaboration avec le carrossier Labourdette, il développe une carrosserie fermée qui abrite les occupants dans un habitacle couvert. La voiture prend ainsi des allures de fiacre, mais sans avoir besoin d'un cheval pour la déplacer. Elle serait l'une des premières automobiles au monde à adopter une véritable conduite intérieure. Une innovation qui ne concerne ni la vitesse ni la puissance, mais tout simplement la manière de voyager.

 

⚙️ Une mécanique dans la continuité

Pour autant, Louis Renault ne bouleverse pas les principes techniques de sa première voiture. La Type B reprend les solutions qui ont fait l'originalité de la Type A, notamment le moteur placé à l'avant et la transmission par arbre aux roues arrière. La boîte de vitesses à trois rapports conserve également la prise directe brevetée par le constructeur, qui permet d'améliorer le rendement mécanique tout en limitant les bruits de transmission.

Le monocylindre De Dion-Bouton voit toutefois sa cylindrée portée à 450 cm³. Avec une puissance de 2,75 ch, la Type B progresse par rapport à son aînée et peut atteindre environ 45 km/h. Renault mettra en avant qu'avec cette puissance, son modèle a l'avantage sur un véhicule hippomobile, un argument plus commercial que scientifique mais qui annonce déjà le recul progressif de la traction animale face à l'automobile.

Son poids contenu, d'environ 360 kg, contribue également à ses performances. L'ensemble demeure rudimentaire au regard des automobiles qui suivront, mais la recette est déjà bien établie : une mécanique relativement simple, une transmission originale et une conception tournée vers l'usage.

 

🏛️ Une pionnière au destin incertain

La Type B occupe une place particulière dans les débuts de Renault. Elle est généralement datée de 1899 pour sa conception, tandis que sa fabrication est associée à l'année 1900. Les informations disponibles laissent cependant planer un doute sur sa carrière commerciale : il semblerait qu'elle n'ait jamais été réellement commercialisée. Les rares photographies anciennes constituent l'essentiel des traces permettant d'attester son existence, et l'exemplaire conservé dans la collection Renault est une reconstruction fidèle réalisée à partir de ces documents.

Il est donc difficile de parler d'un succès commercial ou même d'une véritable série. La Type B aurait surtout servi à expérimenter une nouvelle conception de l'automobile, dans laquelle le confort des occupants devient un critère à part entière. Son existence n'en reste pas moins significative : la voiture fermée, encore inhabituelle à cette époque, préfigure une évolution appelée à transformer durablement l'automobile.

La suite ne tarde d'ailleurs pas. Avec la Type C, Renault poursuit le développement de ses voiturettes et reprend le principe d'une carrosserie fermée. L'idée a trouvé son chemin : l'automobile ne doit plus seulement permettre de se déplacer, elle doit aussi rendre le voyage plus agréable.

24 octobre 2026

Citroën CX 2000 Super (1975-1979)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Citroën CX 2000 Super :
Un peu plus que l'essentiel

 

Lorsque Citroën enrichit sa gamme CX en 1975, la marque ne se contente pas de proposer différentes motorisations. Elle décline également son modèle en plusieurs niveaux de finition, afin de répondre à des attentes qui ne se limitent pas aux performances ou au confort de suspension. Aux côtés de la Confort, la Super propose ainsi une dotation plus généreuse, sans aller jusqu'au positionnement plus cossu de la Pallas.

La CX 2000 Super conserve pourtant les fondamentaux de la version de base. Sous le capot, on retrouve le quatre-cylindres de 1 985 cm³, développant 102 ch DIN. La transmission aux roues avant, la suspension hydropneumatique et le freinage à quatre disques restent au programme. Pas de révolution mécanique, donc, mais une volonté de rendre la CX plus agréable à vivre au quotidien.

 

Un habitacle plus accueillant

C'est d'abord à bord que la Super entend justifier son appellation. L'équipement s'enrichit de plusieurs attentions destinées à faciliter la vie du conducteur et de ses passagers. Selon les millésimes, on trouve notamment des lève-vitres électriques à l'avant, un siège conducteur réglable en hauteur et une instrumentation plus complète.

Le tableau de bord conserve son dessin caractéristique, avec son instrumentation regroupée derrière le volant monobranche. La Super y ajoute des indications et des témoins supplémentaires, tandis que la jauge pneumatique de niveau d'huile participe à cette approche particulière de la surveillance mécanique. Une manière bien citroëniste de conjuguer originalité technique et informations destinées au conducteur.

Les passagers ne sont pas oubliés. Des rangements supplémentaires, une moquette étendue à la tablette arrière et un plafonnier central de dimensions plus généreuses contribuent à rendre l'habitacle plus soigné. Les équipements sonores sont également améliorés, avec un avertisseur à compresseur et une installation permettant d'accueillir plusieurs haut-parleurs.

Il ne s'agit pas de transformer la CX en salon roulant : ce rôle revient davantage à la Pallas. La Super cherche plutôt à apporter ce supplément de confort et de présentation qui rend les longs déplacements plus agréables, sans changer la personnalité de la voiture.

 

Quelques attentions jusque dans les détails

À l'extérieur, les différences restent discrètes. La Super ne cherche pas à afficher ostensiblement son rang dans la gamme. Certains détails de finition, comme la bande de caoutchouc ajoutée au pare-chocs arrière sur les versions concernées, permettent néanmoins de distinguer les équipements.

La liste des options laisse par ailleurs une certaine liberté à l'acheteur. Peinture métallisée, toit ouvrant électrique ou climatisation peuvent compléter la dotation selon la période et la configuration retenue. La direction assistée à commande hydraulique DIRAVI figure également parmi les possibilités proposées sur la Super à partir de 1975.

 

Le juste milieu

La CX 2000 Super illustre une formule assez traditionnelle dans l'automobile française de cette époque : proposer une version mieux équipée sans imposer à l'acheteur le prix et la présentation d'un modèle de luxe. Elle conserve la mécanique de la CX 2000, ses qualités routières et son confort hydropneumatique, tout en enrichissant la vie à bord par une série d'équipements bien choisis

En juillet 1979, les CX 2000 Confort et Super cèdent la place aux CX 2000 Athéna et Réflex. Le changement ne se limite pas aux appellations : sous le capot, le moteur Citroën de 1 985 cm³ laisse place au quatre-cylindres Douvrin de 1 995 cm³, plus moderne, doté d'un arbre à cames en tête et développant 106 ch. Cette évolution s'inscrit dans le rapprochement industriel entre Citroën, désormais au sein de PSA, et Renault vie la Française de Mécanique. La Super referme ainsi le premier chapitre de la CX 2000, avant que la Réflex et l'Athéna n'ouvrent une nouvelle étape de sa carrière.

FICHE TECHNIQUE :

 

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Fonte
🔹 Emplacement : Longitudinal avant, incliné vers l'avant
🔹 Puissance fiscale : 11 CV
🔹 Cylindrée : 1 985 cm³
🔹 Alésage x course : 86 x 85,5 mm
🔹 Compression : 9:1
🔹 Vilebrequin : 5 paliers
🔹 Puissance max : 102 ch DIN à 5 500 tr/min
🔹 Couple max : 15,5 mkg à 3 000 tr/min
🔹 Distribution : Arbre à cames latéral, commande des soupapes par culbuteurs
🔹 Soupapes : 8, soit 2 par cylindre
🔹 Alimentation : Carburateur double corps

 

🔁 TRANSMISSION

🔹 Type : Traction avant
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports
🔹 Embrayage : Monodisque à sec

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Structure : Coque autoporteuse en acier
🔹 Direction : À crémaillère, assistance DIRAVI disponible en option
🔹 Suspension avant : Hydropneumatique indépendante, à bras superposés
🔹 Suspension arrière : Hydropneumatique indépendante, à bras tirés

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : 465 cm
🔹 Largeur : 172,7 cm
🔹 Hauteur : 136 cm
🔹 Empattement : 284,5 cm
🔹 Voie avant : 147,3 cm
🔹 Voie arrière : 136 cm

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Pneumatiques avant : 185 SR 14
🔹 Pneumatiques arrière : 175 SR 14
🔹 Freins avant : Disques
🔹 Freins arrière : Disques

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : 174 km/h
🔹 1 000 m départ arrêté : 34,8 s

⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE

🔹 Consommation moyenne : 10,5 l/100 km
🔹 Capacité du réservoir : 68 litres

 

🎁 DIVERS

🔹 Poids à vide : 1 265 kg
🔹 Volume du coffre : 507 litres

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23 octobre 2026

Alfa Romeo 6C-2500 Super Sport Cabriolet (1939-1951)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Alfa Romeo 6C 2500 Super Sport :
L'élégance au sortir de la guerre

 

🔧 Une Alfa Romeo à l'ancienne, jusque dans sa conception

Lancée en 1939, l'Alfa Romeo 6C 2500 représente l'aboutissement d'une longue lignée de six-cylindres commencée onze ans plus tôt avec la 6C 1500. Depuis les années 1920, la marque milanaise s'est forgé une réputation en associant moteurs raffinés, qualités routières et tempérament sportif. La 6C 2500 reprend cette recette en augmentant la cylindrée de la précédente 6C 2300 et en perfectionnant une mécanique déjà réputée.

La gamme se décline en plusieurs versions, destinées aussi bien au tourisme qu'à une utilisation plus sportive. La Super Sport, reconnaissable à son châssis raccourci, en constitue l'une des expressions les plus exclusives. Son empattement est ramené à 2,70 mètres, contre 3 mètres pour la Sport. Cette réduction favorise une silhouette plus ramassée et donne à la voiture une vocation plus dynamique.

La Seconde Guerre mondiale vient toutefois interrompre cette carrière naissante. L'usine du Portello, à Milan, est durement touchée par les bombardements et la production automobile doit attendre la fin du conflit pour reprendre progressivement. La 6C 2500 accompagne alors le redémarrage d'Alfa Romeo. Produite de 1939 à 1951, elle traverse ainsi deux périodes bien différentes : celle de l'automobile d'avant-guerre, encore largement fabriquée de manière artisanale, et celle de la reconstruction industrielle.

 

🔥 Un six-cylindres dans la grande tradition Alfa Romeo

Sous le capot, la 6C 2500 SS abrite un six-cylindres en ligne de 2 443 cm³, doté d'une culasse en aluminium et de deux arbres à cames en tête. Cette architecture, déjà bien maîtrisée par Alfa Romeo, témoigne d'une recherche technique qui ne se limite pas aux voitures de compétition.

Dans sa configuration Super Sport, le moteur reçoit trois carburateurs Weber et développe environ 105 ch, selon les spécifications retenues. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports. L'ensemble repose sur un châssis séparé et bénéficie de suspensions indépendantes aux quatre roues, une solution qui contribue aux qualités routières de l'auto.

Le résultat est une automobile capable de soutenir un rythme élevé sur route, tout en conservant le raffinement attendu d'une grande voiture de tourisme. La Super Sport ne cherche pas à masquer son caractère sportif sous une carrosserie élégante ; elle réunit les deux dans un même ensemble.

 

🎨 Pinin Farina, ou l'art de mettre la mécanique en beauté

À cette époque, acheter une Alfa Romeo de cette catégorie ne signifie pas nécessairement choisir une automobile dont la carrosserie a été dessinée et fabriquée par le constructeur. Alfa Romeo fournit le châssis et la mécanique, tandis que les grands carrossiers italiens donnent à l'ensemble sa personnalité. Touring réalise notamment les élégants coupés Superleggera, tandis que Pinin Farina propose plusieurs interprétations ouvertes ou fermées de la 6C 2500. D'autres ont pu laisser libre cours à leur talent comme Michelotti et Ghia avec la 6C 2500 Supergioiello.

Le cabriolet à châssis court offre une lecture particulièrement élégante de la Super Sport. La calandre verticale, devenue l'une des signatures visuelles d'Alfa Romeo, structure une face avant où les ailes généreuses et les éléments chromés composent un ensemble immédiatement reconnaissable. Le capot étiré souligne la présence du six-cylindres, tandis que l'habitacle ouvert donne à la voiture une allure de grand tourisme.

La carrosserie ne se contente pas d'habiller une mécanique remarquable. Elle participe à l'identité même de l'automobile. Les proportions du châssis court permettent à Pinin Farina (qui n'a pas encore contracté son nom en un seul mot) de dessiner une silhouette plus ramassée que celle des versions à empattement long, sans renoncer au raffinement. La voiture est sportive par sa conception, mais son élégance la destine aussi bien aux longues routes qu'aux rendez-vous mondains.

Cette collaboration illustre le fonctionnement de la haute carrosserie italienne de l'époque. Le constructeur maîtrise la partie mécanique et le comportement de l'auto ; le carrossier apporte son interprétation esthétique.

 

🇺🇸 Une rareté qui a traversé l'Atlantique

La 6C 2500 Super Sport à châssis court demeure une automobile rare. La production totale de la version SS est généralement donnée pour 458 exemplaires, dont 383 construits après-guerre. Ces chiffres concernent l'ensemble des Super Sport, et non les seuls cabriolets signés Pinin Farina.

Pour ces derniers, les chiffres publiés varient selon les sources : plusieurs références spécialisées avancent environ 68 cabriolets à châssis court. Notre exemplaire possède une particularité supplémentaire : selon les informations relevées lors de l'exposition, il ferait partie des trois voitures de cette série exportées aux États-Unis. Une destination qui donne une autre dimension à son histoire. Dans l'immédiat après-guerre, les automobiles européennes de prestige trouvent outre-Atlantique une clientèle sensible à leur raffinement, à leur caractère artisanal et à leur différence avec les grandes productions américaines.

 

🏁 La fin d'une certaine idée de l'automobile

Ce passage d'une génération à l'autre ne rend pas la 6C 2500 dépassée du jour au lendemain. Il marque plutôt la fin progressive d'une formule dans laquelle le constructeur fournit une base mécanique et roulante, tandis que le carrossier compose une silhouette presque sur mesure. La voiture peut ainsi se décliner en de multiples interprétations, selon les goûts du client et le savoir-faire de l'artisan choisi.

La 6C 2500 poursuit sa carrière jusqu'en 1951, certaines sources retenant 1952 pour la fin de la production de la famille 6C 2500 dans son ensemble. Elle appartient aux dernières Alfa Romeo de grand tourisme construites autour d'un châssis séparé, avant le changement d'échelle engagé avec la 1900, lancée en 1950 et dotée d'une structure monocoque. On retrouve ensuite cette excellence avec la 2600, déclinée en cabriolet 2600 spider et en coupé 2600 Sprint.

FICHE TECHNIQUE :

 

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : 6 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Alliage léger
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : NC
🔹 Cylindrée : 2 443 cm³
🔹 Alésage x course : 72 x 100 mm
🔹 Compression : 7,5:1
🔹 Puissance max : 105 ch à 4 800 tr/min
🔹 Couple max : NC
🔹 Distribution : Double arbre à cames en tête, entraînement par chaîne
🔹 Soupapes : 12 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : 3 carburateurs Weber

 

🔁 TRANSMISSION

🔹 Type : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports
🔹 Embrayage : Monodisque à sec

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Châssis : Séparé, à longerons
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, doubles triangles et ressorts hélicoïdaux
🔹 Suspension arrière : Roues indépendantes, bras oscillants et barres de torsion longitudinales
🔹 Amortisseurs : Hydrauliques télescopiques
🔹 Direction : À vis et secteur

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : Variable selon la carrosserie
🔹 Largeur : Variable selon la carrosserie
🔹 Hauteur : Variable selon la carrosserie
🔹 Empattement : 2 700 mm
🔹 Voie avant : 1 450 mm
🔹 Voie arrière : 1 470 mm

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Roues : À rayons
🔹 Pneumatiques : 6.50 x 17
🔹 Freins avant : Tambours hydrauliques
🔹 Freins arrière : Tambours hydrauliques

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : Environ 165 à 170 km/h

 

🎁 DIVERS

🔹 Capacité du réservoir : 80 litres

 

 

22 octobre 2026

Austin-Healey 100 S (1955)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Austin-Healey 100S :
La route mène à la course

 

Au début des années 1950, Donald Healey a une ambition : construire une voiture de sport capable de séduire les amateurs de conduite et de briller en compétition. Le roadster Austin-Healey 100, lancé en 1953, constitue une bonne base. Son quatre-cylindres de 2,6 litres offre déjà des performances intéressantes, mais la compétition impose d'aller plus loin.

Les premiers essais en course et les tentatives de records de vitesse permettent de faire évoluer la voiture. En 1954, un prototype engagé aux 12 Heures de Sebring termine troisième au classement général. Ce résultat confirme le potentiel de la petite sportive britannique et contribue à lancer le développement d'une version spécifiquement destinée à la compétition.

Le nom de la nouvelle venue est tout trouvé : 100S, pour Sebring. La voiture est présentée comme une machine de course, conçue pour les pilotes qui souhaitent s'attaquer aux circuits plutôt que simplement profiter d'une balade sur les routes de campagne.

 

🔧 Une cure d'allègement radicale

La 100S ne se contente pas de recevoir quelques chevaux supplémentaires. Toute sa conception vise à gagner du poids et à améliorer l'efficacité en piste.

La carrosserie fait appel à l'aluminium, tandis que les pare-chocs et la capote disparaissent. Le pare-brise est remplacé par un élément en plastique, et la calandre ovale, plus petite que celle de la 100 classique, contribue à distinguer immédiatement cette version. Le poids descend aux environs de 850 kg, soit près de 90 kg de moins que celui du roadster standard.

Sous le capot, le quatre-cylindres de 2 660 cm³ reçoit une culasse en aluminium conçue par Harry Weslake. Le travail sur la respiration du moteur, associé à deux carburateurs SU, porte la puissance à 132 ch à 4 700 tr/min, contre environ 90 ch pour une Austin-Healey 100 ordinaire. La boîte à quatre rapports est conservée, mais l'overdrive disparaît : ici, on privilégie les rapports adaptés à la conduite sportive plutôt que le confort des longs trajets.

Autre évolution majeure, les freins à disque Dunlop prennent place aux quatre roues. À une époque où les tambours restent largement répandus, cette solution représente un avantage important pour maîtriser la voiture lors des freinages répétés. La 100S compte parmi les premières voitures de série à bénéficier de quatre freins à disque.

 

🏎️ Une petite série pour les amateurs de compétition

La production de la 100S se déroule en 1955, dans les ateliers de la Donald Healey Motor Company à Warwick. Contrairement aux Austin-Healey 100 ordinaires, assemblées à Longbridge, ces voitures sont construites à la main en très petite série. Seulement 50 exemplaires de production sont réalisés, auxquels s'ajoutent cinq voitures de développement et de compétition, distinctes de la série commerciale.

La carrière sportive de la famille 100S se poursuit sur plusieurs terrains. Sebring reste son rendez-vous emblématique, mais les Healey affrontent aussi les routes exigeantes des Mille Miglia et le circuit du Mans. La compétition n'est pas une simple vitrine publicitaire : elle sert à éprouver les solutions techniques, à mesurer leur endurance et à confronter la voiture à des adversaires bien établis.

La 100S ne doit toutefois pas être confondue avec la 100M Le Mans, apparue elle aussi en 1955. Cette dernière est une évolution sportive de la BN2, plus proche de la voiture de route, tandis que la 100S constitue une machine spécifiquement allégée et préparée pour la compétition. Deux interprétations d'une même idée, mais deux niveaux d'engagement bien différents.

 

🏁 Le Mans 1955, une tragédie indissociable de son histoire

Le 11 juin 1955, lors des 24 Heures du Mans, l'Austin-Healey 100S pilotée par Lance Macklin se retrouve au cœur de l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire du sport automobile. Alors qu'il freine pour éviter la Jaguar de Mike Hawthorn qui ralentit pour rejoindre son stand, Macklin se déporte sur la gauche. La Mercedes-Benz 300 SLR de Pierre Levegh, lancée à vive allure, percute l'arrière de l'Austin-Healey avant d'être projetée vers les tribunes. Le bilan est terrible : Levegh et 83 spectateurs perdent la vie, tandis que de nombreux autres sont blessés. Macklin, lui, sort indemne de la collision.

 

🔗 De la piste à la route

La 100S représente une forme d'aboutissement pour la famille Austin-Healey 100, mais la compétition ne constitue pas une fin en soi. Les enseignements tirés de ces expériences nourrissent la suite de l'aventure, tandis que la marque poursuit le développement de ses voitures de sport. En 1956, la 100 laisse progressivement place à la 100-Six, reconnaissable à son six-cylindres et à son caractère plus grand tourisme. La recette évolue, mais l'idée reste la même : proposer une voiture capable de mêler plaisir de conduite et tempérament sportif.

 

NB : L'identification de l'exemplaire photographié à Rétromobile en 2018 comme une authentique 100S reste à confirmer.

FICHE TECHNIQUE :

 

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : NC
🔹 Cylindrée : 2 660 cm³
🔹 Alésage x course : 87,3 x 111,1 mm
🔹 Compression : 8,3:1
🔹 Vilebrequin : 3 paliers
🔹 Puissance max : 132 ch à 4 700 tr/min
🔹 Couple max : 22,9 mkg à 2 500 tr/min
🔹 Distribution : Arbre à cames latéral, soupapes en tête commandées par tiges et culbuteurs
🔹 Soupapes : 8
🔹 Alimentation : 2 carburateurs SU H4

 

🔁 TRANSMISSION

🔹 Type : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports
🔹 Embrayage : Monodisque à sec

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Châssis : Cadre séparé en acier
🔹 Carrosserie : Aluminium
🔹 Suspension avant : Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques
🔹 Suspension arrière : Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques et amortisseurs hydrauliques
🔹 Direction : À vis et secteur

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : 3 759 mm
🔹 Largeur : 1 537 mm
🔹 Hauteur : 1 067 mm
🔹 Empattement : 2 290 mm

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Pneumatiques : 5.50 x 15
🔹 Freins avant : Disques Dunlop (292 mm)
🔹 Freins arrière : Disques Dunlop (292 mm)

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : Environ 190 km/h
🔹 0 à 100 km/h : Environ 7,8 secondes

 

🎁 DIVERS

🔹 Poids à vide : Environ 850 kg

21 octobre 2026

Aston Martin Virage (1989-1996)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Aston Martin Virage :
Le changement dans la continuité

 

🇬🇧 Une nouvelle Aston pour une nouvelle décennie

À la fin des années 1980, Aston Martin doit renouveler son offre sans renoncer à ce qui fait son identité. Depuis près de vingt ans, les grandes V8 de Newport Pagnell perpétuent une recette éprouvée : un gros moteur à l'avant, une transmission aux roues arrière et une carrosserie de grand tourisme capable d'avaler les kilomètres à vive allure. Mais le temps passe, et la concurrence évolue.

Présentée au salon de Birmingham en octobre 1988, l'Aston Martin Virage inaugure une nouvelle page de l'histoire de la marque. Sa commercialisation débute en 1989. Elle remplace la V8 traditionnelle et constitue la première Aston Martin véritablement nouvelle depuis près de vingt ans.

Le changement se voit d'abord dans la carrosserie. Dessinée par John Heffernan et Ken Greenley, la Virage adopte des lignes tendues, des surfaces anguleuses et une silhouette plus contemporaine que celle de sa devancière. Le style abandonne une partie des rondeurs héritées des années 1970, sans chercher à transformer la voiture en démonstration de modernité.

La Virage reste une Aston Martin : longue, large, imposante, avec cette présence particulière des automobiles britanniques conçues pour rouler vite sans donner l'impression de se presser.

 

🛠️ Une carrosserie artisanale, une mécanique modernisée

Sous cette nouvelle robe, la Virage conserve une architecture classique. Sa structure en acier reçoit une carrosserie dont les panneaux sont réalisés en aluminium. La fabrication reste largement artisanale, dans les ateliers de Newport Pagnell, où chaque voiture demande un travail considérable.

Le moteur est lui aussi un héritage, mais sérieusement retravaillé. Aston Martin conserve son V8 de 5,3 litres, conçu à l'origine par Tadek Marek, en lui associant de nouvelles culasses à quatre soupapes par cylindre développées avec l'américain Callaway Engineering. La distribution à quatre arbres à cames en tête et les 32 soupapes améliorent le remplissage des cylindres. L'injection électronique Weber-Marelli et les dispositifs antipollution accompagnent cette évolution.

La cylindrée atteint 5 341 cm³. Dans sa configuration initiale, le V8 développe environ 330 ch, une puissance qui permet à la Virage de dépasser les 250 km/h selon les versions et les conditions. Le couple généreux, lui, correspond parfaitement à la vocation de la voiture : relancer avec vigueur, reprendre sans effort et maintenir une allure élevée sur de longues distances.

La transmission s'effectue aux roues arrière. Une boîte manuelle à cinq rapports est disponible, tandis qu'une boîte automatique répond aux attentes d'une clientèle pour laquelle le confort compte autant que les performances.

 

🛋️ Le grand tourisme à l'anglaise

Avec près de 1,8 tonne sur la balance, la Virage ne cherche pas à jouer les sportives légères. Elle préfère la stabilité, le confort et l'efficacité à haute vitesse. Les suspensions indépendantes à l'avant et l'essieu arrière de Dion participent à cet équilibre entre tenue de route et qualité de roulement.

L'habitacle prolonge cette philosophie. Cuir, bois et finitions soignées composent un environnement où l'on voyage autant qu'on conduit. La Virage est un coupé 2+2 : les places arrière existent, mais elles ne transforment pas la voiture en familiale. Elles permettent surtout de conserver une certaine polyvalence, sans sacrifier les proportions du grand tourisme.

Il faut également garder à l'esprit le contexte économique. Aston Martin reste un constructeur de petite série, loin des volumes des grands groupes automobiles. Chaque exemplaire coûte cher à produire et s'adresse à une clientèle fortunée. La Virage n'a donc pas vocation à conquérir les routes par milliers, mais à maintenir la présence d'une marque qui joue sa réputation sur l'exclusivité et le travail artisanal.

 

🔧 Une famille qui ne tarde pas à s'agrandir

La Virage ne restera pas longtemps seule dans la gamme. En 1990, Aston Martin présente la version découvrable Volante, fidèle à la tradition des cabriolets de grand tourisme de la marque.

En 1992, une transformation plus radicale apparaît avec la Virage 6.3. Comme son nom l'indique, la cylindrée est portée à environ 6,3 litres. La puissance, le freinage et le comportement sont revus à la hausse. La Virage devient alors la base d'une famille de voitures aux ambitions parfois très différentes.

L'année suivante, la Vantage franchit un nouveau cap. Son V8 reçoit deux compresseurs et sa puissance grimpe à environ 550 ch. La carrosserie devient nettement plus agressive et les performances changent de dimension. Cette version spectaculaire ne doit toutefois pas faire oublier le coupé d'origine : la Virage classique reste une GT rapide et confortable, et non une sportive extrême déguisée en voiture de luxe.

À partir de 1996, la Virage évolue encore. Restylée et rapprochée visuellement de la Vantage, elle prend le nom de V8 Coupé. La production de la Virage d'origine s'achève, mais son architecture et son esprit prolongent leur carrière jusqu'à la fin de la décennie.

 

🏁 Le virage d'Aston Martin

La carrière de la Virage accompagne une période de transition pour Aston Martin. La marque doit composer avec les coûts élevés de la fabrication artisanale, une production limitée et la nécessité de préparer l'avenir. L'arrivée de Ford au capital en 1987 lui apporte un soutien industriel et financier, sans faire disparaître du jour au lendemain ses méthodes traditionnelles.

La rareté de la Virage témoigne de cette réalité industrielle. Entre 1989 et 1996, environ 411 exemplaires du coupé d'origine sont produits, auxquels s'ajoutent 233 cabriolets Volante. Des volumes modestes, même pour une automobile de grand tourisme aussi exclusive. La Vantage et les déclinaisons spéciales prolongent ensuite l'histoire de cette famille, avant que le V8 Coupé ne prenne le relai en 1996.

La Virage appartient ainsi à une génération charnière : suffisamment moderne pour affronter les années 1990, mais encore profondément attachée à une manière ancienne de construire les automobiles. Sa carrière s'inscrit dans la continuité des grandes V8 britanniques, avant que la DB7 puis la Vanquish ne redéfinissent progressivement le paysage de la marque.

La Virage n'est peut-être pas l'Aston Martin la plus célèbre. Elle n'a pas la silhouette immédiatement reconnaissable d'une DB5, ni les excès mécaniques de la Virage Vantage à compresseurs. Mais elle a rempli une mission essentielle : renouveler les grandes GT de Newport Pagnell sans renier leur héritage.

Une grande GT, en somme, qui n'avait pas besoin de choisir entre hier et demain.

Fiche technique :

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : V8 à 90°, essence
🔹 Bloc : alliage léger
🔹 Culasse : alliage léger
🔹 Emplacement : longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : NC
🔹 Cylindrée : 5 341 cm³
🔹 Alésage x course : 100 x 85 mm
🔹 Taux de compression : 9,5:1
🔹 Vilebrequin : 5 paliers
🔹 Puissance maximale : 330 ch à 6 000 tr/min
🔹 Couple maximal : environ 47,5 mkg à 3 700 tr/min
🔹 Distribution : 4 arbres à cames en tête, entraînés par chaîne
🔹 Nombre de soupapes : 32
🔹 Alimentation : injection électronique Weber-Marelli

 

⚙️ TRANSMISSION

🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : manuelle ZF à 5 rapports
🔹 Direction : à crémaillère, assistée
🔹 Diamètre de braquage : 13,5 m

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Châssis : structure en acier, carrosserie à panneaux en aluminium
🔹 Suspension avant : roues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques
🔹 Suspension arrière : pont de Dion, bras de guidage et tringlerie de Watt, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : 4 737 mm
🔹 Largeur : 1 854 mm
🔹 Hauteur : 1 320 mm
🔹 Empattement : 2 610 mm
🔹 Voie avant : 1 397 mm
🔹 Voie arrière : 1 430 mm

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Pneus avant : 255/60 ZR 16
🔹 Pneus arrière : 255/60 ZR 16
🔹 Freins avant : disques ventilés (302 mm)
🔹 Freins arrière : disques (279 mm)

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : 253 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 7,2 s
🔹 400 m D.A. : 15 s
🔹 1000 m D.A. : 27,1 s

 

⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE

🔹 Capacité du réservoir : 103 litres
🔹 Consommation moyenne : 14,8 l/100km
🔹 Consommation en conduite sportive : 23,1 km/100km

 

📦 DIVERS

🔹 Volume du coffre : 330 litres
🔹 Cx : 0.35
🔹 Poids à vide : 1 790 kg

20 octobre 2026

BMW 328 (1936-1940)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

BMW 328 :
L’élégance au service de la performance

 

 

L'histoire de BMW remonte au début du XXè siècle et de la fusion de deux entreprises en 1916. Elle est spécialisée alors dans la fabrication de moteurs d'avions. Ayant fourni des moteurs à l'armée de l'air allemande, l'entreprise doit se reconvertir en constructeur de motos après le Traité de Versailles. Elle met au point le fameux bicylindre à plat qui fera son succès et s'installe comme constructeur de renom.

Lorsque BMW se lance dans la construction automobile à la fin des années 1920, son premier modèle, la Dixi, n'est autre qu'une Austin Seven fabriquée sous licence. Le constructeur bavarois fait alors ses premières armes dans un domaine nouveau pour lui, avant de développer progressivement ses propres modèles. En 1933, la BMW 303 inaugure notamment le fameux six-cylindres en ligne de la marque, ainsi que la calandre à double haricot qui deviendra l'une de ses signatures stylistiques.

La gamme s'étoffe ensuite avec la BMW 320, présentée en 1937, qui reprend les grandes lignes techniques de la 319 et se décline en plusieurs variantes de carrosserie. Cette diversification témoigne des ambitions grandissantes de BMW, qui entend répondre aux attentes d'une clientèle désireuse de conjuguer confort, élégance et performances.

Mais c'est avec la 328 que le constructeur franchit un nouveau cap dans le domaine des voitures de sport. Présenté en 1936, ce roadster biplace associe un six-cylindres raffiné, une construction légère et une carrosserie aux lignes harmonieuses. Conçue pour briller en compétition, elle démontre rapidement qu'il n'est pas nécessaire de disposer d'une puissance démesurée pour obtenir des performances de premier plan. La 328 devient ainsi l'un des modèles emblématiques de BMW avant la Seconde Guerre mondiale.

 

Une sportive née pour la compétition

La BMW 328 est le fruit du travail des ingénieurs Rudolf Schleicher et Fritz Fiedler. Leur objectif est de concevoir une voiture capable de s'imposer face à une concurrence souvent plus puissante comme l'Alfa Romeo 6C-1750 ou la Bugatti 37, voire équipées d'un moteur suralimenté. Plutôt que de rechercher la puissance à tout prix, ils privilégient un ensemble équilibré, dans lequel chaque kilogramme économisé et chaque qualité dynamique contribuent aux performances.

Le choix du Nürburgring pour sa première apparition publique n'a rien d'anodin. Le 14 juin 1936, lors de la course de l'Eifel, le pilote Ernst Jakob Henne prend le volant d'un exemplaire blanc et remporte sa catégorie. Cette entrée en matière spectaculaire révèle immédiatement le potentiel du nouveau roadster. La 328 démontre qu'une automobile légère et bien conçue peut tenir tête à des concurrentes dont la puissance est pourtant supérieure.

Initialement destinée à la compétition, la BMW 328 est progressivement adaptée à un usage routier. Sa production en série débute au printemps 1937, permettant aux clients privés d'accéder à une sportive aussi à l'aise sur les routes que sur les circuits.

 

Une silhouette immédiatement reconnaissable

La carrosserie de la BMW 328 se distingue par la fluidité de ses lignes. Le long capot, les ailes avant galbées, les phares intégrés à celles-ci et la poupe arrondie composent une silhouette à la fois élégante et fonctionnelle. La calandre à double haricot, caractéristique de la marque, est intégrée à un avant bombé qui participe à l'identité visuelle du modèle.

L'ensemble traduit une recherche d'efficacité aérodynamique encore peu courante à cette époque. Les surfaces sont douces, les volumes soigneusement dessinés et les éléments de carrosserie semblent former un tout cohérent. La 328 ne cherche pas à impressionner par des artifices stylistiques : sa beauté découle de la justesse de ses proportions et de la relation étroite entre sa forme et sa fonction.

Le roadster est conçu pour deux occupants. Son pare-brise bas et incliné, son habitacle relativement dépouillé et sa position de conduite tournée vers l'essentiel rappellent sa vocation sportive. La voiture conserve néanmoins une élégance qui la destine aussi à une clientèle appréciant les automobiles de tourisme exclusives.

 

Un six-cylindres particulièrement élaboré

Sous le long capot prend place un six-cylindres en ligne de 1 971 cm³. Ce moteur développe 80 ch à 4 500 tr/min dans sa configuration de série. Pour un roadster de cette catégorie, cette puissance constitue une valeur remarquable, d'autant que la conception mécanique privilégie la souplesse et l'efficacité plutôt que la seule recherche de puissance maximale.

Le six-cylindres de la BMW 328 adopte une distribution à soupapes en tête, commandées par des tiges et des culbuteurs à partir d'un arbre à cames latéral. Si cette architecture n'a rien de nouveau en soi, sa mise en œuvre est particulièrement étudiée. La disposition des soupapes et la conception de la culasse favorisent le remplissage des cylindres, contribuant aux performances d'un moteur dont la cylindrée reste relativement modeste.

Associé à une boîte de vitesses à quatre rapports et à une transmission aux roues arrière, le six-cylindres permet à la 328 d'atteindre environ 155 km/h. Son poids contenu, annoncé à environ 780 kg selon les données historiques de BMW, joue un rôle déterminant dans ses performances. L'intérêt de la voiture ne tient donc pas à un chiffre isolé, mais à l'équilibre entre sa mécanique, sa masse et son comportement routier.

 

La légèreté comme principe directeur

La BMW 328 illustre une philosophie technique qui privilégie l'efficacité globale. Son châssis tubulaire contribue à la rigidité de l'ensemble tout en limitant le poids, tandis que les trains roulants sont étudiés pour offrir une tenue de route adaptée à une conduite sportive. Le freinage est assuré par des tambours hydrauliques aux quatre roues.

Cette conception permet à la 328 de se montrer vive et précise, sans nécessiter une puissance démesurée. À une époque où les performances sont souvent associées à la cylindrée et à la suralimentation, BMW défend une autre voie : celle d'une voiture légère, équilibrée et capable d'exploiter pleinement ses qualités mécaniques.

Les nombreuses victoires obtenues par la 328 en compétition confirmeront la pertinence de cette approche. Des versions spécialement préparées s'illustreront notamment dans les grandes épreuves d'endurance, jusqu'à la victoire au classement général des Mille Miglia en 1940. Ces succès appartiennent toutefois à des voitures adaptées à la course et ne doivent pas être confondus avec les caractéristiques du roadster de série.

 

Une référence de l'automobile d'avant-guerre

Produite en nombre limité, 403 exemplaires, la BMW 328 Roadster occupe une place singulière dans l'histoire du constructeur. Elle associe une esthétique intemporelle à une conception mécanique ambitieuse et à des qualités dynamiques qui lui permettent de s'imposer face à des adversaires parfois beaucoup plus puissants.

Son influence dépasse également sa courte carrière commerciale. La 328 incarne une approche de la voiture de sport fondée sur l'équilibre entre poids, puissance, aérodynamique et comportement routier. Une philosophie qui conserve toute sa pertinence et qui explique pourquoi ce roadster demeure l'un des modèles emblématiques de BMW avant la Seconde Guerre mondiale.

FICHE TECHNIQUE :

 

🔥 MOTEUR

🔹 Type du moteur : 6 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Alliage léger
🔹 Emplacement : longitudinal, avant
🔹 Puissance fiscale : NC
🔹 Cylindrée : 1 971 cm³
🔹 Alésage x course : 66 x 96 mm
🔹 Taux de compression : 7,5:1
🔹 Vilebrequin : 4 paliers
🔹 Puissance maximale : 80 ch à 4 500 tr/min
🔹 Couple maximal : 13 mkg à 3 500 tr/min (128 Nm)
🔹 Distribution : Arbre à cames latéral, soupapes en tête inclinées à 90°, culbuteurs croisés
🔹 Nombre de soupapes : 12 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : 3 carburateurs Solex 30 JF

 

⚙️ TRANSMISSION

🔹 Type de transmission : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports
🔹 Direction : À crémaillère

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

🔹 Châssis : Cadre tubulaire en acier à deux longerons et traverses
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, triangles et ressort à lames transversal
🔹 Suspension arrière : Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques longitudinaux

 

📏 DIMENSIONS

🔹 Longueur : 3 900 mm
🔹 Largeur : 1 550 mm
🔹 Hauteur : 1 400 mm
🔹 Empattement : 2 400 mm
🔹 Voie avant : 1 153 mm
🔹 Voie arrière : 1 220 mm

 

🛞 ROUES & FREINS

🔹 Pneus avant : 5.25 x 16
🔹 Pneus arrière : 5.25 x 16
🔹 Freins avant : Tambours
🔹 Freins arrière : Tambours

 

🏁 PERFORMANCES

🔹 Vitesse maximale : 155 km/h

 

📦 DIVERS

🔹 Capacité du réservoir : 50 litres
🔹 Poids à vide : 780 kg

18 octobre 2026

Mercedes 300 SL Roadster W198 (1957-1963)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

Mercedes 300 SL Roadster :
Le rêve à ciel ouvert

 

Au Panthéon des automobiles de rêve, les Ferrari, les Porsche et les Rolls-Royce occupent volontiers les premières places. Pourtant, au début des années 1950, une autre marque s'impose avec autorité : Mercedes-Benz. Après les années sombres de la guerre, le constructeur allemand retrouve le chemin des circuits et entend bien rappeler qu'il sait construire des automobiles capables de conjuguer technologie et performances.

En 1952, la 300 SL de compétition, connue sous le code W194, remporte notamment les 24 Heures du Mans et la Carrera Panamericana. Sa silhouette basse et profilée ne passe pas inaperçue. Deux ans plus tard, Mercedes revient en Formule 1 avec une voiture redoutable, la W196, confiée notamment à Juan Manuel Fangio. La marque a retrouvé son rang et attire de nouveau les regards.

De l'autre côté de l'Atlantique, Max Hoffman, importateur de voitures européennes aux États-Unis, a parfaitement compris le potentiel commercial de cette réussite. Il convainc les dirigeants de Stuttgart de produire une version routière de la voiture de sport. Pour lever les dernières hésitations, il s'engage à en commander 1 000 exemplaires. La commande est suffisamment sérieuse pour emporter la décision.

La 300 SL de série est présentée au Salon de New York en février 1954. Mais Hoffman ne compte pas s'arrêter là : il souhaite également une voiture découvrable. Il faudra patienter jusqu'au printemps 1957 pour voir arriver le Roadster.

 

🦋 Le coupé, ou l'art de transformer une contrainte en signature

Avant de profiter du grand air, il faut comprendre ce qui rend le coupé 300 SL si particulier. Sa structure tubulaire, héritée de la voiture de compétition, est particulièrement légère et rigide. Mais cette architecture impose des caissons latéraux volumineux qui remontent très haut sur les flancs. Des portes conventionnelles seraient difficiles à installer et rendraient l'accès à bord presque impossible.

Les ingénieurs trouvent une solution aussi spectaculaire qu'inattendue : les charnières sont fixées sur le toit. Les portes s'ouvrent vers le ciel et donnent à la voiture son surnom de Gullwing, les ailes de mouette. Une contrainte technique devient ainsi l'un des signes distinctifs les plus célèbres de l'histoire automobile.

Il faut toutefois reconnaître que le système n'est pas particulièrement pratique. Pour s'installer à bord, il faut s'asseoir sur le large seuil, pivoter les jambes et se glisser sur le siège. Le volant peut basculer pour faciliter la manœuvre. Une fois installé, il reste à refermer cette immense porte perchée au-dessus de sa tête. En cas de pluie, l'ouverture réserve même une généreuse douche aux occupants.

Les fameux sourcils qui surmontent les passages de roue ne sont pas non plus de simples ornements. Ils participent à la gestion des turbulences provoquées par les ailes, selon les connaissances aérodynamiques de l'époque.

Sous le long capot, Mercedes installe un six-cylindres en ligne de 2 996 cm³, incliné de 45 degrés pour réduire la hauteur de l'ensemble. Alimenté par injection directe d'essence, il développe 215 ch à 5 800 tr/min. La 300 SL est alors la première voiture de tourisme de série équipée d'un moteur à essence quatre temps à injection directe.

Avec une masse d'environ 1 295 kg et une carrosserie soigneusement étudiée, elle atteint entre 235 et 260 km/h selon le rapport de pont choisi. Au milieu des années 1950, ces chiffres la placent parmi les automobiles de série les plus rapides du monde.

Mais cette mécanique exige aussi quelques attentions. L'injection apporte un gain de puissance remarquable, mais le système de lubrification peut être contaminé par de l'essence, notamment lors des démarrages à froid. Les vidanges doivent donc être rapprochées. Quant au train arrière à roues oscillantes, il peut se montrer délicat lorsque la chaussée est dégradée ou glissante. Avec une telle puissance et une transmission qui ne pardonne pas toujours les excès, mieux vaut ne pas confondre conduite sportive et bravade.

La 300 SL coupé est produite à 1 400 exemplaires entre 1954 et 1957. Une grande partie de la production traverse l'Atlantique. Le pari de Max Hoffman est gagné.

 

🌬️ Le Roadster : une autre manière de vivre la 300 SL

Dès 1957, Mercedes présente au Salon de Genève la version découvrable tant attendue. La ligne conserve l'essentiel de l'élégance du coupé, mais la transformation ne se limite pas à retirer le toit. Pour rendre possible l'installation de portes classiques, les ingénieurs revoient les parties latérales de la structure tubulaire et abaissent le seuil d'accès.

La différence est considérable. On monte désormais à bord sans avoir besoin de répéter une petite séance de gymnastique. Le Roadster demeure une voiture basse, sportive et peu adaptée aux personnes pressées de s'installer, mais il devient nettement plus accessible au quotidien.

La carrosserie est également redessinée. Les ailes arrière, les feux et certains détails de finition distinguent le cabriolet de son prédécesseur. Le pare-brise enveloppant protège les occupants, tandis que la capote permet de retrouver un habitacle fermé lorsque le temps se gâte. À partir de l'automne 1958, un hard-top amovible est proposé en option pour ceux qui souhaitent profiter de leur 300 SL toute l'année.

Le changement le plus important se trouve cependant sous la carrosserie. Le châssis est renforcé et la suspension arrière profondément remaniée. Le système conserve des roues oscillantes, mais adopte une articulation unique dont le point de pivot est abaissé. Un ressort compensateur transversal complète le dispositif afin de mieux maîtriser les variations d'assiette et les réactions du train arrière.

Le Roadster gagne ainsi en stabilité et en prévisibilité. Il ne devient pas pour autant une voiture moderne au comportement irréprochable : ses réactions restent celles d'une sportive puissante des années 1950. Mais le conducteur dispose d'une monture plus équilibrée, mieux adaptée aux routes ouvertes et aux longs parcours.

Le moteur demeure le six-cylindres de trois litres à injection directe et 215 ch. La mécanique conserve donc l'essentiel de ce qui faisait la réputation du coupé. La différence se joue davantage dans la manière de l'exploiter : le Roadster invite moins à la performance pure qu'à une conduite rapide, souple et raffinée, avec le bruit du six-cylindres pour seule bande-son.

L'habitacle conserve sa sellerie soignée et son instrumentation caractéristique. Le cuir, les cadrans et les commandes rappellent que la 300 SL n'est pas une voiture de course simplement homologuée pour la route. Elle s'adresse à une clientèle fortunée qui veut autant le plaisir de conduire que celui d'arriver au volant d'une automobile exceptionnelle.

 

⚙️ Une carrière qui évolue avec son temps

Au fil des années, Mercedes fait évoluer le Roadster sans bouleverser sa personnalité. En 1961, les freins à tambour cèdent la place à des freins à disque sur les quatre roues, une amélioration importante pour maîtriser les performances de la voiture. En 1962, le moteur reçoit un bloc en alliage léger, permettant de réduire le poids de cet ensemble mécanique.

La production se poursuit jusqu'en 1963. Au total, 1 858 exemplaires du Roadster sortent des ateliers, portant à 3 258 le nombre de 300 SL coupés et découvrables construits. La plupart sont vendus en Amérique du Nord, où la voiture trouve une clientèle particulièrement réceptive.

La 300 SL Roadster reste néanmoins dans l'ombre de sa sœur à portes papillon dans l'imaginaire collectif. Le coupé possède un atout visuel évident, devenu presque indissociable de son nom. Le Roadster, lui, propose une autre forme de séduction : moins spectaculaire à l'arrêt, mais plus facile à vivre et tout aussi désirable.

 

🏁 La naissance d'une lignée

La 300 SL Roadster est aujourd'hui l'une des automobiles classiques les plus recherchées. Sa cote témoigne de sa rareté, de ses performances pour l'époque et de la place qu'elle occupe dans l'histoire de Mercedes-Benz. Mais son intérêt ne se limite pas à la valeur qu'elle peut atteindre aux enchères (en mai 2024, chez Artcurial, une 300 SL Roadster de 1957 a été adjugée 1 549 600 € , dépassant largement son estimation maximale de 1,2 million d'euros et en mars 2024, chez Gooding & Company, un Roadster de 1957 particulièrement original, doté de rares roues Rudge et accompagné de ses bagages, a atteint 2 012 500 dollars).

Elle incarne un moment particulier de l'histoire automobile, lorsque les progrès de la compétition pouvaient encore être transposés dans une voiture de route à la fois innovante, exigeante et élégante. Elle montre aussi qu'une automobile de rêve n'est pas nécessairement une voiture parfaite : ses contraintes font partie de son caractère.

La 300 SL n'est d'ailleurs pas seule à inaugurer cette nouvelle famille. Présentée en même temps que le coupé, la 190 SL offre une alternative moins puissante et plus accessible. En 1963, la nouvelle génération SL prend le relais avec la 230 SL, bientôt surnommée « Pagode » en raison de la forme de son toit rigide. Viendront ensuite les 250 SL et 280 SL, puis la longue carrière de la R107.

Max Hoffman aura ainsi contribué à installer durablement les voitures de sport Mercedes sur le marché américain. Son flair ne s'est pas limité à Stuttgart : il a également joué un rôle important dans l'histoire de la BMW 507 et de l'Alfa Romeo Giulietta Spider.

La 300 SL Roadster n'est donc pas seulement une version découvrable d'un coupé mythique. Elle représente l'autre visage d'une même ambition : faire d'une automobile née de la compétition une machine capable de donner le goût du voyage, cheveux au vent, sans renoncer aux performances.

Rudy Ulhenhau
Rudy Ulhenhaut
Rudy Ulhenhaut

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(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2012)

Fiche technique :

 

🔥 MOTEUR

  • Type : 6 cylindres en ligne, essence
  • Bloc : fonte
  • Culasse : alliage léger
  • Emplacement : longitudinal avant, incliné à 45°
  • Puissance fiscale : 17 CV
  • Cylindrée : 2 996 cm³
  • Alésage × course : 85 × 88 mm
  • Taux de compression : 8,55:1
  • Vilebrequin : 7 paliers
  • Puissance maximale : 215 ch à 5 800 tr/min
  • Couple maximal : 28 mkg à 4 800 tr/min
  • Distribution : arbres à cames en tête
  • Soupapes : 12 (2 par cylindre)
  • Alimentation : injection mécanique Bosch, injection directe

 

⚙️ TRANSMISSION

  • Type : propulsion
  • Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports

 

🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS

  • Direction : à recirculation de billes (3 tours)
  • Diamètre de braquage : 11,5 m
  • Suspension avant : roues indépendantes, doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux
  • Suspension arrière : roues indépendantes, essieu oscillant à articulation unique, ressort compensateur transversal

 

📏 DIMENSIONS

  • Longueur : 457 cm
  • Largeur : 179 cm
  • Hauteur : 130 cm
  • Empattement : 240 cm
  • Voie avant : 139,8 cm
  • Voie arrière : 144,8 cm

 

🛞 ROUES & FREINS

  • Pneus avant : 6.50 × 15
  • Pneus arrière : 6.50 × 15
  • Freins avant : tambours, puis disques de 290 mm à partir de 1961
  • Freins arrière : tambours, puis disques de 290 mm à partir de 1961

 

🏁 PERFORMANCES

  • Vitesse maximale : environ 240 km/h, selon le rapport de pont

 

⛽ DIVERS

  • Capacité du réservoir : 100 litres
  • Poids : environ 1 383 kg
  • Nombre d'exemplaires produits : 1 858
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