Ferrari 512 BB (1976-1981)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
🏎️ Ferrari 512 BB :
Le V12 passe derrière
À la fin des années 1960, la grande bataille des voitures de sport italiennes ne se joue plus seulement à coups de cylindrée et de puissance. Lamborghini a profondément bouleversé les règles avec la Miura, première véritable supercar de série à adopter un moteur central arrière transversal. Quelques années plus tard, la Countach poursuivra dans la même voie avec son V12 installé longitudinalement derrière l'habitacle.
🔥 De la Daytona à la Berlinetta Boxer
La 365 GTB/4 Daytona avait représenté l'aboutissement d'une certaine idée de la Ferrari routière. Présentée en 1968, elle succède à la 275 GTB et conserve une architecture devenue presque traditionnelle chez Ferrari : un long capot abritant un V12, un habitacle reculé et une transmission aux roues arrière. Pourtant, la concurrence a démontré l'efficacité du moteur en position centrale arrière. Ferrari lui-même utilise cette architecture en compétition.
La réponse arrive avec la 365 GT4 BB. Ferrari conserve son V12, mais l'installe longitudinalement derrière l'habitacle. La voiture adopte ainsi une silhouette beaucoup plus compacte à l'avant et surtout un équilibre radicalement différent.
🏁 La 365 GT4 BB, première étape
Présentée au Salon de Turin en 1971, la 365 GT4 BB est commercialisée à partir de 1973. Elle constitue alors la nouvelle grande berlinette de Ferrari.
Son nom mérite quelques explications. 365 correspond à la cylindrée unitaire traditionnellement utilisée par Ferrari pour désigner certains de ses modèles, tandis que GT4 rappelle la présence de quatre arbres à cames. Le suffixe BB signifie Berlinetta Boxer.
Le terme « Boxer » est toutefois un abus de langage. Le moteur est un douze cylindres à plat à 180°, et non un véritable boxer au sens strict. Sur un Boxer, les manetons opposés partagent chaque palier du vilebrequin, ce qui n'est pas le cas ici, à la manière d'un V12? C'est pourquoi on parle souvent de V12 à 180°. Cette disposition permet surtout d'obtenir un moteur très bas, parfaitement adapté à son implantation centrale arrière.
Avec ses six carburateurs Weber et ses quatre arbres à cames, le V12 de 4,4 litres développe environ 380 ch. La 365 GT4 BB devient ainsi l'une des Ferrari routières les plus performantes de son époque.
La 365 GT4 n'a été construite qu'à 387 exemplaires. Mais Ferrari ne va pas s'arrêter là. D'abord le concept va évoluer et va aussi donner naissance à la 308.
🔥 512 : passage aux cinq litres
En 1976, la 365 GT4 BB évolue et devient la 512 BB.
Le changement de nom n'est pas anodin. Ferrari reprend une nomenclature déjà utilisée sur ses voitures de compétition : 5 litres et 12 cylindres. Le V12 passe effectivement de 4,4 à près de 5 litres, avec une cylindrée de 4 943 cm³.
La puissance officielle reste proche de celle de la 365 GT4 BB, mais le caractère du moteur évolue avec une cylindrée et une courbe de couple plus plate. Le moteur s'en trouve assoupli, plus rond. Surtout, Ferrari profite de cette évolution pour apporter plusieurs modifications à la voiture.
La carrosserie reçoit une face avant très légèrement redessinée, avec des prises d'air et des éléments aérodynamiques modifiés. À l'arrière, la voiture adopte également de nouveaux feux (qui passent de 6 à 4) et quelques modifications destinées à améliorer son comportement et son refroidissement. Les sorties d'échappement passent également de 6 à 4.
La 512 BB est donc davantage qu'une simple 365 GT4 BB réalésée. Ferrari affine une formule désormais bien installée.
🛞 Une nouvelle manière de conduire une Ferrari
Avec son V12 central arrière, la 512 BB offre une expérience très différente de celle de la Daytona.
Le moteur n'est plus là pour donner à la voiture cette interminable sensation de puissance qui caractérisait les grandes Ferrari à moteur avant. Il est désormais placé au plus près du centre de gravité, ce qui améliore la répartition des masses et la motricité. La 512 BB est alors la seule voiture au monde a afficher une vitesse de pointe de 300 km/h.
En contrepartie, cette architecture demande davantage de rigueur au conducteur. La 512 BB est une voiture rapide, lourde et puissante, dont le comportement peut devenir exigeant lorsque les limites d'adhérence sont atteintes.
C'est aussi ce qui fait son charme. Elle n'est pas une voiture aseptisée destinée à rendre les performances accessibles à tous. Elle appartient encore à cette génération de Ferrari où le conducteur doit composer avec la mécanique, plutôt que l'inverse.
Et derrière lui, le conducteur dispose toujours de ce qui constitue l'une des signatures de Maranello : un V12 capable de monter dans les tours avec une sonorité devenue emblématique.
🇮🇹 La dernière évolution
La carrière de la 512 BB s'étend jusqu'en 1981 après 969 exemplaires produits. Ferrari a alors parfaitement assimilé l'intérêt de l'architecture à moteur central arrière pour ses grandes sportives.
Mais le constructeur doit encore adapter cette mécanique aux nouvelles contraintes de son époque. La prochaine évolution abandonnera les carburateurs au profit de l'injection.
Ce sera la 512 BBi, dernière représentante de cette génération de Berlinetta Boxer.
Elle ne sera pourtant pas la fin de l'histoire. Ferrari prépare déjà une voiture destinée à lui succéder et à devenir l'une des automobiles les plus célèbres de toute son histoire.
En 1984, la Testarossa fera son apparition. Avec elle, le V12 à plat gagnera encore en sophistication et en puissance et la Berlinetta Boxer changera définitivement de visage.
Fiche technique :
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : V12 à 180°
🔹 Bloc : Alliage léger
🔹 Culasse : Alliage léger
🔹 Emplacement : Central arrière longitudinal
🔹 Puissance fiscale : 28 CV
🔹 Cylindrée : 4 943 cm³
🔹 Alésage x course : 82 x 78 mm
🔹 Taux de compression : 9,2:1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : 360 ch à 6 800 tr/min
🔹 Couple maximal : 46 mkg (452 Nm) à 4 600 tr/min
🔹 Distribution : Deux doubles arbres à cames en tête, entraînés par courroies crantées
🔹 Nombre de soupapes : 24
🔹 Alimentation : 4 carburateurs Weber 40 IF3C triple corps
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type de transmission : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 5 rapports + marche arrière
🔹 Direction : À crémaillère
🔹 Diamètre de braquage : 12,2 m
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Châssis : Tubulaire en acier avec cellule centrale monocoque
🔹 Suspension avant : Indépendante, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques et barre stabilisatrice
🔹 Suspension arrière : Indépendante, triangles superposés, ressorts hélicoïdaux, doubles amortisseurs télescopiques et barre stabilisatrice
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : 4 400 mm
🔹 Largeur : 1 830 mm
🔹 Hauteur : 1 120 mm
🔹 Empattement : 2 500 mm
🔹 Voie avant : 1 500 mm
🔹 Voie arrière : 1 563 mm
🔹 Garde au sol : 125 mm
🛞 ROUES & FREINS
🔹 Pneus avant : 215/70 VR15
🔹 Pneus arrière : 225/70 VR15
🔹 Freins avant : Disques ventilés
🔹 Freins arrière : Disques ventilés
🏁 PERFORMANCES
🔹 Vitesse maximale : 302 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 5,4 s
🔹 400 m D.A. : 13,7 s
🔹 1000 m D.A. : 24,0 s
⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE
🔹 Capacité du réservoir : 120 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : 13,0 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : 15,1 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : 27,2 l/100 km
📦 DIVERS
🔹 Volume du coffre : 140 litres
🔹 Poids à vide : 1 400 kg
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