Bugatti Veyron 16.4 (2005-2015)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Bugatti Veyron :
Le Phénix de la démesure
🏛️ La renaissance d'une légende
À la fin du XXe siècle, le nom Bugatti appartient davantage à l'histoire automobile qu'à l'actualité. La marque fondée par Ettore Bugatti à Molsheim a connu ses heures de gloire durant l'entre-deux-guerres, avant de disparaître progressivement du paysage industriel. Plusieurs tentatives de renaissance ont bien eu lieu, notamment sous l'impulsion de Romano Artioli avec l'EB110, mais elles n'ont pas permis à la marque de retrouver durablement sa place.
En 1998, le groupe Volkswagen rachète les droits de Bugatti avec une ambition qui dépasse largement celle d'une simple opération de prestige. Ferdinand Piëch, alors à la tête du constructeur allemand, entend redonner vie à cette marque prestigieuse en lui associant une automobile capable de repousser les limites de la technique. Le choix de Molsheim, berceau historique de Bugatti, n'est pas anodin : la nouvelle aventure doit renouer avec les origines françaises de la marque.
Les premières études se succèdent rapidement. Après les EB 118 et EB 218, deux grandes voitures de prestige présentées en 1998, Volkswagen dévoile en 1999 les prototypes EB 18/3 Chiron et EB 18/4 Veyron. Ce dernier, présenté au salon de Francfort, esquisse déjà les lignes de la future voiture de série. Mais derrière ce projet se cache une ambition autrement plus spectaculaire : concevoir une automobile capable de dépasser les 400 km/h tout en conservant le confort et le raffinement attendus d'une Bugatti.
Ferdinand Piëch fixe alors trois objectifs qui vont guider tout le développement : une vitesse de pointe supérieure à 400 km/h, une puissance de 1 001 chevaux et un prix de vente d'un million d'euros hors taxes. Trois chiffres qui résument une ambition presque provocatrice : proposer la voiture de série la plus rapide, la plus puissante et l'une des plus chères du monde. Le chiffre de 1 001 chevaux n'est pas choisi au hasard. Il permet de franchir symboliquement le cap des 1 000, avec une petite marge supplémentaire. Quant au million d'euros, il traduit la volonté de faire de la Veyron une automobile d'exception, sans chercher à la rendre accessible au plus grand nombre.
⚙️ Un moteur hors normes
Derrière cette ambition se trouve un homme : Ferdinand Piëch. Ingénieur de formation, petit-fils de Ferdinand Porsche, il s'est déjà illustré chez Porsche en participant activement au développement de la 917, la voiture qui permettra à la marque de remporter ses premières 24 Heures du Mans en 1970. Son intérêt pour les architectures mécaniques inhabituelles ne date donc pas de la Veyron. Il avait notamment travaillé sur un moteur 16 cylindres destiné à la 917, finalement abandonné au profit du douze cylindres à plat.
En 1997, lors d'un voyage en Shinkansen entre Tokyo et Nagoya, Piëch esquisse sur une enveloppe un moteur de 18 cylindres. L'idée est ambitieuse : réunir trois rangées de six cylindres dans une architecture en W, pour obtenir un moteur puissant, compact et particulièrement souple. Ce premier projet donnera naissance à plusieurs études avant que les ingénieurs ne retiennent finalement un W16, plus adapté aux contraintes d'encombrement et de suralimentation.
Le lien avec la 917 ne s'arrête pas là. Cette voiture avait atteint 406 km/h dans la ligne droite des Hunaudières au Mans. Pour Piëch, la future Bugatti devra faire mieux. La barre des 400 km/h n'est donc pas un chiffre choisi au hasard : elle s'inscrit aussi dans une histoire personnelle, celle d'un ingénieur qui entend dépasser les limites qu'il avait lui-même contribué à repousser.
Présentée en 2000, l'EB 16/4 Veyron annonce déjà les grandes lignes de la future voiture. Son moteur de 8 litres reçoit quatre turbocompresseurs et développe une puissance annoncée de 1 001 ch, accompagnée d'un couple de 1 250 Nm. Pour transmettre cette cavalerie au sol, Bugatti retient une transmission intégrale permanente et une boîte robotisée à double embrayage et sept rapports.
Mais produire 1 001 chevaux n'est qu'une partie du problème. Il faut aussi parvenir à évacuer la chaleur considérable dégagée par un moteur de 8 litres alimenté par quatre turbocompresseurs. La Veyron dispose pour cela de dix radiateurs, répartis entre les différents circuits de refroidissement du moteur, de l'huile, de la transmission et des systèmes de suralimentation. Cette multiplication des échangeurs impose une circulation d'air particulièrement étudiée et explique en partie la complexité des prises d'air et des ouvertures de la carrosserie.
Le refroidissement n'est d'ailleurs qu'un des nombreux défis à résoudre. À plus de 400 km/h, les pneumatiques subissent des contraintes considérables, tandis que la résistance aérodynamique augmente très rapidement. Il faut également garantir une stabilité suffisante et concevoir un système de freinage capable de dissiper une quantité d'énergie impressionnante. La Veyron ne peut donc pas être simplement un moteur surpuissant installé dans une carrosserie élégante : chaque élément doit être pensé en fonction des autres.
La production en série est officiellement décidée en 2001. Le développement va cependant se révéler plus long et plus complexe que prévu. La Veyron ne sera pas simplement une voiture rapide : elle devra être capable de reproduire ses performances sans compromettre sa fiabilité ni son agrément de conduite.
🏎️ La voiture de tous les superlatifs
Après plusieurs années de mise au point, la Bugatti Veyron 16.4 est officiellement présentée au public en septembre 2005. Sa fabrication débute à Molsheim, dans les ateliers spécialement aménagés pour accueillir cette automobile hors normes. Chaque exemplaire est assemblé à la main, dans un environnement où la qualité de finition doit être à la hauteur des ambitions techniques.
La carrosserie reprend les grandes lignes du prototype EB 18/4, avec une silhouette immédiatement reconnaissable. Les deux parties de la carrosserie, les ailes galbées, la fameuse ligne centrale et les prises d'air latérales composent un ensemble qui cherche autant l'élégance que l'efficacité aérodynamique. L'habitacle n'est pas en reste : cuir, aluminium et matériaux nobles rappellent que la Veyron reste une automobile de grand tourisme, malgré ses performances de voiture de compétition.
Sous cette carrosserie se trouve une structure monocoque en fibre de carbone, associée à des éléments en aluminium. Le moteur W16 est installé en position centrale arrière et entraîne les quatre roues. La boîte DSG à sept rapports, spécialement développée pour supporter le couple considérable du moteur, participe à la transmission de cette puissance.
Avec 1 001 ch, la Veyron atteint 100 km/h en seulement 2,5 secondes. Mais c'est surtout sa vitesse maximale de 407 km/h qui marque les esprits. Le 19 avril 2005, lors des essais sur la piste d'Ehra-Lessien, elle avait déjà franchi cette barre symbolique, devenant la première voiture de série à dépasser officiellement les 400 km/h.
Pour atteindre cette vitesse, l'aérodynamique joue un rôle essentiel. À partir de 220 km/h, l'aileron arrière et plusieurs éléments mobiles modifient leur position afin d'assurer l'appui et la stabilité. En configuration de vitesse maximale, la voiture s'abaisse et réduit sa résistance à l'air. Le dispositif de freinage bénéficie également d'une assistance aérodynamique : l'aileron se redresse pour agir comme un frein supplémentaire. La Veyron doit en effet être capable de s'arrêter aussi efficacement qu'elle accélère.
🔧 Une famille qui s'agrandit
Bugatti ne se contente pas de la version initiale. En 2008, la Veyron 16.4 Grand Sport fait son apparition. Cette déclinaison découvrable conserve le moteur de 1 001 ch, mais nécessite quelques adaptations structurelles pour compenser la disparition du toit. Son pavillon amovible permet de retrouver une configuration fermée, tandis qu'une petite protection de secours peut être installée en cas d'intempéries.
En 2010, la Veyron franchit une nouvelle étape avec la Super Sport. La puissance du W16 passe à 1 200 ch et le couple atteint 1 500 Nm. Les modifications touchent également le refroidissement, l'aérodynamique et les suspensions. Avec une vitesse homologuée de 431,072 km/h, la Super Sport repousse encore les limites établies par sa devancière.
La déclinaison découvrable bénéficie à son tour de cette évolution. Présentée en 2012, la Grand Sport Vitesse reprend les caractéristiques mécaniques de la Super Sport et devient, en 2013, le roadster de série le plus rapide du monde avec une vitesse enregistrée de 408,84 km/h.
🏁 La dernière d'une série exceptionnelle
La production de la Veyron s'achève en 2015, après dix années d'une carrière qui aura profondément marqué l'industrie automobile. Au total, 450 exemplaires auront été construits : 300 coupés et 150 découvrables, toutes versions confondues.
Le dernier exemplaire porte le numéro de châssis 450. Il s'agit d'une Grand Sport Vitesse baptisée « La Finale », présentée au salon de Genève en mars 2015. Une manière de refermer un chapitre qui aura demandé des moyens techniques, industriels et financiers considérables.
La Veyron aura surtout permis à Bugatti de retrouver une place de premier plan dans le paysage automobile mondial. Elle a démontré qu'une automobile pouvait associer des performances jusque-là réservées à la compétition, un raffinement digne des grandes voitures de tourisme et une utilisation sur route ouverte.
Son héritière, la Chiron, présentée en 2016, poursuivra cette quête de performances avec une puissance portée initialement à 1 500 ch. Mais la Veyron restera celle qui aura ouvert cette nouvelle voie, en donnant corps à une ambition que beaucoup jugeaient irréalisable.
FICHE TECHNIQUE :
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : 16 cylindres en W à 72°, architecture W16
🔹 Bloc : Alliage d'aluminium
🔹 Culasse : Alliage d'aluminium
🔹 Emplacement : longitudinal, central arrière
🔹 Puissance fiscale : 118 CV
🔹 Cylindrée : 7 993 cm³
🔹 Alésage x course : 86 x 86 mm
🔹 Taux de compression : 9,0:1
🔹 Vilebrequin : NC
🔹 Puissance max : 1 001 ch à 6 000 tr/min
🔹 Couple max : 127,5 mkg de 2 200 à 5 500 tr/min
🔹 Distribution : Quatre doubles arbres à cames en tête par banc, calage variable
🔹 Nombre de soupapes : 64 (4 par cylindre)
🔹 Alimentation : Injection électronique multipoint
🔹 Suralimentation : 4 turbocompresseurs avec 2 échangeurs air/air
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type : Intégrale permanente
🔹 Boîte de vitesses : Robotisée DSG à double embrayage, 7 rapports
🔹 Embrayage : Double embrayage multidisque
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Structure : Monocoque en fibre de carbone avec structures avant et arrière en aluminium
🔹 Carrosserie : Aluminium et fibre de carbone
🔹 Suspension avant : Doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs adaptatifs
🔹 Suspension arrière : Doubles triangles superposés, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs adaptatifs
🔹 Direction : À crémaillère avec assistance hydraulique
🔹 Aérodynamique : Aileron arrière mobile et diffuseur arrière
🔹 Cx : 0.355
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : 4 462 mm
🔹 Largeur : 1 998 mm
🔹 Hauteur : 1 204 mm
🔹 Empattement : 2 710 mm
🔹 Voie avant : 1 740 mm
🔹 Voie arrière : 1 641 mm
🔹 Poids à vide : 1 888 kg
🛞 ROUES & FREINS
🔹 Pneumatiques avant : Michelin PAX 265/680 ZR 500 A
🔹 Pneumatiques arrière : Michelin PAX 365/710 ZR 540 A
🔹 Freins avant : Disques ventilés carbone-céramique de 400 x 38 mm, étriers fixes 8 pistons
🔹 Freins arrière : Disques ventilés carbone-céramique de 380 x 34 mm, étriers fixes 6 pistons
🏁 PERFORMANCES
🔹 Vitesse maximale : 407 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 2,5 s
🔹 0 à 200 km/h : 7,3 s
🔹 0 à 300 km/h : 16,7 s
🔹 400 m D.A. : 10,3 s
🔹 1000 m D.A. : NC
⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE
🔹 Consommation urbaine : 40,4 l/100 km
🔹 Consommation extra-urbaine : 14,7 l/100 km
🔹 Consommation mixte : 24,1 l/100 km
🔹 Capacité du réservoir : 100 litres













