BMW 628 CSi E24 (1979-1987)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
BMW SÉRIE 6 E24
Quand la BMW Série 6 E24 apparaît en 1976, elle ne se contente pas de remplacer les coupés CS (C, CS et CSL ou CSi ). Elle redéfinit le grand coupé maison : plus large, plus statutaire, plus technologique. Pourtant, à son lancement, une partie de sa mécanique regarde encore vers le passé.
La Série 6 E24 doit beaucoup à Paul Bracq, designer français passé par Mercedes et BMW, qui a donné à la marque bavaroise une signature GT élégante et moderne. Son travail sur l’E24 vise à combiner dynamisme, rigueur et sobriété : chaque ligne est pensée pour suggérer vitesse et puissance contenue, sans ostentation.
À l’avant, la Série 6 E24 affiche le célèbre “nez de requin”, avec sa calandre emblématique et ses phares doubles, déjà devenue icône BMW. De profil, sa silhouette longue, le toit fuyant, le capot généreux et l’habitacle reculé lui donnent des proportions classiques mais résolument sportives. À l’arrière, les feux horizontaux intégrés et le coffre fluide, ponctué d’un léger rappel de spoiler, assurent un équilibre parfait entre style et fonctionnalité.
Bracq réussit le pari de créer une voiture élégante, statutaire et immédiatement identifiable, capable de traverser les années sans se démoder. L’évolution post-1982 reste subtile, conservant l’esprit de Bracq tout en intégrant des ajustements mineurs pour moderniser la voiture selon les standards des années 80
La première version d’accès s’appelle 630 CS. Sous son long capot prend place un six-cylindres en ligne M30 de 3,0 litres, alimenté par carburateurs.
Ce moteur développe environ 184 ch et offre ce que BMW sait déjà très bien faire : souplesse, allonge, noblesse mécanique. Mais en 1976, cette technologie commence à dater sur un modèle positionné dans le haut de gamme.
À ses côtés, la 633 CSi à injection électronique apparaît déjà plus moderne. L’écart technologique entre les deux versions saute rapidement aux yeux : la 630 CS fonctionne encore selon des principes des années 60, alors que le marché évolue vite.
À la fin de la décennie, plusieurs facteurs poussent BMW à revoir sa copie. Les normes antipollution deviennent plus contraignantes et l'injection électronique s’impose comme la solution d’avenir.
BMW cherche aussi à uniformiser ses groupes motopropulseurs entre les différentes séries. Maintenir un 3,0 litres à carburateurs dans un coupé de prestige n’a alors plus grand sens, ni en termes d’image, ni en termes industriels.
La décision est prise : la 630 CS est arrêtée en 1979.
Pour remplacer la 630, BMW ne développe pas un moteur inédit. Fidèle à sa logique de rationalisation, la marque choisit un bloc déjà éprouvé : celui de la 528i.
La nouvelle 628 CSi adopte donc le six-cylindres en ligne M30 de 2,8 litres à injection électronique de 184 ch.
La puissance reste proche, mais la philosophie change. Le moteur de la 628 CSi est plus propre, plus stable en fonctionnement, plus moderne dans sa gestion et mieux adapté aux exigences internationales
BMW ne cherche pas à rendre la Série 6 plus sportive à ce stade. L’objectif est de la rendre plus cohérente techniquement.
La BMW 628 CSi incarne une vision mesurée et particulièrement cohérente de la Série 6 : son six-cylindres 2,8 litres privilégie la souplesse et la progressivité plutôt que l’effet spectaculaire, avec des montées en régime linéaires, une sonorité feutrée et des relances franches mais jamais brutales, ce qui invite à une conduite fluide et coulée.
Le châssis suit la même philosophie, avec un train avant précis, un arrière propulsif progressif et des réactions toujours lisibles qui mettent le conducteur en confiance, même à rythme soutenu.
Sur longue distance, elle révèle pleinement sa nature de grande routière rapide, stable, bien suspendue et mécaniquement détendue à vitesse élevée, capable d’avaler les kilomètres avec une aisance presque aristocratique.
Sa sportivité est bien réelle, mais contenue, privilégiant la maîtrise, la régularité et l’agrément durable plutôt que la démonstration — en clair, une GT civilisée pour conducteur qui aime rouler loin et bien, plus que fort et vite.
En 1982, la Série 6 E24 adopte la base technique de la Série 5 E28. Extérieurement, presque rien ne change, mais le progrès est réel : trains roulants et géométries de suspension modernisés, comportement plus homogène et nette amélioration de la stabilité à haute vitesse. La voiture gagne en rigueur et en maturité sans modifier son architecture de grand coupé.
Cette évolution facilite aussi l’arrivée d’une électronique plus présente : ABS progressivement généralisé, gestion moteur modernisée avec Bosch Motronic et équipements électriques plus nombreux. Sur la 628 CSi, cela se traduit par un fonctionnement encore plus régulier et une gestion moteur plus fine.
L’habitacle évolue avec mesure : matériaux et selleries actualisés, équipements électriques plus répandus, ergonomie légèrement affinée, tout en conservant la planche de bord orientée vers le conducteur.
Dans cette seconde phase, la 628 CSi s’affirme comme une GT d’équilibre : moins démonstrative qu’une 635 CSi, mais plus homogène que les premières E24 dérivées de la base E12. Son 2,8 litres privilégie toujours la fluidité et l’agrément sur longue distance plutôt que la performance pure.
Cette mise à jour illustre la méthode BMW de l’époque : faire évoluer la technique en profondeur sans bouleverser le style. La ligne reste celle des années 70, mais la voiture entre pleinement dans les standards technologiques des années 80.
À la fin des années 80, la Série 6 E24 a derrière elle plus d’une décennie de carrière. Malgré ses mises à jour techniques, sa conception remonte toujours aux années 70, et le marché du grand coupé haut de gamme a évolué : plus de technologie, plus de puissance, plus de sophistication.
La gamme se simplifie progressivement autour des versions les plus demandées, notamment la 635 CSi, et la M635CSi, tandis que la 628 CSi n'est plus produite à partir de 1987.
En 1989, la fabrication de l’E24 s’arrête. La voiture quitte la scène sans rupture brutale, fidèle à son image : une GT élégante, techniquement sérieuse, qui aura traversé les années sans effet de mode.
La remplaçante arrive la même année avec un changement radical de philosophie : la BMW Série 8 E31.
Pour en savoir plus : Série 6
- Type du moteur : 6 cylindres en ligne, essence
- Bloc : fonte
- Culasse : aluminium
- Emplacement : longitudinal avant
- Puissance fiscale : 14 CV
- Cylindrée : 2788 cm³
- Alésage x course : 86 x 80 mm
- Taux de compression : 9,3:1
- Vilebrequin : 6 paliers
- Puissance maximale : 184 ch à 5800 tr/min
- Couple maximal : 24,5 mkg à 4200 tr/min
- Distribution : arbre à cames en tête
- Nombre de soupapes : 12
- Alimentation : injection Bosch L-Jetronic
- Type de transmission : propulsion
- Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports
- Direction : à recirculation de billes, assistée
- Châssis : acier monocoque
- Suspension avant : jambes de force McPherson
- Suspension arrière : bras obliques
- Longueur : 475 cm
- Largeur : 172 cm
- Hauteur : 136 cm
- Empattement : 262 cm
- Voie avant : 142 cm
- Voie arrière : 149 cm
- Pneus avant : 195/70 VR 14
- Pneus arrière : 195/70 VR 14
- Freins avant : disques ventilés
- Freins arrière : disques ventilés
- Vitesse maximale : 208 km/h
- 0 à 100 km/h : 9,3 s
- Capacité du réservoir : 70 litres
- Consommation moyenne : 12 l/100 km
- Volume du coffre : 372 litres
- Poids à vide : 1410 kg





