Aston Martin V8 Vantage (1977-1989)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Aston Martin V8 Vantage :
La première supercar britannique
Alors que les amateurs d'Aston Martin réclament une voiture équipée d'un V8, ils sont quelque peu déçus par la DBS, qui ne propose à son lancement que le six cylindres en ligne de la DB6. Pour autant, les performances sont à la hauteur, avec 285 ch pour la version ordinaire et jusqu'à 330 ch pour la DBS Vantage.
Présentée en 1967, la DBS devait remplacer la DB6. Pourtant, les deux modèles vont finalement cohabiter pendant plusieurs années. La DBS apporte surtout une nouvelle génération de carrosserie, dessinée par William Towns, plus anguleuse et plus moderne que celle de la DB6. Mais sous son long capot, les amateurs attendent toujours le fameux V8 promis par Aston Martin.
Il faut patienter jusqu'en 1969.
🔥 Enfin un V8
En 1969 apparaît enfin la DBS V8. Le nouveau moteur est l'œuvre de Tadek Marek, ingénieur motoriste maison d'Aston Martin. Après plusieurs années de développement, il donne naissance à un V8 entièrement nouveau, d'abord envisagé dans une cylindrée plus faible avant d'être porté à 5,3 litres.
Le moteur adopte quatre arbres à cames en tête et une injection mécanique Bosch. Avec ses 5,3 litres, il ne cherche pourtant pas à battre le six cylindres sur le seul terrain de la puissance : avec environ 320 ch, il est même légèrement moins puissant que celui de la DBS Vantage.
Mais il possède un argument de poids : son couple.
Le V8 délivre une force importante dès les bas régimes et offre une onctuosité qui correspond parfaitement à la philosophie d'une grande Aston Martin. La voiture peut se conduire avec souplesse, dans un silence relatif, tout en disposant d'une réserve de puissance considérable lorsqu'il faut accélérer.
La DBS V8 inaugure également un niveau d'équipement supérieur. La climatisation devient notamment disponible de série, ce qui participe au positionnement très haut de gamme de la voiture. Mais tout cela a un prix : la V8 est nettement plus lourde que la DBS six cylindres, avec près de 200 kg supplémentaires.
Il faut donc adapter la voiture à cet embonpoint, mais aussi au couple supérieur du V8. Les roues sont renforcées et la DBS V8 adopte de nouvelles jantes en alliage. Celles-ci permettent d'ailleurs de la distinguer des DBS équipées de leurs traditionnelles roues à rayons, même si de nombreux exemplaires de la DBS six cylindres ont eux aussi reçu des jantes alliage en option.
La DBS V8 est ainsi devenue une grande routière particulièrement rapide, mais Aston Martin n'en a pas encore terminé avec son nouveau moteur.
🇬🇧 De la DBS V8 à l'Aston Martin V8
En avril 1972, David Brown quitte Aston Martin et cède l'entreprise à un groupe d'investisseurs. Avec son départ disparaissent également les initiales « DB » de la nouvelle génération.
La DBS à six cylindres quitte donc le catalogue et l'appellation DBS V8 disparaît à son tour. Seule la DBS Vantage subsiste encore quelque temps, jusqu'en juillet 1973.
La DBS V8 aura finalement été produite à 402 exemplaires.
La nouvelle venue bénéficie d'un premier lifting et abandonne la face avant de la DBS. La calandre est profondément modifiée et reçoit deux longs phares additionnels intégrés dans sa partie centrale. Cette nouvelle présentation, très différente de celle de la DBS originelle, donne naissance à l'Aston Martin V8.
Cette seconde série sera produite jusqu'en juillet 1973, à seulement 288 exemplaires.
Une troisième série lui succède alors. Elle se reconnaît notamment à son imposant bossage de capot, nécessaire pour loger les volumineux carburateurs Weber, qui remplacent l'injection Bosch. Le V8 gagne en caractère et atteint environ 305 ch.
Mais le contexte automobile devient de moins en moins favorable aux grosses cylindrées. Les normes antipollution et les différentes adaptations imposées au moteur font progressivement chuter la puissance, jusqu'à environ 288 ch en 1976.
Aston Martin doit réagir.
Et c'est précisément à ce moment que le nom Vantage va retrouver toute sa signification.
🏁 La V8 Vantage contre les supercars
En 1977, la hiérarchie des grandes voitures de sport européennes est dominée par les Ferrari et les Lamborghini. La Daytona, puis la 512 BB, et la Countach occupent le sommet du Grand Tourisme. Aston Martin dispose d'une grande V8 luxueuse, mais elle doit reprendre la main sur le terrain des performances.
La réponse prend le nom de V8 Vantage.
Le V8 de Tadek Marek est profondément retravaillé. Les arbres à cames adoptent des profils plus sportifs, les soupapes d'admission sont agrandies, le taux de compression est augmenté et l'alimentation reçoit quatre carburateurs Weber 48 IDF. L'admission et l'échappement sont également optimisés.
La puissance atteint alors environ 375 ch.
Aston Martin ne communique pourtant pas officiellement de chiffre de puissance à l'époque, ce qui explique les nombreuses valeurs que l'on retrouve aujourd'hui selon les sources. Une chose, en revanche, ne souffre d'aucune ambiguïté : la V8 Vantage est devenue extrêmement rapide.
Elle abat le 0 à 60 mph en environ 5,3 secondes, soit un dixième de seconde de mieux que la Ferrari Daytona donnée à 5,4 secondes. La vitesse maximale approche les 170 mph, soit environ 270 km/h.
Pour une voiture de près de deux tonnes, quatre places et une mécanique située à l'avant, le résultat est remarquable.
Et Aston Martin ne s'est pas contenté de travailler sur le moteur.
La V8 Vantage reçoit un châssis adapté à ses performances, des suspensions renforcées et une monte pneumatique plus large. La carrosserie reçoit également quelques appendices destinés à améliorer son comportement à haute vitesse : un spoiler avant plus imposant, un becquet arrière et des pneumatiques de 15 pouces.
La discrète grande routière est devenue une véritable voiture de sport.
💪 1978 : l'« Oscar India »
Le 1er octobre 1978 apparaît une nouvelle évolution de la V8, qui deviendra la plus longue série de la carrière du modèle.
Cette quatrième série est connue sous le nom d'« Oscar India ». L'origine de ce surnom est généralement attribuée au numéro de série V540 OI, même si l'on rencontre également l'interprétation « October I », faisant référence à la date du 1er octobre. Cette seconde explication paraît toutefois beaucoup plus incertaine.
La transformation est immédiatement visible.
Le bossage du capot conserve son volume, mais perd son entrée d'air. À l'arrière, le becquet rapporté de la première Vantage est remplacé par un élément intégré à la carrosserie, donnant à la voiture une ligne plus homogène.
Sous le capot, le V8 continue de progresser. La puissance atteint environ 390 ch, permettant à l'« Oscar India » de revendiquer 270 km/h en vitesse maximale.
La V8 Vantage est alors l'une des voitures de sport les plus rapides produites en Grande-Bretagne.
Sa philosophie reste pourtant très différente de celle d'une Ferrari ou d'une Lamborghini. Là où les italiennes privilégient une architecture de voiture de sport, Aston Martin conserve quatre places, un intérieur luxueux et une capacité à parcourir de longues distances dans un confort remarquable.
Une véritable super-GT avant l'heure.
À partir de 1983, la V8 peut même recevoir une boîte automatique Torqueflite à trois rapports d'origine Chrysler, preuve que la Vantage n'abandonne jamais complètement son caractère de grande routière.
Cette série sera produite jusqu'en 1985 à 352 exemplaires.
⚙️ Dernière évolution
En 1986, Aston Martin présente une cinquième et dernière série. L'injection fait son retour et permet notamment de supprimer le volumineux bossage du capot.
Le V8 atteint cette fois environ 405 ch et place l'Aston Martin parmi les voitures les plus performantes du monde.
La V8 Vantage est alors arrivée au terme d'une évolution commencée près de vingt ans auparavant avec la DBS. De génération en génération, le même concept aura été amélioré, renforcé et rendu toujours plus performant.
Cette dernière série sera aussi la plus diffusée, avec 304 V8 Vantage produites, auxquelles s'ajoutent 405 Aston Martin V8.
🇬🇧 Une silhouette devenue intemporelle
Entre la première DBS et les dernières V8 Vantage, plus de vingt ans se sont écoulés. Pourtant, la silhouette née à la fin des années 1960 a remarquablement résisté au temps.
La V8 et la V8 Vantage ont conservé cette ligne longue et massive qui donne encore aujourd'hui à l'Aston Martin une présence particulière. Son V8 glouton l'a toutefois rendue particulièrement vulnérable aux chocs pétroliers et aux contraintes économiques de son époque. La fiscalité britannique, le prix élevé de la Livre Sterling et le coût d'utilisation d'une telle mécanique n'ont évidemment rien arrangé.
Aujourd'hui, les choses ont changé. Devenue une voiture de collection, la V8 Vantage reste coûteuse à entretenir et particulièrement gourmande en carburant, mais sa cote tend à retrouver le niveau que mérite sa rareté.
Et surtout, ses performances n'ont rien de ridicule face aux références de son époque. Elle peut encore être comparée à la Ferrari Testarossa, à la Lamborghini Countach ou à la Porsche 911 Turbo, avec un avantage que ses concurrentes ne peuvent pas toujours revendiquer : elle permet de voyager à quatre.
C'est finalement ce qui résume le mieux la philosophie de la V8 Vantage. Aston Martin n'a pas cherché à construire une supercar radicale. La marque a pris une grande GT, lui a donné un moteur beaucoup plus puissant, un châssis adapté et suffisamment de tempérament pour aller jouer avec les meilleures.
Le résultat est une voiture à la fois traditionnelle et extraordinairement performante, dont le nom va devenir suffisamment célèbre pour être repris des années plus tard.
En 2005, Aston Martin ressuscite ainsi le nom V8 Vantage sur une nouvelle génération de coupé, preuve que cette première Vantage de 1977 avait définitivement marqué l'histoire de la marque.
FICHE TECHNIQUE : ASTON MARTIN V8 VANTAGE
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : V8 à 90°, essence
🔹 Bloc : alliage léger
🔹 Culasse : alliage léger
🔹 Emplacement : longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 38 CV
🔹 Cylindrée : 5 341 cm³
🔹 Alésage x course : 100 x 85 mm
🔹 Taux de compression : 9:1
🔹 Puissance maximale : 375 ch à 6 000 tr/min
🔹 Couple maximal : 51,1 mkg à 4 900 tr/min
🔹 Distribution : 2 doubles arbres à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 16
🔹 Alimentation : 4 carburateurs Weber
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : manuelle à 5 rapports
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Direction : à crémaillère
🔹 Suspension avant : roues indépendantes, triangles superposés
🔹 Suspension arrière : essieu de Dion
🔹 Freins avant : disques ventilés
🔹 Freins arrière : disques ventilés
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : 467 cm
🔹 Largeur : 183 cm
🔹 Hauteur : 133 cm
🔹 Empattement : 261 cm
🔹 Voie avant : 150 cm
🔹 Voie arrière : 150 cm
🔹 Poids : 1 820 kg
🛞 ROUES & PNEUMATIQUES
🔹 Pneus avant : 255/50 VR 15
🔹 Pneus arrière : 255/50 VR 15
🏁 PERFORMANCES
🔹 Vitesse maximale : 270 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 5,3 s
🔹 0 à 160 km/h : 13 s
🔹 400 m départ arrêté : 13,7 s
🔹 1 000 m départ arrêté : 25,2 s
⛽ AUTONOMIE
🔹 Capacité du réservoir : 104 litres




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