Jaguar XJ220 (1991-1994)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
🏁 Jaguar XJ220 :
Le retour de Jaguar au premier plan
Depuis le début des années 1980, Jaguar a renoué avec la compétition grâce à Tom Walkinshaw et son écurie TWR. L'aventure commence en Championnat d'Europe des voitures de tourisme avec la Jaguar XJS, avant de prendre une autre dimension avec l'endurance.
Pour John Egan, alors patron de Jaguar, le retour aux 24 Heures du Mans constitue une formidable occasion de redonner du prestige à la marque. Après un premier engagement en IMSA-GT avec la XJR-5, Jaguar revient donc au Mans en 1988 avec la XJR-9LM, équipée d'un V12 de 7 litres. L'objectif est clair : aller chercher une sixième victoire après les Type-C et Type-D des années 1950.
La victoire est au rendez-vous. La Jaguar doit toutefois batailler jusqu'au bout avec la Porsche 962C de Derek Bell et Hans Stuck, qui termine dans le même tour. Le troisième, en revanche, est relégué à neuf tours. Trois des cinq Jaguar engagées voient l'arrivée.
Cette victoire change quelque peu la perspective. Le prestige du Mans retrouvé mérite d'être prolongé par une voiture de route capable d'incarner le savoir-faire de Jaguar.
🔧 Le rêve du « Saturday Club »
L'idée trouve un terrain favorable chez Jim Randle, ingénieur en chef de Jaguar. Randle participe alors au « Saturday Club », un groupe de salariés qui, en dehors de leur temps de travail officiel, se retrouvent pour imaginer et développer des projets qui n'ont pas encore reçu l'aval de la direction.
Randle travaille notamment sur l'idée d'une véritable supercar capable d'aller chercher la Ferrari F40 et la Porsche 959, alors au sommet de la hiérarchie. Pour lui, cette Jaguar doit toutefois conserver ce qui fait l'identité de la marque : elle doit être rapide, mais aussi relativement confortable et utilisable sur route.
Le projet s'inspire de la XJ-13, un prototype de compétition à moteur central conçu par Jaguar dans les années 1960. La nouvelle voiture reprend cette architecture, mais avec une mécanique beaucoup plus moderne. Le premier projet prévoit même un V12 Jaguar associé à une transmission intégrale.
Le prototype qui en résulte est présenté au public au Salon de Birmingham en octobre 1988. Il reçoit le nom de XJ220, en référence à la vitesse de pointe espérée de 220 mph, soit environ 350 km/h. Le clin d'œil est aussi évident à la XK120, dont le nom faisait référence à sa vitesse maximale annoncée de 120 mph.
À ce moment-là, Jaguar ne cherche donc pas simplement à fabriquer une voiture très rapide. Elle veut créer la Jaguar ultime.
💨 Du V12 au V6
Le problème est que le rêve se heurte rapidement à la réalité technique.
Le V12 est volumineux et lourd. Installé en position centrale arrière avec une transmission intégrale, il impose une architecture particulièrement complexe. Le poids et l'encombrement de la transmission deviennent difficiles à justifier sur une voiture qui doit rester performante sur route.
Le projet évolue donc profondément. La transmission intégrale disparaît au profit d'une simple propulsion et le V12 cède sa place à un V6 de 3,5 litres, dérivé de la mécanique de compétition issue notamment de la MG 6R4 et utilisée par TWR en endurance.
Le choix peut sembler surprenant pour une Jaguar censée affronter Ferrari et Porsche. Il est pourtant loin d'être anodin : ce V6 reçoit deux turbocompresseurs Garrett T3 soufflant à environ 1 bar, deux échangeurs et quatre arbres à cames entraînant 24 soupapes.
La mécanique développe 549 ch à 7 000 tr/min et surtout 65,4 mkg de couple à 4 500 tr/min. De quoi largement compenser la perte de cylindrée.
Les chiffres annoncés donnent le ton : 0 à 100 km/h en moins de quatre secondes et une vitesse théorique supérieure à 350 km/h. Sur le circuit de Nardò, Martin Brundle atteint 341 km/h avec une voiture catalysée et même 349 km/h avec une voiture dépourvue de catalyseur.
La XJ220 n'est alors pas seulement une promesse sur papier. Elle devient l'une des voitures les plus rapides jamais construites pour la route.
🌬️ Une silhouette dictée par le vent
Pour transmettre cette puissance au sol, Jaguar adopte une architecture à moteur central arrière. La voiture est volontairement très basse, avec seulement environ 1,15 m de hauteur, et sa carrosserie est dessinée autour d'une priorité : faire circuler l'air le plus efficacement possible.
Les prises d'air situées à l'avant alimentent notamment le refroidissement des freins tandis que de larges écopes devant les roues arrière apportent l'air nécessaire au refroidissement de la mécanique.
Le travail aérodynamique ne s'arrête pas à la carrosserie. Le dessous de la voiture est caréné et associé à un extracteur arrière afin de générer de l'appui sans recourir à un imposant aileron. Même certains éléments de suspension sont profilés afin de limiter leur influence sur l'écoulement de l'air.
La structure fait appel à des panneaux d'aluminium en nid d'abeille, choisis pour leur légèreté et leur rigidité. Malgré ses dimensions imposantes, la XJ220 affiche 1 470 kg sur la balance.
Elle est longue, extrêmement large, mais étonnamment basse. Et surtout, elle donne l'impression d'avoir été dessinée non pas pour être belle avant tout, mais pour fendre le vent.
🛋️ Une Jaguar avant d'être une supercar
À bord, le contraste avec une Ferrari F40 est saisissant.
Là où la Ferrari assume une approche radicalement dépouillée, la Jaguar conserve les attributs traditionnels de la marque : cuir, instrumentation complète et présentation soignée. La XJ220 veut être une supercar, mais une supercar dans laquelle on reconnaît immédiatement une Jaguar.
La réalité est toutefois moins civilisée que son habitacle pourrait le laisser penser. La direction n'est pas assistée, l'embrayage est particulièrement ferme et le freinage est à la hauteur des performances. La voiture reste donc exigeante à basse vitesse et n'a pas grand-chose d'une paisible berline britannique.
Le paradoxe est déjà là : Jaguar veut fabriquer une voiture confortable capable de dépasser 350 km/h.
💷 Le rêve devient réalité… et problème commercial
Le prototype présenté en 1988 rencontre un tel succès que Jaguar décide de lancer une petite production. Le projet prévoit initialement seulement 220 exemplaires.
Entre-temps, cependant, le contexte change. Jaguar passe sous le contrôle de Ford et le programme prend une dimension industrielle différente. Les commandes affluent et les 220 voitures prévues sont rapidement réservées malgré un prix de 361 000 livres sterling. soit environ 1,5 million d'Euros en 2026.
La production envisagée est alors portée à 350 exemplaires.
Mais la fin des années 1980 n'est plus celle du début de la décennie. Une partie des clients potentiels a acheté sa XJ220 comme un placement plutôt que comme une voiture à conduire. Lorsque le marché des voitures de prestige se retourne, certains acheteurs cherchent à se désengager et la demande s'effondre.
Jaguar ne produira finalement que 281 exemplaires de la XJ220 entre 1992 et 1994.
À cela s'ajoutent les difficultés d'homologation sur le marché américain en raison de sa structure mécanosoudée et l'arrivée de nouvelles concurrentes particulièrement redoutables. La Bugatti EB110 et bientôt la McLaren F1 viennent notamment occuper le devant de la scène, tandis que le marché des supercars devient beaucoup plus difficile.
Produite à un rythme très limité chez TWR, la XJ220 reste donc une voiture extrêmement rare. Une trentaine d'exemplaires ont été destinés au marché français.
🏆 Une Jaguar qui n'a pas renoncé
La carrière commerciale de la XJ220 est finalement loin du succès que Jaguar imaginait en 1988. Son prix, la spéculation et le retournement du marché auront raison du grand projet de série.
Mais réduire la XJ220 à cet échec commercial serait injuste.
Elle est née dans un atelier, imaginée par quelques ingénieurs passionnés qui travaillaient sur leur temps libre. Elle devait reprendre l'esprit de la XJ-13, affronter Ferrari et Porsche, dépasser les 200 mph et retrouver, sur la route, quelque chose de la Jaguar victorieuse au Mans.
Elle aura changé de moteur, abandonné sa transmission intégrale et perdu une partie de ses ambitions initiales avant d'arriver dans les concessions. Mais elle conservera l'essentiel : une silhouette spectaculaire, un châssis sophistiqué et surtout un V6 biturbo de compétition capable de propulser cette grande Jaguar à plus de 340 km/h.
La XJ220 est donc peut-être moins le symbole d'un succès industriel que celui d'un rêve automobile devenu réalité malgré les compromis.
Et à plus de 340 km/h, même une Jaguar qui a dû revoir ses ambitions à la baisse reste une Jaguar sacrément ambitieuse.
FICHE TECHNIQUE :
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : V6 ouvert à 90°, essence
🔹 Culasse : alliage léger
🔹 Emplacement : longitudinal, central arrière
🔹 Puissance fiscale : 32 CV
🔹 Cylindrée : 3498 cm³
🔹 Alésage x course : 94 x 84 mm
🔹 Taux de compression : 8,3:1
🔹 Vilebrequin : NC
🔹 Puissance maximale : 549 ch à 7000 tr/min
🔹 Couple maximal : 65,4 mkg à 4500 tr/min
🔹 Distribution : 2 doubles arbres à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 24
🔹 Alimentation : injection électronique Zytek
🔹 Suralimentation : 2 turbocompresseurs Garrett T3 + 2 intercoolers air-air
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : manuelle à 5 rapports
🔹 Direction : à crémaillère
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Suspension avant : roues indépendantes, triangles superposés, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
🔹 Suspension arrière : roues indépendantes, triangles superposés, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : 493 cm
🔹 Largeur : 201 cm
🔹 Hauteur : 115 cm
🔹 Empattement : 264 cm
🔹 Voie avant : 157 cm
🔹 Voie arrière : 158,8 cm
🛞 ROUES & FREINS
🔹 Pneus avant : 255/45 ZR 17
🔹 Pneus arrière : 345/35 ZR 18
🔹 Freins avant : disques ventilés (330 mm)
🔹 Freins arrière : disques ventilés (304 mm)
🏁 PERFORMANCES
🔹 Vitesse maximale : 342 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 3,9 s (constructeur), 4,2 s mesuré
🔹 400 m départ arrêté : 11,9 s
🔹 1000 m départ arrêté : 21,3 s
🎁 DIVERS
🔹 Consommation moyenne : 12,3 l/100km (35,8 l/100km en mode sportif)
🔹 Cx : 0,36
🔹 Poids : 1470 kg









/image%2F1401935%2F20260904%2Fob_7379e4_lamborghinilm00oav.jpg)
