Lamborghini Countach (1974-1990)
Lamborghini Countach :
Le futur avait quatre roues
🐂 Une nouvelle page après la Miura
Au milieu des années 1960, Ferruccio Lamborghini avait déjà réussi son pari : faire entrer son constructeur dans le cercle très fermé des fabricants de voitures de sport capables de rivaliser avec Ferrari. La Miura, présentée en 1966, avait marqué les esprits en installant un V12 en position centrale arrière transversale. Une disposition audacieuse qui allait faire école. Ferrari préparait d'ailleurs sa propre réponse avec la 365 GT4 BB, présentée en 1971, renommée 512 BB en 1976.
Mais Lamborghini ne compte pas s'arrêter là. La Miura a ouvert une voie, il faut désormais en explorer une autre. Le projet LP112 est confié à Paolo Stanzani pour la partie mécanique et à Marcello Gandini, chez Bertone, pour le dessin. L'objectif est de concevoir une voiture qui rompe avec les conventions, aussi bien dans son architecture que dans son apparence.
✏️ Le futur selon Marcello Gandini
En mars 1971, le Salon de Genève découvre le prototype LP500. Le choc est considérable. Gandini abandonne les rondeurs qui caractérisaient encore les voitures de sport de l'époque pour leur opposer une silhouette faite de lignes tendues, d'angles vifs et de surfaces planes. Le capot plonge vers l'avant, le pare-brise est fortement incliné et le pavillon se prolonge presque sans rupture jusqu'à l'arrière. Les vitres latérales elles-mêmes sont divisées en plusieurs surfaces.
La voiture ne mesure qu'un peu plus d'un mètre de hauteur. Le poste de conduite est rejeté très en avant pour laisser toute la place nécessaire au moteur installé derrière les occupants. De grandes prises d'air latérales alimentent les radiateurs et le compartiment moteur. Les portes s'ouvrent vers le haut en pivotant autour d'un axe situé à l'avant : les fameuses portes en élytre, qui deviendront l'une des signatures de Lamborghini.
Le prototype est encore relativement dépouillé. Pas d'aileron arrière, pas d'élargisseurs de carrosserie, pas de multiplication des appendices aérodynamiques. Sa silhouette est d'une pureté presque géométrique. Gandini a imaginé une voiture qui semble venir d'un autre monde, sans chercher à reproduire les codes de l'automobile sportive existante.
L'engouement suscité par cette présentation convainc Lamborghini de poursuivre le développement. La LP500 est encore un prototype, mais son avenir commercial ne fait bientôt plus guère de doute.
⚙️ Une architecture mécanique originale
Sous cette carrosserie spectaculaire se cache une architecture tout aussi singulière. Le principe LP, pour Longitudinale Posteriore, indique clairement le choix retenu : le V12 est désormais installé longitudinalement en position centrale arrière, et non plus transversalement comme sur la Miura.
Mais Paolo Stanzani va plus loin. Pour optimiser la répartition des masses et limiter l'encombrement de l'ensemble mécanique, la boîte de vitesses à cinq rapports est placée devant le moteur, entre les deux sièges. Le levier de vitesse se retrouve ainsi au milieu de l'habitacle, à portée de main du conducteur. Un arbre de transmission traverse ensuite le carter d'huile du moteur pour rejoindre le différentiel arrière.
Cette disposition permet de concentrer les masses au plus près du centre de la voiture, mais elle impose une conception particulièrement complexe. Elle deviendra pourtant une caractéristique durable des Lamborghini V12 à moteur central.
Le châssis est constitué d'un treillis tubulaire en acier, sur lequel viennent se fixer les éléments de carrosserie en aluminium. Les suspensions indépendantes à triangles superposés assurent le guidage des quatre roues. L'ensemble est conçu pour offrir une rigidité importante et supporter les contraintes d'un moteur particulièrement puissant.
Le prototype LP500 disposait initialement d'un V12 de 5 litres, mais cette mécanique ne sera pas conservée pour la production. Les essais menés notamment par le pilote d'essai Bob Wallace permettent de mettre au point l'ensemble. Le prototype terminera sa carrière en 1974 lors des essais de résistance aux chocs nécessaires à l'homologation de la voiture de série.
🚀 La Countach entre en scène
La version définitive est présentée au Salon de Genève en 1973, avant que la production ne commence en 1974. Elle prend le nom de Countach LP400. Le terme Countach est une expression du dialecte piémontais qui traduit la surprise et l'admiration. La légende raconte qu'un ouvrier piémontais de Bertone employait fréquemment cette exclamation devant le prototype. Gandini et Wallace auraient alors décidé de la conserver comme nom de baptême. Une manière plutôt inhabituelle de désigner une automobile, qui lui va finalement très bien.
La LP400 reprend l'essentiel du dessin du prototype, mais avec quelques adaptations nécessaires à la production et à l'utilisation quotidienne. Le V12 retrouve sa cylindrée de 4 litres, soit précisément 3 929 cm³. Il développe 375 ch grâce à ses deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres, ses deux soupapes par cylindre et ses six carburateurs Weber double corps. La vitesse maximale annoncée atteint environ 300 km/h, une valeur particulièrement ambitieuse pour l'époque.
La ligne reste relativement pure. Les passages de roues sont encore étroits, les pneus moins larges que sur les versions ultérieures et aucun aileron ne vient perturber le dessin. Une particularité de cette première génération est le petit conduit aménagé dans le pavillon, au-dessus de la tête du conducteur, qui permet de voir ce qui se passe derrière la voiture. Il lui vaut le surnom de Periscopio.
La Countach est pourtant loin d'être une voiture facile. La visibilité arrière est très réduite, les manœuvres demandent de l'habitude et la conduite exige une certaine expérience. Son moteur est puissant, mais son châssis et ses pneumatiques doivent encore progresser pour exploiter pleinement ses possibilités.
🛞 La LP400 S : la première évolution
En 1978, Lamborghini présente la LP400 S. L'évolution est d'abord dictée par les pneumatiques. La voiture reçoit de nouvelles roues Campagnolo et des pneus Pirelli P7 beaucoup plus larges, qui nécessitent de modifier les passages de roues. Les élargisseurs deviennent alors une caractéristique visuelle de la Countach.
La carrosserie reçoit également des jupes latérales et un spoiler avant. Un aileron arrière est proposé en option. Il renforce encore l'allure spectaculaire de la voiture, mais son influence sur la résistance à l'air pénalise la vitesse maximale. Cela n'empêche pas la majorité des clients de le choisir.
Le moteur reste le V12 de 3 929 cm³ développant 375 ch. Les modifications portent surtout sur le comportement routier, avec des adaptations des suspensions et des trains roulants pour accompagner les nouvelles roues. La Countach gagne en assise et en agressivité visuelle, mais elle commence aussi à s'éloigner de la pureté du dessin initial.
🔧 La 5000 S : davantage de cylindrée
En 1982, Lamborghini présente la 5000 S (nos modèles), également désignée LP500 S. L'entreprise vient alors de passer sous le contrôle du groupe Mimran, qui va progressivement lui redonner des moyens financiers et industriels.
La Countach évolue principalement sur le plan mécanique. Le V12 voit sa cylindrée portée à 4 754 cm³. La puissance reste annoncée à 375 ch, mais le couple progresse sensiblement. L'allumage électronique fait également son apparition. La transmission et certains éléments de finition sont revus afin d'améliorer l'agrément d'utilisation.
La carrosserie conserve l'essentiel des caractéristiques de la LP400 S. Les élargisseurs d'ailes, les jupes latérales et l'aileron sont désormais pleinement associés à l'image de la Countach. Elle est devenue une automobile immédiatement reconnaissable, même pour ceux qui ne connaissent pas son constructeur.
🔥 La Quattrovalvole : quatre soupapes par cylindre
En 1985, la Countach franchit une nouvelle étape avec la 5000 Quattrovalvole, souvent abrégée en QV. Le V12 passe cette fois à 5 167 cm³ et adopte quatre soupapes par cylindre, soit 48 soupapes au total. La puissance atteint 455 ch dans la version européenne alimentée par six carburateurs Weber. Le capot moteur doit être bombé pour accueillir les nouveaux carburateurs, désormais disposés verticalement.
La version destinée au marché américain adopte quant à elle une injection électronique et développe environ 420 ch. Les contraintes réglementaires et antipollution imposent en effet des adaptations spécifiques.
La Countach entre alors dans une nouvelle dimension. Son rapport poids-puissance est particulièrement favorable, avec une masse qui reste relativement contenue au regard de ses performances. Mais cette puissance supplémentaire ne fait pas disparaître les limites du châssis. La voiture conserve un comportement exigeant, une direction lourde à basse vitesse et une visibilité qui complique sérieusement les manœuvres.
La Countach est devenue une véritable diva mécanique. Elle demande de l'attention, de l'expérience et une certaine tolérance à l'inconfort. En échange, elle offre une expérience de conduite sans beaucoup d'équivalents à cette époque.
🎂 La 25e anniversaire : l'ultime évolution
En 1988, Lamborghini célèbre les 25 ans de la marque avec une série spéciale de la Countach. Cette ultime évolution, baptisée 25e anniversaire, est confiée en partie à Horacio Pagani, qui travaille alors au sein de l'entreprise avant de créer sa propre marque.
La carrosserie reçoit de nombreuses modifications : boucliers redessinés, prises d'air retravaillées, jupes latérales, nouveaux éléments aérodynamiques et améliorations du refroidissement. Le dessin initial de Gandini est désormais très éloigné, mais la voiture conserve sa silhouette caractéristique.
La mécanique reste celle de la Quattrovalvole avec son V12 de 5,2 litres. La voiture bénéficie de plusieurs améliorations de détail destinées à la rendre plus aboutie et plus agréable à utiliser.
Cette dernière version accompagne la Countach jusqu'en 1990. Après seize années de production, elle cède finalement sa place à la Diablo, qui reprend le flambeau du V12 central arrière.
🏁 Une automobile devenue une icône
La Countach aura traversé deux décennies sans jamais véritablement perdre son identité. Elle aura aussi considérablement changé au fil des générations, passant d'une voiture relativement épurée à une supercar de plus en plus démonstrative. Les élargisseurs, les spoilers et les prises d'air ont progressivement pris une place importante dans son apparence, au point de devenir indissociables de son image.
Sa production totale est généralement donnée pour 1 999 exemplaires entre 1974 et 1990, répartis entre cinq grandes séries. Une diffusion confidentielle qui contribue naturellement à son statut particulier.
La Countach n'est certainement pas une automobile parfaite. Elle est difficile à conduire, peu pratique, bruyante et parfois capricieuse. Mais elle a profondément marqué l'histoire de l'automobile. Ses lignes ont influencé plusieurs générations de voitures de sport et ses portes en élytre sont devenues une véritable signature de la marque.
Elle incarne surtout une époque où les constructeurs osaient encore imaginer des automobiles qui semblaient tout droit sorties de la science-fiction. Une époque où la recherche de la performance se mêlait à une certaine démesure stylistique, sans toujours se soucier du raisonnable.
La Countach n'a pas seulement succédé à la Miura. Elle a défini une nouvelle manière d'imaginer la supercar, dont la Diablo allait poursuivre l'histoire à partir de 1990.
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(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
FICHE TECHNIQUE :
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : V12 ouvert à 60°, essence
🔹 Bloc : Aluminium
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal, central arrière
🔹 Puissance fiscale : 23 CV
🔹 Cylindrée : 4 754 cm³
🔹 Alésage x course : 85,5 x 69 mm
🔹 Taux de compression : 9,2:1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : 375 ch à 7 000 tr/min
🔹 Couple maximal : 41,9 mkg à 4 500 tr/min
🔹 Distribution : 4 arbres à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 24
🔹 Alimentation : 6 carburateurs Weber 45 DCOE
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type de transmission : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 5 rapports
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Direction : À crémaillère (3,2 tours)
🔹 Diamètre de braquage : 13 mètres
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, doubles triangles, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
🔹 Suspension arrière : Roues indépendantes, triangles, bras tirés, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : 414 cm
🔹 Largeur : 200 cm
🔹 Hauteur : 107 cm
🔹 Empattement : 245 cm
🔹 Voie avant : 149,2 cm
🔹 Voie arrière : 160,6 cm
🔹 Garde au sol : 12,5 cm
🛞 ROUES & FREINS
🔹 Pneus avant : Pirelli P7 205/50 VR 15
🔹 Pneus arrière : Pirelli P7 345/35 VR 15
🔹 Freins avant : Disques ventilés (300 mm)
🔹 Freins arrière : Disques ventilés (282 mm)
🏁 PERFORMANCES
🔹 Vitesse maximale : 300 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 5,5 s
🔹 1 000 m départ arrêté : 24,9 s
⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE
🔹 Capacité du réservoir : 120 litres
🔹 Consommation moyenne sur route : 10 l/100 km
🔹 Consommation moyenne sur autoroute : 11,6 l/100 km
🔹 Consommation moyenne en ville : 20,1 l/100 km
🔹 Consommation moyenne : 19 l/100 km
🎁 DIVERS
🔹 Volume du coffre : 240 litres
🔹 Poids : 1 490 kg








