Bugatti Type 50 (1932-1934)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Bugatti Type 50 :
La grande routière façon Bugatti
À la fin des années 1920, Bugatti s'est déjà fait un nom dans le domaine des grandes automobiles de tourisme. La Type 46, apparue en 1929, occupe alors une place particulière dans la gamme. Avec son huit cylindres de plus de 5 litres, son châssis imposant et ses possibilités de carrosserie, elle représente la grande routière de la maison de Molsheim. Son surnom de « Petite Royale » dit assez bien l'ambition du modèle.
Mais le monde automobile évolue rapidement. Les constructeurs cherchent davantage de puissance, les carrosseries se modernisent et les progrès réalisés en compétition commencent à trouver leur place sur les voitures de route. Chez Bugatti, Jean Bugatti s'intéresse notamment aux solutions techniques utilisées par les concurrents et aux nouvelles possibilités offertes par la suralimentation.
La Type 50, présentée en 1932, va reprendre la place occupée par la Type 46 tout en changeant considérablement la recette. Son huit cylindres conserve une cylindrée proche de 5 litres, mais reçoit une distribution à double arbre à cames en tête et un compresseur. La grande routière Bugatti devient ainsi une automobile particulièrement performante, sans renoncer à la vocation de voyage qui était celle de sa devancière.
La Type 50 n'est donc ni une simple évolution de la Type 46, ni une voiture de course déguisée pour la route. Elle constitue plutôt la rencontre de deux mondes qui intéressent depuis longtemps Bugatti : la grande automobile de tourisme et la technique issue de la compétition.
🔧 Un moteur directement inspiré de la compétition
Le cœur de la Type 50 est son huit cylindres de 4 972 cm³. La mécanique conserve l'architecture générale des grands moteurs Bugatti, mais sa conception marque une évolution importante par rapport à celle de la Type 46.
La distribution à double arbre à cames en tête permet notamment de commander les soupapes avec une précision adaptée à un moteur conçu pour tourner vite. Le compresseur vient compléter l'ensemble en augmentant sensiblement la puissance disponible. Et grâce à la boite-pont à l'arrière, le châssis jouit d'un équilibre dans égal à l'époque.
Cette association n'est pas anodine. Bugatti dispose depuis longtemps d'une solide expérience de la compétition et sait que certaines solutions développées pour la piste peuvent profiter aux automobiles de tourisme. La Type 50 en constitue une démonstration particulièrement spectaculaire.
Le moteur peut développer autour de 225 ch selon les versions et les réglages, une puissance considérable pour une voiture de grand tourisme du début des années 1930. La Type 50 est ainsi capable de dépasser largement les performances habituelles des grandes routières de son époque.
Mais chez Bugatti, la puissance ne constitue jamais toute l'histoire. Le châssis, la transmission et la recherche d'une certaine légèreté participent eux aussi à la personnalité de la voiture.
🏁 Une Bugatti de route, mais pas une voiture de course
L'influence de la compétition pourrait facilement conduire à une comparaison avec les Type 35 ou Type 51. Elle aurait pourtant ses limites.
La Type 50 n'a pas été conçue pour disputer les Grands Prix. Sa vocation reste celle d'une automobile de tourisme rapide, capable de parcourir de longues distances dans des conditions que l'on pourrait qualifier de confortables pour l'époque.
La nuance est importante : la Type 50 est une grande routière qui emprunte beaucoup à la compétition, pas une voiture de compétition simplement rendue utilisable sur la route.
🛞 Le châssis et les différentes versions
La Type 50 existe avec plusieurs configurations de châssis. La version de tourisme standard reçoit un empattement plus court que celui de la Type 46, ce qui contribue à lui donner un comportement plus dynamique.
La Type 50T, destinée davantage au grand tourisme, reprend pour sa part l'empattement plus long de la Type 46. Elle offre ainsi davantage de possibilités pour les carrosseries destinées aux longs voyages.
Cette diversité correspond bien à la clientèle visée. La Type 50 peut recevoir des carrosseries relativement sportives, mais également des réalisations plus imposantes et luxueuses. Notre exemplaire est un cabriolet deux places.
On retrouve ici une tradition solidement établie chez les grands constructeurs français de l'époque : le constructeur fournit une mécanique et un châssis, tandis que le carrossier peut donner à l'automobile une personnalité très différente.
La Type 50 va ainsi connaître plusieurs interprétations, certaines particulièrement élégantes, qui montrent qu'une automobile aussi sophistiquée mécaniquement peut également devenir un véritable objet de carrosserie.
🎨 Une mécanique exceptionnelle sous des carrosseries très différentes
La Type 50 appartient à cette dernière grande période où la carrosserie automobile conserve encore une part importante de son individualité.
Les propriétaires fortunés ne choisissent pas simplement une couleur et quelques équipements dans un catalogue. Ils peuvent commander une carrosserie correspondant à leurs goûts, à leur usage ou simplement à l'idée qu'ils se font d'une grande automobile.
Cela explique la diversité des Type 50 que l'on peut rencontrer aujourd'hui. Certaines semblent presque taillées pour la vitesse, d'autres privilégient l'élégance et les longues distances.
Sous ces silhouettes parfois très différentes, on retrouve pourtant la même idée : une grande Bugatti équipée d'une mécanique particulièrement sophistiquée.
Cette association entre le travail du motoriste et celui du carrossier constitue l'un des aspects les plus intéressants des automobiles de cette époque. La Type 50 n'est pas seulement un modèle défini par son moteur ; elle est aussi une base sur laquelle plusieurs carrossiers vont pouvoir exprimer leur propre vision de la grande automobile.
⚙️ Une Bugatti dans une période difficile
La crise économique mondiale frappe durement les constructeurs et leur clientèle. Les automobiles de très grand luxe deviennent difficiles à vendre, tandis que les investissements nécessaires à leur conception pèsent lourdement sur les petites marques spécialisées.
Bugatti doit également faire face à une concurrence qui s'organise. Les grandes marques européennes proposent elles aussi des automobiles rapides, puissantes et luxueuses, avec des mécaniques de plus en plus sophistiquées.
La Type 50 arrive donc au moment où Bugatti doit défendre sa place dans le haut de gamme sans abandonner ce qui fait son identité.
Produite de 1932 à 1934 à 65 exemplaires, la Type 50 représente une étape importante dans l'évolution de Bugatti.
Quelques années plus tard, les Type 57 reprendront cette philosophie avec une nouvelle génération de châssis et de carrosseries. Mais la Type 50 restera comme l'une des Bugatti les plus représentatives de cette transition entre la grande routière classique et l'automobile de grand tourisme moderne.
Fiche Technique :
🔥 MOTEUR
Type : 8 cylindres en ligne, essence
Bloc : fonte
Culasse : fonte
Emplacement : longitudinal avant
Puissance fiscale : NC
Cylindrée : 4 972 cm³
Alésage x course : 86 x 107 mm
Taux de compression : 7,5:1
Vilebrequin : 9 paliers
Puissance maximale : 225 ch à 4 000 tr/min
Couple maximal : NC
Distribution : double arbre à cames en tête
Nombre de Soupapes : 16
Alimentation : 2 carburateurs Zenith
Suralimentation : compresseur Roots entraîné mécaniquement
⚙️ TRANSMISSION
Type : propulsion
Boîte : manuelle à 3 rapports, transaxle.
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
Châssis : longerons en acier
Suspension avant : essieu rigide, ressorts semi-elliptiques
Suspension arrière : essieu rigide, ressorts quart-elliptiques inversés
📏 DIMENSIONS
Longueur : variable selon la carrosserie
Largeur : variable selon la carrosserie
Hauteur : variable selon la carrosserie
Empattement : 3 100 mm
Voies avant/arrière : environ 1,40 m
🛞 ROUES & FREINS
Freins : tambours sur les quatre roues, commande par câbles
Roues : alliage léger, type à ailettes
Pneumatiques : 20 x 6,50
🏁 PERFORMANCES
Vitesse maximale : environ 200 km/h









