Talbot Horizon GLS (1978-1985)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Talbot-Simca Horizon 1.5 GLS
Alors que la fidèle Simca 1100 entre dans sa deuxième vie, le centre d’études de Chrysler France, à Carrières-sous-Poissy, planche déjà sur sa remplaçante. L’objectif : concevoir une compacte moderne, rationnelle et confortable, capable de rivaliser avec les Golf, Ritmo et autres Renault 14 qui s’annoncent. Et pour une fois, tout va aller très vite. Les premières maquettes sont validées dès octobre 1974, le style définitif arrêté en 1976, et la voiture présentée au Maroc à l’automne 1977 — un lancement plutôt exotique pour un modèle promis à un usage très quotidien. La commercialisation démarre en 1978.
L’Horizon reprend le concept cher à Simca : une berline bicorps à hayon, pratique et compacte. Elle ne gagne que 4 cm en longueur par rapport à la 1100, mais s’élargit de 10 cm, offrant un habitacle bien plus accueillant. Le moteur transversal libère de l’espace, tandis que les quatre roues indépendantes — barres de torsion et ressorts hélicoïdaux à l’avant, bras tirés à l’arrière — garantissent un confort supérieur à la moyenne.
La presse salue à l’unisson le confort de suspension, la qualité des sièges et la présentation de l’habitacle, saluant une auto “conçue par des gens qui roulent en voiture”. Résultat : l’Horizon est élue Voiture européenne de l’année 1979, trois ans après la 1307/1308. Une belle revanche pour une marque encore sous pavillon américain.
Sous le capot, en revanche, rien de bien nouveau : on retrouve les moteurs issus de la Simca 1100. Selon les versions, la puissance évolue de 55 à 83 chevaux.
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La LS se contente du 1118 cm³ de 55 ch.
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La GL grimpe à 59 ch avec le même moteur, alimenté au Super.
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La GLS adopte le bloc 1294 cm³ de 68 ch, bien doté (appuie-tête, compte-tours, baguettes chromées, pare-brise feuilleté, ordinateur de bord).
Mais c’est en septembre 1978 que la 1.5 GLS entre en scène, avec le moteur 1442 cm³ emprunté à la 1308. Deux variantes : un simple carburateur pour 69 ch, ou un double corps pour 83 ch (notre modèle). Le tout associé à une boîte manuelle bien étagée et une souplesse appréciable en ville. Une boîte automatique et un régulateur de vitesse feront même leur apparition sur la version SX — luxe rare dans cette catégorie à la fin des années 70, mais qui rappelle l'influence de Chrysler dans la stratégie de l'entreprise.
Mais au moment même où l’Horizon débute sa carrière, Chrysler Europe tangue dangereusement. La maison-mère américaine, engluée dans une stratégie chaotique, cherche à se délester de ses filiales européennes, que ce soit le groupe Rootes en Angleterre, Barreiros en Espagne ou Simca en France. Renault, entreprise publique, ne peut pas acheter un groupe privé. Citroën vient tout juste d’être absorbée par Peugeot dont les finances sont à sec. Résultat : c’est PSA (créée après l'absorption de Citroën) qui se retrouve, un peu malgré elle et sous l'insistance du gouvernement de Raymond Barre, à reprendre la barque Simca.
Première décision : supprimer le nom Simca. PSA récupère aussi le droit d’utiliser la marque Talbot, marque prestigieuse dans les années 30 et 50 grâce à Anthony Lago et que Simca avait rachetée en 1958. L’idée paraît séduisante en positionnant chaque marque sur un segment particulier :
- Peugeot pour le conventionnel,
- Citroën pour la technologie,
- Talbot pour le “premium” à la française.
Mais dans les faits, la réalité industrielle ne suit pas le discours marketing. Ce sont encore des Simca sous la tôle, produites dans un climat social tendu, avec un réseau de distribution mal préparé. Dès 1979, les voitures deviennent Talbot-Simca, arborant simultanément trois logos : Talbot sur le capot, Pentastar Chrysler sur la calandre et Simca sur le hayon. Il faudra attendre juillet 1979 pour que tout cela soit enfin uniformisé et que seule la marque Talbot soit apposée. Un symbole parfait du flou ambiant.
L’Horizon connaîtra pourtant une carrière honorable, ponctuée d’évolutions constantes dans la gamme et les accessoires. On notera l'apparition de la série limitée “Jubilé” à finition GLS et peinture bicolore et, plus tard, la version “Premium”, tentative désespérée de redorer l’image de la marque.
Du côté des originalités on remarque l'apparition de l’éconoscope, ce petit indicateur qui rougit quand on écrase trop l’accélérateur, et du compte-tours à diodes au sommet de la colonne de direction,
En parallèle, l’Horizon devient la première Simca diesel, grâce au moteur XUD9 de la Peugeot 305 monté sur les versions LD et EXD. Un signe que, malgré tout, l’intégration technique progressait.
Mais la réussite commerciale, elle, n’a pas suivi. Peu promue par PSA, la marque Talbot ne parvient pas à exister entre Peugeot et Citroën. L'intégration dans le réseau passe mal. Les concessions Peugeot étant transformées en Peugeot-Talbot, l'ancien concurrent devient un partenaire pour des salariés qui n'ont pas été formé à vanter les avantages des Talbot.
La marque est un peu vieillissante et l'Horizon côtoie la Talbot 1610. L'intégration au groupe suppose des économies d'échelle et donc ses suppressions d'emploi avec en première ligne l'usine de Poissy. Des grèves à répétition finissent de ternir l'image de la marque Talbot et s'ensuit une dégringolade aussi sévère que dramatique.
En 1980, la production dépasse encore les 100 000 exemplaires ; en 1982, elle tombe à 82 000, puis à 27 000 en 1984. En 1985, seuls 4 600 exemplaires sortent de Poissy. La production française cesse en 1986, la fabrication espagnole s’éteint l’année suivante.
Ironie du sort, le projet de remplaçante — baptisé “Arizona” — sera récupéré par Peugeot et deviendra la Peugeot 309. Une voiture née Talbot mais rebaptisée in extremis pour sauver les investissements. Et quant à PSA, elle se sauvera de la déroute financière grâce à deux immenses succès : les Peugeot 205 et Citroën BX
Pour en savoir plus : Talbot Horizon
Fiche technique :
Type : 4 cylindres en ligne, essence
Bloc : fonte
Culasse : alliage léger
Emplacement : transversal, avant
Cylindrée : 1 442 cm³
Alésage x course : 77 x 78 mm
Taux de compression : 9,5 : 1
Puissance fiscale : 7 CV
Vilebrequin : 5 paliers
Puissance maximale : 83 ch à 5 600 tr/min
Couple maximal : 12,5 mkg à 3 000 tr/min
Distribution : arbre à cames latéral, culbuteurs, soupapes en tête
Nombre de soupapes : 8
Alimentation : carburateur double corps Weber
Type : traction avant
Boîte de vitesses : manuelle à 5 rapports
Direction : à crémaillère (4,35 tours de butée à butée)
Diamètre de braquage : 10,2 m
Suspension avant : roues indépendantes, barres de torsion longitudinales, triangles inférieurs, barre antiroulis
Suspension arrière : roues indépendantes, barres de torsion transversales
Longueur : 3,96 m
Largeur : 1,68 m
Hauteur : 1,41 m
Empattement : 2,52 m
Voie avant : 1,43 m
Voie arrière : 1,39 m
Garde au sol : 18 cm
Poids : 975 kg
Pneus avant : 155 SR 13
Pneus arrière : 155 SR 13
Freins avant : disques (Ø 238 mm)
Freins arrière : tambours
Vitesse maximale : 164 km/h
Capacité du réservoir : 47 litres
Consommation moyenne : env. 7,5 L/100 km





