Mercedes 560 SEL V126 (1986-1991)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🛡️ Mercedes 560 SEL (V126)
Le sommet tranquille de la Classe S
Avec la seconde phase de la Classe S W126, Mercedes-Benz revoit sa copie côté motorisations. Fini le 2.8 litres à six cylindres qui ouvrait autrefois la gamme : désormais, c’est la 260 SE qui assure le rôle d’entrée. Les six-cylindres en ligne grimpent ensuite à 3.0 litres avec la 300 SE. Côté V8, le bloc de la 380 SE est remplacé par un 4.2 litres (420 SE), tandis que le 5.0 litres de la 500 SE reste à l’affiche, inchangé… du moins, en apparence.
Car si la Classe S reste, dans son ensemble, une référence absolue en matière de confort, de qualité de fabrication et de raffinement, elle affiche tout de même deux faiblesses notables aux yeux de Mercedes : la vitesse de pointe et la puissance nette. En face, une vieille rivale britannique lui fait de l’ombre : la Jaguar XJ12, forte de 295 ch, revendique plus de 230 km/h, et conserve son titre officieux de berline la plus rapide du monde – un titre qu’elle détient depuis plus de 15 ans. La 500 SE, malgré son V8 onctueux, se contente de 230 ch pour 210 km/h. Une performance solide, mais insuffisante pour détrôner la reine d’Angleterre.
Mercedes réagit avec méthode. En modifiant le vilebrequin du moteur M117 de 5.0 litres – maneton allongé, course portée de 85 à 94,8 mm – la cylindrée passe de 4 973 à 5 547 cm³. Le taux de compression est également revu à la hausse, et la puissance atteint enfin la barre symbolique des 300 ch. La vitesse maximale ? Elle pourrait dépasser allègrement les 250 km/h… mais Mercedes choisit de la brider électroniquement à 250 km/h, en invoquant des raisons de sécurité. Un choix stratégique : la firme à l’étoile gagne le duel en fixant une limite que les autres grands constructeurs allemands adopteront à leur tour, par convention tacite. En fermant le jeu, Mercedes remporte le match.
Ce V8 5.5 litres n’est dans un premier temps proposé que dans la 560 SEL (notre modèle), version à empattement long (code V126, à ne pas confondre avec la 560 SE, type W116, plus courte).
On le retrouvera plus tard sous le capot du coupé 560 SEC et du roadster 560 SL, destiné avant tout au marché nord-américain, ou sur quelques curiosités comme la 560 SEL cabriolet fabriquée par SGS.
Face à la Jaguar XJ12, la Mercedes 560 SEL réplique avec précision. Mais un autre prétendant se glisse dans le combat : BMW, avec la 750iL (E32), présentée en 1987. Son V12 de 5,0 litres délivre lui aussi 300 ch, avec une philosophie plus sportive. Pourtant, malgré un certain panache mécanique, la BMW ne rivalise pas avec la rigueur de construction et la longévité mécanique de la Mercedes. Deux écoles s’affrontent : la discrétion confortable de Stuttgart contre la puissance dynamique de Munich.
À bord, c’est un salon sur roues. La présentation est digne d’un bureau ministériel : bois précieux, cuir souple, équipements pléthoriques. À l’arrière, on soigne particulièrement les passagers VIP : sièges chauffants, massants, console centrale en option pouvant accueillir téléphone ou minibar selon l’humeur au moment de l'achat. Rien ne manque – sauf à ne pas cocher d'option. Chez Mercedes, tout est à la carte, et l’addition grimpe vite.
En 1990, le tarif de base était de 614 000 F (environ 166 400 € de 2024). Cela comprenait déjà : climatisation automatique, sièges avant électriques à mémoire, banquette arrière chauffante, suspension hydropneumatique, colonne de direction réglable électriquement, régulateur, airbags, lampes de courtoisie sous les portières… et bien d'autres raffinements.
La 560 SEL, plus que toute autre version de la W126, incarne la voiture d’État par excellence. On la retrouve dans les cortèges diplomatiques, les ambassades, les ministères, parfois blindée, parfois équipée de téléphones satellites. Elle véhicule une image de puissance tranquille, d’autorité sans frime. C’est une Mercedes qui impose le respect, sans chercher à séduire. A l'opposé, elle incarne également la voiture des chefs mafieux et autres yakuzas.
La 560 SEL connaît un grand succès sur les marchés à l'export, notamment aux États-Unis, au Japon, en Afrique et au Moyen-Orient. La version américaine est légèrement dénaturée (pare-chocs proéminents, phares scellés, catalyseur imposé), mais conserve sa prestance. Aux États-Unis, elle devient un incontournable des milieux diplomatiques, des fortunes établies et des thrillers urbains des années 90. Elle y a pour elle son V8 coupleux qui n'a pas à rougir face à une Cadillac qui a pour elle, certes, le confort mais dont le comportement est à des encablures de celui de l'allemande.
Mécaniquement, la 560 SEL est robuste, mais exigeante. Le moteur M117, bien que solide, aime les entretiens réguliers : vidanges fréquentes, respect des intervalles, surveillance de la distribution par chaîne. La boîte automatique à 4 rapports est douce mais sensible au manque d’entretien. La suspension hydropneumatique peut poser des problèmes coûteux si elle n’est pas suivie. Quant à l’électronique embarquée, elle commence à vieillir, mais reste globalement fiable.
En usage moderne, elle souffre de son poids fiscal (37 CV), de sa consommation gargantuesque (20 l/100 km en ville) et d’un gabarit imposant. Résultat : elle tarde à entrer en collection, coincée entre statut de youngtimer et limousine désuète. Pourtant, elle a tout pour devenir un grand classique.
On trouve aujourd’hui des 560 SEL en état correct entre 12 000 et 20 000 €, selon l’historique, la configuration (catalysée ou non), le kilométrage, et l’état de la suspension, et jusqu'à 30 000 € pour un exemplaire irréprochable. C’est sans doute encore le bon moment pour en acheter une… tant qu’elle reste méconnue.
FICHE TECHNIQUE : Mercedes 560 SEL 1987 (V126)
🔹 Type du moteur : V8, essence
🔹 Bloc : fonte
🔹 Culasse : aluminium
🔹 Emplacement : longitudinal, avant
🔹 Puissance fiscale : 37 CV
🔹 Cylindrée : 5 547 cm³
🔹 Alésage x course : 96,5 x 94,8 mm
🔹 Taux de compression : 9:1
🔹 Vilebrequin : Acier forgé, manetons rallongés
🔹 Puissance maximale : 300 ch à 5 000 tr/min
🔹 Couple maximal : 46,4 mkg (soit 455 Nm) à 3 750 tr/min
🔹 Distribution : Deux arbres à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 16 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : Injection KE-Jetronic Bosch
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : automatique à 4 rapports
🔹 Direction : à recirculation de billes, assistée (3,03 tours de butée à butée)
🔹 Châssis : Monocoque acier
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, doubles triangles, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
🔹 Suspension arrière : Essieu semi-rigide, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux, suspension hydropneumatique
🔹 Longueur : 516 cm
🔹 Largeur : 182 cm
🔹 Hauteur : 144,6 cm
🔹 Empattement : 307 cm
🔹 Voie avant : 155,5 cm
🔹 Voie arrière : 152,7 cm
🔹 Pneus avant : 215/65 VR 15
🔹 Pneus arrière : 215/65 VR 15
🔹 Freins avant : Disques ventilés (Ø 300 mm)
🔹 Freins arrière : Disques (Ø 279 mm)
🔹 Vitesse maximale : 250 km/h (bridée électroniquement)
🔹 0 à 100 km/h : 7,5 s
🔹 400 m D.A. : 15,4 s
🔹 1000 m D.A. : 27,8 s
🔹 Capacité du réservoir : 90 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : 10,5 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : 12,7 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : 16,8 l/100 km
🔹 Volume du coffre : 505 litres
🔹 Cx : ~ 0,36
🔹 Poids à vide : 1 830 kg




