Simca Ariane (1957-1963)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Simca Ariane
Le coup d'avance de Pigozzi
On lit souvent que la création de la Simca Ariane a été faite dans l'urgence suite à la crise du Canal de Suez. Or il n'en est rien. L'Ariane est tout le contraire d'une voiture créée à la va-vite : elle a été préparée avec soin.
Le fantasque et génial Henri-Théodore Pigozzi avait ses entrées et ses informateurs, y compris au gouvernement. Et il a eu le temps de préparer l'Ariane pour répondre au projet du Ministre des Affaires Économiques et Financières, Paul Ramadier. Afin de garantir aux personnes de plus de 65 ans un revenu minimum, le gouvernement de Guy Mollet présente au Parlement la création d'un Fonds national de solidarité le 27 juin 1956. Et ce dernier sera alimenté par une nouvelle taxe.
Considérées comme un luxe, les voitures seront taxées en raison de leur puissance fiscale. Et Pigozzi, anticipe le mouvement qui pénalisera fortement les voitures de 11 CV et plus. Or la gamme Vedette est dans la catégorie des 13 CV.
Ainsi, sur la base d'une Simca Vedette Trianon est composée l'Ariane, avec une mécanique d'Aronde. Ainsi, avec 7 CV, la voiture sera peu pénalisée et pourra venir lutter contre la 403 version 7 CV.
Car l'Ariane a plus de qualités qu'elle ne le laisse paraître. Construites chez Chausson, les tôles sont plus fines que celles de la Versailles. Certes, elle est plus lourde de plus de 100 kg que l'Aronde. Le moteur Flash de 48 ch (SAE) n'est pas particulièrement nerveux, mais en le cravachant bien, il n'est pas tellement moins alerte que le V8 qui souffre d'une boite à trois rapports. Elle a hérité du couple conique et de la boite courte à 4 rapports de l'Aronde Chatelaine. Du coup, la vitesse de pointe plafonne à 125 km/h. Par ailleurs, avec ce petit moteur à l'avant, un train avant modifié en conséquence, des ressorts moins forts, l'Ariane est mieux équilibrée et se révèle douce à conduire. La direction est moins lourde que celles des Vedette.
Avec la finition de la Trianon, l'Ariane ne souffre pas d'excès d'équipement. Elle a récupéré les tissus intérieurs de l'Aronde mais a conservé les banquettes de la Trianon qui permettent de s'installer à 6 à bord. De la Trianon, l'Ariane a conservé le réservoir, ce qui lui permet de revendiquer une autonomie record pour l'époque de 650 km !!
Présentée en mars 1957, en pleine crise du Canal de Suez, l'Ariane a l'air d'être la voiture fabriquée dans l'urgence pour répondre au rationnement de l'essence mis en place en novembre 1956. Chacun a droit à 20 (moins de 5 CV) ou 30 litres (5 CV et plus) par mois (sauf les médecins et les curés), autant dire presque rien. Alors les 9 litres au cent kilomètres de l'Ariane permettent de circuler plus que les 13 litres de la Versailles. Mais sur ce coup, Pigozzi a eu de la chance.
La carrière de l'Ariane sera, finalement, assez courte : de mars à septembre 1957. Car, au cours de sa production, l'Ariane va évoluer d'année en année, fidèle à la stratégie offensive de Pigozzi.
Avec le millésime 1958, plusieurs évolutions vont conduire à modifier la gamme. En octobre 1957, la Trianon sort du catalogue, remplacée par l'Ariane 8 avec le moteur V8 de la gamme Vedette. Du coup l'Ariane devient Ariane 4 (modèle bleu ci-dessous et modèle rouge tout en haut).
Contrairement aux autres versions de la gamme Vedette, l'Ariane 4 ne reçoit pas les évolutions de carrosserie qui voit arriver les Chambord et Beaulieu. Elle conserve l'ancienne calandre, les ailes avant bombées et les ailes arrière basses.
Les roues de 13 pouces sont un peu petites et font un peu remuer la suspension. Elles passent alors à 15 pouces en janvier 1958 ce qui permet d'agrandir les tambours et améliorer le freinage.
En 1959, l'Ariane Super Luxe reçoit une finition améliorée : baguette latérale chromée, encadrements de pare-brise et de lunette arrière chromés, lave-glace, miroir de courtoisie et cendrier arrière (notre modèle ci-dessus).
En 1960, l'Ariane 4 reçoit le moteur Rush Super à 5 paliers de l'Aronde P60 Montlhéry. En 1961, l'Ariane Miramas Super Confort reçoit l'intérieur de la Beaulieu. Elle célèbre les records obtenus d'avril à juillet 1960 sur le circuit du même nom en parcourant 200 000 km à la moyenne de 104 km/h ! Avec 62 ch, elle se révèle nettement plus à la hauteur de la concurrence, en particulier la 403, mais depuis est arrivée la 404.
La production de l'Ariane prend fin en 1963, après 129 058 exemplaires. Sa production continue toutefois en Argentine. Elle est remplacée par les Simca 1300/1500.
Pour en savoir plus : Simca Histoire et Modèles
Fiche Technique :
🔹 Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : fonte
🔹 Culasse : fonte
🔹 Emplacement : longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 7 CV
🔹 Cylindrée : 1290 cm³
🔹 Alésage x course : 74 x 75 mm
🔹 Taux de compression : 7,2:1
🔹 Vilebrequin : 3 paliers
🔹 Puissance maximale : 48 ch SAE à 4800 tr/min
🔹 Couple maximal : 9 mkg à 2700 tr/min
🔹 Distribution : arbre à cames latéral, soupapes en tête, culbuteurs
🔹 Nombre de soupapes : 8
🔹 Alimentation : carburateur
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports
🔹 Direction : vis et galet
🔹 Diamètre de braquage : 11,4 m
🔹 Châssis : monocoque, acier
🔹 Suspension avant : roues indépendantes type McPherson
🔹 Suspension arrière : essieu rigide, ressorts à lames
🔹 Longueur : 452 cm
🔹 Largeur : 175,5 cm
🔹 Hauteur : 148,3 cm
🔹 Empattement : 269,2 cm
🔹 Voie avant : 137,2 cm
🔹 Voie arrière : 134,6 cm
🔹 Pneus avant : 165 x 380
🔹 Pneus arrière : 165 x 380
🔹 Freins avant : tambours
🔹 Freins arrière : tambours
🔹 Vitesse maximale : 124 km/h
🔹 Capacité du réservoir : 60 litres
🔹 Consommation moyenne : 9 l/100 km
🔹 Poids à vide : 1050 kg









