Citroën DS21 Présidentielle Chapron (1968)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Citroën DS 21 Chapron Présidentielle
👔 Une DS à la hauteur de la fonction
Depuis son arrivée à l'Élysée, le général de Gaulle utilise volontiers la Citroën DS pour ses déplacements. La voiture correspond assez bien à l'image qu'il souhaite donner de la France : moderne, techniquement originale et, surtout, entièrement française.
Mais pour les cérémonies officielles, les cortèges et les visites d'État, la DS de série commence à paraître bien ordinaire. Il faut une voiture capable de représenter la République autrement que par une simple berline de production.
En 1968, la Présidence de la République commande donc une nouvelle voiture officielle à Citroën. Le cahier des charges est pour le moins ambitieux : il faut une limousine suffisamment imposante pour accueillir le président dans de bonnes conditions, mais aussi pour afficher le savoir-faire de l'industrie automobile française.
La base retenue est naturellement la DS 21, alors au sommet de la gamme Citroën. La conception de la voiture est réalisée par les équipes du Quai de Javel, tandis que sa transformation est confiée à un spécialiste que Citroën connaît déjà fort bien : Henri Chapron. Le carrossier de Levallois-Perret travaille depuis plusieurs années sur des DS transformées, notamment les coupés et cabriolets qui portent son nom.
Le résultat va toutefois dépasser de très loin les dimensions d'une DS ordinaire.
📏 Une DS qui voit grand
Chapron ne se contente pas d'allonger quelques éléments de carrosserie. La DS est profondément transformée pour devenir une véritable limousine de représentation.
Son empattement atteint 3,78 mètres, tandis que la longueur totale grimpe à 6,53 mètres pour une largeur de 2,13 mètres. À titre de comparaison, une DS 21 normale est longue d'environ 4,80 mètres. La voiture présidentielle gagne donc près de 1,70 mètre.
Cette démesure répond notamment à une volonté très précise : la nouvelle limousine française doit être plus grande que celle utilisée par le président des États-Unis, Lyndon B. Johnson. La voiture présidentielle devient ainsi une sorte de vitrine roulante de la puissance industrielle française.
Le résultat est spectaculaire, même si les proportions inhabituelles de cette DS lui donnent une silhouette assez particulière. Le pavillon est notamment surélevé afin de permettre au général de Gaulle de prendre place à bord sans avoir à abandonner son légendaire képi.
La carrosserie reçoit une teinte gris Alizé avec un pavillon gris argenté. L'ensemble est volontairement sobre : pas question de transformer la voiture présidentielle en voiture de grand tourisme.
🇫🇷 Une DS pensée pour les cérémonies
Le communiqué de Citroën publié en novembre 1968 est très clair sur la vocation de la voiture : elle est destinée aux cérémonies et aux cortèges officiels.
Cette utilisation impose des contraintes particulières. Une voiture présidentielle doit pouvoir avancer très lentement pendant plusieurs heures, notamment lors des défilés, sans que son moteur ou son système de refroidissement ne souffrent des températures élevées.
La DS conserve évidemment ce qui fait sa spécificité technique : la traction avant et la suspension hydropneumatique. Cette dernière constitue d'ailleurs un avantage évident pour une voiture dont la mission consiste autant à transporter confortablement ses passagers qu'à évoluer à très faible allure dans les cortèges.
Le moteur reste celui de la DS 21. Chapron et Citroën ne cherchent donc pas à transformer la limousine en voiture de sport : sa mission est ailleurs. Avec une voiture aussi longue et lourde, la vitesse maximale est finalement secondaire.
Tout est pensé pour le protocole.
🛋️ Un véritable bureau roulant
L'habitacle est naturellement beaucoup plus sophistiqué que celui d'une DS ordinaire.
Une grande vitre de séparation incurvée isole les passagers arrière du chauffeur et de l'aide de camp. L'arrière devient ainsi un espace privé, permettant au président de s'entretenir avec ses invités sans être directement exposé au personnel installé à l'avant.
Les équipements sont particulièrement modernes pour 1968 : vitres électriques, climatisation, éclairage direct et indirect, interphone et même minibar.
La sellerie est entièrement réalisée en cuir brun. L'espace disponible à l'arrière est considérable et permet d'accueillir deux ou trois personnes. Un strapontin placé face à la banquette arrière peut notamment recevoir un interprète lors des visites officielles.
La voiture dispose également d'un équipement extérieur spécialement conçu pour son rôle. Quatre projecteurs prennent place à l'avant, dont deux projecteurs auxiliaires à iode à longue portée. Les indicateurs arrière adoptent un système de feux défilants et les supports de fanions sont éclairés.
Même la cocarde présidentielle intégrée au capot bénéficie de son propre éclairage.
La DS 21 Chapron n'est donc plus vraiment une automobile de série transformée. C'est désormais un outil protocolaire, conçu autour de la fonction de son passager principal.
🎖️ Une carrière présidentielle finalement courte
La voiture est livrée à la Présidence de la République le 14 novembre 1968 et reçoit l'immatriculation 1 PR 75, PR signifiant naturellement « Présidence de la République ».
Mais son arrivée intervient dans une période pour le moins particulière.
La France sort à peine des événements de Mai 68 et l'image d'une immense limousine présidentielle n'est peut-être pas la plus adaptée au moment. De Gaulle lui-même reste attaché à ses DS plus classiques et utilise finalement assez peu cette nouvelle voiture.
La 1 PR 75 aura néanmoins l'occasion de remplir sa fonction officielle. Elle est notamment utilisée lors de la visite du président américain Richard Nixon en mars 1969, avec le cortège présidentiel descendant les Champs-Élysées.
Quelques mois plus tard, le général de Gaulle quitte l'Élysée.
La limousine restera encore quelque temps dans le patrimoine présidentiel, mais sa carrière officielle ne connaîtra jamais l'ampleur que pouvait laisser imaginer son imposant gabarit.
🚘 Une dernière grande DS présidentielle
La 1 PR 75 constitue finalement un étonnant aboutissement de la DS comme voiture officielle.
Elle reprend tout ce qui faisait la modernité de la berline Citroën — traction avant, suspension hydropneumatique et confort — pour l'associer à une conception très traditionnelle de la voiture d'apparat : dimensions gigantesques, séparation chauffeur-passagers, cuir, équipements luxueux et présence imposante.
Quelques années plus tard, Georges Pompidou fera encore appel à Henri Chapron pour réaliser deux nouvelles voitures présidentielles. Mais cette fois, la base sera beaucoup plus inattendue : la Citroën SM, transformée en spectaculaire limousine découvrable.
La République abandonnera donc la démesure de la 1 PR 75 pour un autre exercice de style, toujours signé Chapron.
La DS présidentielle avait ouvert la voie. La SM allait lui succéder.













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