Aston Martin DB6 (1965-1971)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Aston Martin DB6 :
L'art du grand tourisme à l'anglaise
L'Aston Martin DB6 n'est pas une simple évolution stylistique de la DB5. Présentée en octobre 1965, elle marque une nouvelle étape dans l'histoire de la marque britannique. Sous la direction de David Brown, Aston Martin fait évoluer sa célèbre GT vers davantage de confort et d'habitabilité, sans pour autant renoncer aux qualités sportives qui ont forgé sa réputation.
En 1959, Aston Martin avait remporté les 24 Heures du Mans, consacrant ainsi son savoir-faire face aux constructeurs les plus prestigieux. Mais la décennie suivante voit la concurrence italienne se montrer de plus en plus pressante. Ferrari multiplie les modèles performants et Lamborghini, fondée par un autre fabricant de tracteurs, vient de faire son entrée dans le cercle très fermé des constructeurs de voitures de grand tourisme avec la 350 GT, bientôt remplacée par la 400 GT.
La DB5, rendue célèbre par James Bond sous les traits de Sean Connery, avait parfaitement incarné cette sportivité à l'anglaise. Son moteur six cylindres en ligne de quatre litres lui permettait de rivaliser avec les meilleures productions européennes. Mais les Aston Martin se font plus rares sur les circuits et David Brown entend désormais répondre à une clientèle qui recherche autant le raffinement que les performances. La DB6 conserve donc les fondamentaux de sa devancière, tout en s'orientant résolument vers le grand tourisme.
Une silhouette familière, mais profondément remaniée
La DB6 est bien une nouvelle voiture. Si sa face avant reste très proche de celle de la DB5, quelques détails permettent de la distinguer. La plaque d'immatriculation scinde désormais le pare-chocs en deux parties, tandis qu'une prise d'air prend place juste en dessous. De profil, la vitre latérale arrière s'est étirée, conséquence directe de l'allongement de l'habitacle et du passage à une configuration quatre places.
Mais c'est à l'arrière que le changement est le plus spectaculaire. La poupe adopte une forme tronquée, directement inspirée des travaux aérodynamiques de l'ingénieur allemand Wunibald Kamm. Ce principe, expérimenté dès les années 1930, consiste à interrompre brusquement la ligne de toit pour limiter les turbulences et réduire la portance à haute vitesse. Aston Martin avait déjà étudié cette solution sur ses prototypes de compétition, notamment les Project 212, avant de la retenir pour la DB6 après des essais en soufflerie.
Le résultat est aussi efficace qu'élégant. Le nouvel arrière améliore la stabilité de la voiture à grande vitesse, tout en lui donnant une personnalité propre. Les baguettes chromées soulignent la plaque d'immatriculation et les feux arrière au dessin inédit. Le pare-chocs, lui aussi divisé en deux parties, répond à celui de l'avant et participe à l'équilibre général de la silhouette.
Le confort comme nouvelle priorité
L'évolution des dimensions traduit clairement les intentions de David Brown. L'empattement gagne près de 10 centimètres, tandis que la longueur et la hauteur progressent également. Ces quelques centimètres supplémentaires ne sont pas anecdotiques : ils permettent d'installer deux passagers à l'arrière dans des conditions autrement plus acceptables que dans la DB5. La DB6 devient ainsi une véritable 2+2, capable d'envisager les longs trajets sans imposer aux occupants les compromis d'une sportive pure.
La voiture conserve néanmoins une construction élaborée. Son châssis fait appel au procédé Superleggera, imaginé par le carrossier italien Touring, qui associe une structure tubulaire légère à des panneaux de carrosserie en aluminium. Cette technique, déjà employée sur les DB4 et DB5, permet de concilier rigidité et légèreté. Malgré ses dimensions accrues et son équipement plus généreux, la DB6 ne prend que quelques kilogrammes par rapport à la DB4, preuve que le constructeur n'a pas sacrifié ses exigences techniques au confort.
À bord, le raffinement est à la hauteur des ambitions de la marque. Une profusion de cadrans ronds cerclés de chrome encadre le volant à jante en bois. Le cuir Connolly habille les sièges et les garnitures, tandis que les instruments de la console centrale apportent une touche de sophistication supplémentaire. Le levier de vitesses, perché près du volant au bout d'une fine tige métallique, se termine par un pommeau en bakélite. L'ensemble respire une certaine idée du luxe britannique, où l'élégance ne cherche jamais à se faire ostentatoire.
Une GT qui n'a rien perdu de son tempérament
Sous le capot, la DB6 conserve le six cylindres en ligne de 3 995 cm³ conçu par Tadek Marek. Dans sa configuration standard, il développe 282 chevaux, une puissance déjà respectable pour une automobile destinée à parcourir de longues distances. La transmission est assurée par une boîte manuelle ZF à cinq rapports, tandis qu'une boîte automatique Borg-Warner est également proposée aux clients qui privilégient la douceur de conduite.
Pour les amateurs de performances, Aston Martin reconduit la version Vantage. Grâce à un taux de compression supérieur et à trois carburateurs Weber, la puissance grimpe à 325 chevaux. La DB6 Vantage peut alors atteindre les 100 km/h en environ 6,5 secondes et dépasser les 240 km/h. Des chiffres qui lui permettent de tenir tête aux meilleures GT de son époque, notamment à la Jaguar Type E, même si les Ferrari 365 GTB/4 et Lamborghini 400 GT conservent un avantage en matière de performances pures.
Mais la DB6 ne cherche pas à impressionner uniquement par ses chronos. Sa direction précise, son comportement équilibré et son confort de suspension en font une automobile réputée facile à conduire, y compris à vive allure. Elle incarne une autre conception de la performance, moins tournée vers la recherche du record que vers la capacité à maintenir un rythme soutenu sur de longues distances, sans fatiguer son conducteur ni ses passagers.
La gamme s'enrichit en 1966 d'une version cabriolet baptisée Volante, qui reprend les qualités de la berline tout en offrant le plaisir de la conduite à ciel ouvert. Produite à seulement 140 exemplaires dans sa première série, elle devient rapidement l'une des déclinaisons les plus recherchées de la DB6. La version Vantage, encore plus rare, ajoute à l'élégance du cabriolet les performances du moteur le plus puissant.
En 1969, la DB6 évolue vers une version Mk II reconnaissable à ses passages de roues élargis et à ses jantes plus larges. Elle reçoit également certains éléments mécaniques de la nouvelle DBS, tout en conservant son six cylindres. Cette ultime évolution accompagne la fin de carrière du modèle, dont la production s'achève en 1970, après environ 1 970 exemplaires toutes versions confondues.
La dernière Aston Martin de David Brown
La DB6 est la dernière Aston Martin développée sous la direction de David Brown à perpétuer la silhouette inaugurée par la DB4. Elle laisse progressivement la place à la DBS, présentée dès 1967, qui inaugure un style plus anguleux et prépare l'arrivée du V8. La V8 prendra ensuite le relais, marquant une nouvelle orientation pour la marque.
David Brown, qui avait donné ses initiales à ces modèles devenus emblématiques, quitte la direction d'Aston Martin en 1972. Il ne verra pas la naissance de la DB7, présentée en 1993, dont il aura toutefois autorisé l'utilisation des initiales. Cette dernière renouera avec une tradition de grandes GT accessibles à une clientèle plus large, sans pour autant reproduire la philosophie de ses aînées.
La DB6 demeure ainsi le trait d'union entre deux époques. Elle conserve l'élégance et la noblesse mécanique des Aston Martin des années 1950 et 1960, tout en annonçant une conception plus moderne du grand tourisme. Moins célèbre que la DB5, elle n'en est pas moins une automobile essentielle dans l'histoire de la marque, peut-être même l'une de celles qui ont le mieux exprimé l'équilibre recherché par David Brown entre sportivité, confort et raffinement.
Fiche technique :
🔥 MOTEUR
- Type : 6 cylindres en ligne, essence
- Bloc : alliage léger
- Emplacement : longitudinal avant
- Puissance fiscale : NC
- Cylindrée : 3 996 cm³
- Alésage x course : 96 x 92 mm
- Taux de compression : 8,9:1
- Vilebrequin : 7 paliers
- Puissance maximale : 282 ch à 5 500 tr/min
- Couple maximal : 38,8 mkg à 4 500 tr/min
- Distribution : double arbre à cames en tête
- Soupapes : 12
- Alimentation : 3 carburateurs SU
⚙️ TRANSMISSION
- Type : propulsion
- Boîte de vitesses : manuelle à 5 rapports
- Direction : à crémaillère (3,3 tours)
- Diamètre de braquage : 10,4 m
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
- Châssis : tubulaire de type Superleggera, carrosserie en aluminium
- Suspension avant : roues indépendantes, triangles, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux sur tirants
- Suspension arrière : essieu rigide, bras tirés, barre de Watt, ressorts hélicoïdaux
📏 DIMENSIONS
- Longueur : 462,3 cm
- Largeur : 167,6 cm
- Hauteur : 134,6 cm
- Empattement : 258,4 cm
- Voie avant : 137,2 cm
- Voie arrière : 135,9 cm
- Garde au sol : 10,2 cm
🛞 ROUES & FREINS
- Pneus avant : 8,10 × 15
- Pneus arrière : 8,10 × 15
- Freins avant : disques Girling (292 mm)
- Freins arrière : disques Girling (274 mm)
🏁 PERFORMANCES
- Vitesse maximale : 241 km/h
⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE
- Capacité du réservoir : 86 litres
🎁 DIVERS
- Poids : 1 550 kg













