Ford Comète Monte Carlo (1954-1955)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Ford Comète Monte-Carlo (1954-1955)
Lorsque la Ford Comète apparaît au début des années 1950, elle met tout le monde d’accord : ligne basse, pavillon fluide, poupe effilée. Le dessin signé Stabilimenti Farina (Giovanni Farina, le frère de Battista "Pinin") et l’industrialisation assurée par Facel-Métallon sous la houlette de Jean Daninos donnent naissance à l’un des plus élégants coupés européens de l’après-guerre.
Mais derrière cette silhouette racée se cache un problème bien réel : la mécanique ne suit pas.
Le V8 Ford « Aquilon » de 2,2 litres, puis 2,3 litres, même porté à 80 ch SAE, se montre trop juste pour le standing de l’auto. La Comète séduit l’œil, pas le chronomètre.
Ford SAF doit réagir.
Une évolution plus qu’une nouvelle voiture
En janvier 1954, la réponse arrive : la Comète Monte-Carlo.
Il ne s’agit pas d’un nouveau modèle, mais bien d’une version profondément améliorée de la Comète existante.
Extérieurement, les différences restent mesurées. Une nouvelle calandre à barres verticales (dite « coupe-frites ») a été installée et fait un bel effet. Une prise d’air factice sur le capot a été ajoutée. Des écussons “Facel-Métallon” remplacent l’inscription “Monte-Carlo” sur les flancs. Les clignotants sont désormais intégrés aux antibrouillards et les anciens logements de butoirs de pare-chocs comblés par des catadioptres blancs.
À l’intérieur, détail révélateur de l’orientation plus “grand tourisme” : le compte-tour disparaît au profit… d’une montre.
La Monte-Carlo ne cherche plus à paraître sportive. Elle veut être rapide avec élégance.
C’est ici que la Monte-Carlo prend tout son sens.
Le petit V8 2,3 L laisse place au V8 “Mistral” 3,9 litres, emprunté à la Ford Vendôme, évolution luxueuse de la Vedette. Son taux de compression progresse de 6,7 à 7,2:1, permettant d’atteindre 105 ch SAE à 3 700 tr/min. Le régime reste modeste — soupapes latérales obligent — mais le moteur se montre très coupleux : 24,5 mkg dès 2 000 tr/min.
La transformation du caractère est nette. La Comète cesse d’être une belle endormie.
La boîte manuelle 3 rapports reste théoriquement de série, mais la grande majorité des clients opte pour la boîte 4 rapports entièrement synchronisée Pont-à-Mousson, bien mieux adaptée au nouveau moteur.
La transmission électromagnétique Cotal, proposée auparavant, disparaît.
Avec cette nouvelle mécanique, la Monte-Carlo atteint 155 km/h, soit un niveau enfin en rapport avec son allure et son positionnement. Ce n’est pas une sportive, mais une grande routière rapide, capable d’avaler les nationales avec aisance et silence.
Fin de parcours sous l’ère Simca
Les deux versions, Comète et Monte-Carlo, cohabitent un temps. Certaines Comète reçoivent même les attributs de la Monte-Carlo. On estime à 107 exemplaires ces voitures hybrides.
Mais en 1954, Ford SAF est cédée à Simca. Henri-Théodore Pigozzi récupère l’outil industriel, la nouvelle Vedette… et une gamme qui coûte cher à produire.
La Comète est rapidement arrêtée. Seule la Monte-Carlo subsiste jusqu’au printemps 1955, avec déjà des mesures d’économie visibles : le skaï remplace le cuir sur certaines garnitures. Daninos proposera bien un coupé 4 portes, mais le projet sera refusé.
La production totale est estimée à 799 exemplaires.
Héritage
La Monte-Carlo n’a pas de descendante directe. Mais dans l’esprit — alliance d’élégance, de moteur noble et de fabrication artisanale française — elle annonce clairement ce que Jean Daninos lancera peu après sous son propre nom : Facel-Vega.
Pour en savoir plus : Simca by Facel
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : V8 ouvert à 90°, essence
🔹 Bloc : fonte
🔹 Culasse : fonte
🔹 Emplacement : longitudinal, avant
🔹 Puissance fiscale : 22 CV
🔹 Cylindrée : 3 923 cm³
🔹 Alésage x course : 85,96 x 95,25 mm
🔹 Taux de compression : 7,2:1
🔹 Vilebrequin : 3 paliers
🔹 Puissance maximale : 105 ch SAE à 3 700 tr/min
🔹 Couple maximal : 24,5 mkg à 2 000 tr/min
🔹 Distribution : arbre à cames central, soupapes latérales
🔹 Nombre de soupapes : 16
🔹 Alimentation : carburateur double corps inversé Zenith 32 DINX
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : manuelle 3 rapports (4 rapports Pont-à-Mousson en option)
🔹 Direction : boîtier Gemmer à vis épicycloïdale
🔹 Diamètre de braquage : 12,80 m
🔹 Châssis : châssis séparé
🔹 Suspension avant : roues indépendantes, quadrilatères déformables, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs non concentriques
🔹 Suspension arrière : ront hypoïde, ressorts à lames semi-elliptiques longitudinaux
🔹 Longueur : 4 670 mm
🔹 Largeur : 1 740 mm
🔹 Hauteur : 1 420 mm
🔹 Empattement : 2 690 mm
🔹 Voie avant : 1 350 mm
🔹 Voie arrière : 1 380 mm
🔹 Garde au sol : 150 mm
🔹 Pneus avant : 6.40 x 15 (ou 185 x 400)
🔹 Pneus arrière : 6.40 x 15 (ou 185 x 400)
🔹 Freins avant : tambours
🔹 Freins arrière : tambours
🔹 Vitesse maximale : 155 km/h
🔹 Capacité du réservoir : 60 litres
🔹 Poids à vide : 1 470 kg





