Bugatti Type 30 (1922-1926)
Bugatti Type 30
La Bugatti Type 30 naît d’abord comme une machine de course, une vraie. Elle s’inscrit dans la continuité de la Bugatti Type 13, dont la production, extrêmement limitée, répondait avant tout aux exigences de la compétition. Les Bugatti Type 22 et Bugatti Type 23 en constituent des évolutions directes. Ces modèles s’illustrent largement en course avant-guerre, posant les bases de la réputation sportive de la marque.
En 1921, Bugatti développe la Bugatti Type 28. Resté à l’état de prototype, ce modèle reçoit un moteur huit-cylindres en ligne de 3 litres, constitué de deux blocs de quatre cylindres assemblés. L’ensemble repose sur un vilebrequin à neuf paliers, tandis que l’arbre à cames est entraîné par un arbre vertical directement relié à celui-ci.
Alimenté par deux carburateurs maison et doté d’une distribution à deux soupapes d’admission et une d’échappement par cylindre, ce moteur développe environ 80 ch — une valeur notable pour l’époque. Très vite, l’idée d’en dériver une version destinée à la compétition s’impose.
Mais la réglementation évolue et impose une cylindrée maximale de 2 litres. Bugatti adapte alors son moteur et l’installe sur une base issue de la Bugatti Type 23.
Le huit cylindres conserve son architecture en deux blocs, mais le vilebrequin est simplifié à cinq paliers. L’allumage devient double, assuré par un système Delco, abandonnant la magnéto. Malgré la réduction de cylindrée, la puissance atteint environ 86 ch SAE à 4 000 tr/min. Selon le rapport de pont, la vitesse de pointe varie entre 130 et 145 km/h — des performances de tout premier plan au début des années 1920.
Le châssis reste classique mais efficace : suspension par ressorts à lames quart-elliptiques, tandis que le freinage évolue progressivement. Les premiers exemplaires conservent une commande par câble (comme le modèle présenté), avant l’adoption de systèmes hydrauliques plus modernes.
Engagée dans des épreuves prestigieuses comme le Grand Prix de l’ACF à Strasbourg, le Grand Prix de Monza ou encore les 500 miles d’Indianapolis, la Type 30 obtient des résultats contrastés, sans toutefois s’imposer durablement au sommet.
Parallèlement à sa carrière sportive, la Type 30 est présentée au Salon de l’Automobile, alors organisé sous la verrière du Grand Palais. Elle y apparaît sous des formes plus civiles, notamment en coupé de ville, côtoyant les versions de compétition.
La clientèle peut ainsi choisir parmi différentes carrosseries, réalisées parfois par des ateliers indépendants comme Lavocat et Marsaud. Torpédo, coupé profilé ou encore configurations plus sportives — y compris des versions trois places — illustrent la diversité de l’offre.
Dans ces déclinaisons routières, la puissance est généralement abaissée entre 60 et 75 ch, ce qui n’empêche pas la Type 30 de figurer parmi les automobiles les plus performantes de son temps.
Produite entre 1922 et 1926 à 585 exemplaires, la Type 30 joue un rôle déterminant dans l’histoire de Bugatti. Elle constitue une étape technique essentielle menant à l’un des modèles les plus emblématiques de la marque : la Bugatti Type 35.
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)








