Rolls-Royce Phantom II (1929-1935)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
Rolls-Royce Phantom II :
Le luxe selon Henry Royce
En matière d'automobile de grand luxe, Rolls-Royce n'est pas vraiment du genre à tout bouleverser à chaque nouvelle génération. La marque préfère perfectionner patiemment ce qui existe déjà, jusqu'à obtenir une automobile qui paraît naturellement meilleure que la précédente.
En 1929, la Phantom II succède ainsi à la Phantom I qui remplaçait la Silver Ghost. À première vue, la recette reste familière : un imposant six-cylindres en ligne, une mécanique particulièrement silencieuse et un châssis destiné à recevoir une carrosserie réalisée par un spécialiste. Mais sous cette apparente continuité, Rolls-Royce apporte suffisamment de changements pour faire de la Phantom II une véritable nouvelle génération.
🔧 Une nouvelle Phantom
La Phantom II conserve le six-cylindres en ligne de 7 668 cm³ de la Phantom I. Le moteur reçoit cependant une nouvelle culasse en alliage léger et plusieurs améliorations destinées à rendre son fonctionnement encore plus souple.
La puissance atteint environ 120 ch selon les estimations. Une valeur qui peut sembler assez modeste aujourd'hui pour une cylindrée aussi généreuse, mais la Phantom II n'a jamais été conçue pour battre des records d'accélération. Son rôle est ailleurs : emmener ses occupants rapidement, confortablement et surtout avec cette discrétion mécanique qui constitue depuis longtemps la signature de Rolls-Royce.
Le changement le plus important se trouve finalement sous la voiture. La Phantom II adopte un châssis entièrement nouveau, plus moderne et plus bas que celui de sa devancière. La suspension arrière abandonne notamment les ressorts cantilever de la Phantom I pour des ressorts à lames semi-elliptiques.
La boîte de vitesses reste une transmission mécanique à quatre rapports et le freinage est assisté sur les quatre roues.
Rolls-Royce propose également une version Continental à empattement raccourci et au comportement plus dynamique. Elle s'adresse notamment aux propriétaires qui souhaitent prendre eux-mêmes le volant, plutôt que de laisser systématiquement cette tâche à leur chauffeur.
La Phantom II reste pourtant une automobile imposante. Et surtout, elle reste un châssis.
🎨 Une voiture à habiller
C'est une particularité essentielle pour comprendre les Rolls-Royce de cette époque. Le constructeur ne livre pas à son client une automobile ressemblant à celles que nous connaissons aujourd'hui, produites avec une carrosserie standardisée.
Rolls-Royce fournit le châssis roulant, la mécanique et le radiateur. Pour le reste, le propriétaire choisit son carrossier.
Park Ward, Hooper, Barker, Mulliner, Thrupp & Maberly, Letourneur et Marchand et bien d'autres maisons vont ainsi donner aux Phantom II des silhouettes parfois très différentes.
Deux Phantom II peuvent donc partager exactement la même mécanique tout en donnant l'impression d'appartenir à deux constructeurs différents.
C'est aussi ce qui permet aux propriétaires les plus fortunés de laisser libre cours à leurs envies. Et certains ne s'en privent pas.
👤 Monsieur Esders
L'exemplaire présenté ici est justement associé à un personnage qui ne manquait pas d'originalité : Armand Esders.
Industriel français spécialisé dans le vêtement, Esders est également un grand amateur d'automobiles. Il possède notamment une Bugatti Type 41 Royale, la fameuse « Royale » dont le châssis 41111 reçoit une extraordinaire carrosserie réalisée pour lui par Jean Bugatti.
Cette Royale possède une particularité pour le moins surprenante : elle n'a pas de phares.
Ce n'est pourtant pas un oubli. Esders ne conduisant pas de nuit, il considère simplement qu'il n'en a pas besoin. Les phares peuvent d'ailleurs être montés lorsque cela s'avère nécessaire, mais ils ne font pas partie de la présentation habituelle de la voiture.
Et l'histoire se répète avec sa Rolls-Royce.
Pour sa Phantom II, Esders confie la carrosserie à Letourneur et Marchand. Le résultat est une imposante automobile à deux places, présentée au Salon de Paris en 1932. Et là encore, les phares sont absents.
Il faut imaginer ce que cela représente à l'époque : une Rolls-Royce parmi les automobiles les plus luxueuses du monde, une carrosserie entièrement dessinée pour son propriétaire et, autour de cette imposante calandre, aucun phare pour rappeler que l'on pourrait éventuellement avoir besoin de voir la route une fois le soleil couché.
Esders avait simplement décidé qu'on ne conduisait pas la nuit.
On peut difficilement faire plus personnel comme cahier des charges.
🏁 La dernière de Henry Royce
La Phantom II occupe également une place particulière dans l'histoire de Rolls-Royce. Elle est la dernière génération conçue sous la direction de Henry Royce, qui disparaît en 1933.
La production se poursuit jusqu'en 1935, avec environ 1 680 exemplaires fabriqués.
La Phantom II représente donc une forme d'aboutissement. Elle reprend les principes qui ont fait la réputation de la marque tout en modernisant profondément le châssis et la mécanique.
Mais elle rappelle surtout une époque aujourd'hui disparue : celle où une automobile de très grand luxe pouvait encore être commandée presque comme un costume.
Mais en 1935, la Phantom II tire sa révérence. Rolls-Royce va alors franchir une nouvelle étape avec la Phantom III. Cette fois, le changement ne sera pas seulement esthétique : sous son immense capot apparaîtra un tout nouveau moteur V12, une première pour la marque.
Après le perfectionnement vient donc le changement de génération. Et avec lui, une nouvelle façon de concevoir le très grand tourisme selon Rolls-Royce.
FICHE TECHNIQUE :
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : 6 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : fonte
🔹 Culasse : alliage léger
🔹 Emplacement : longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 46 CV
🔹 Cylindrée : 7 668 cm³
🔹 Alésage x course : 108 × 140 mm
🔹 Taux de compression : environ 5,25:1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : environ 120 ch
🔹 Couple maximal : non communiqué
🔹 Distribution : soupapes en tête, arbre à cames latéral
🔹 Nombre de soupapes : 12
🔹 Alimentation : carburateur
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte : manuelle à 4 rapports
🔹 Direction : à vis et secteur
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Châssis : séparé, en acier
🔹 Suspension avant : essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
🔹 Suspension arrière : essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
🔹 Amortisseurs : hydrauliques
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : variable selon carrosserie
🔹 Largeur : variable selon carrosserie
🔹 Hauteur : variable selon carrosserie
🔹 Empattement : 3 658 ou 3 810 mm selon version
🛞 ROUES & FREINS
🔹 Freins : hydrauliques assistés sur les quatre roues
🔹 Roues : roues à rayons
🏁 DIVERS
🔹 Vitesse maximale : environ 145 km/h
🔹 Réservoir : environ 136 litres













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