Peugeot 604 SL (1975-1981)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🇫🇷 Peugeot 604 SL
Le haut de gamme en demi-teinte
Depuis la disparition de la 601 dans les années 30 (ici en version Eclipse), Peugeot avait déserté le terrain du haut de gamme. Or, à l’aube des années 70, les dirigeants de Sochaux perçoivent un regain d’intérêt pour les grandes berlines. L’idée : proposer une voiture statutaire pour coiffer la 504, avec un positionnement capable de rivaliser avec les références allemandes, Mercedes Classe S en tête.
Parallèlement, un projet commun entre Peugeot et Renault, et auquel Volvo est venu se joindre à la hâte, vise alors à développer un moteur V8 via la Française de Mécanique. Il a pour ambition de rivaliser avec les V8 allemands ou anglais qui règnent en maître dans le secteur des voitures haut de gamme. Et donc, il faudra bien lui trouver un écrin digne de ce nom.
Peugeot confie le développement de la carrosserie à Pininfarina, avec un cahier des charges clair : éviter toute audace stylistique, miser sur la discrétion et le classicisme pour séduire une clientèle conservatrice. Le résultat est homogène, sérieux, mais peu aérodynamique. Les lignes sont sobres et classiques laissant augurer par la masse du coffre d'un confort et d'une habitabilité de haut niveau.
Effectivement, l’intérieur est soigné et pensé pour le confort absolu : direction assistée, sièges moelleux, vitres électriques, verrouillage centralisé, quatre roues indépendantes et une belle habitabilité, notamment aux places arrière — taillées pour les dirigeants, voire le Chef de l’État. Avec ses 4,72 m de long et 1,77 m de large, la 604 s’impose comme l’une des plus grandes berlines françaises, juste devant la CX.
Le choc pétrolier de 1973 redistribue brutalement les cartes. Le V8 est jugé trop énergivore et politiquement intenable. Peugeot et ses partenaires décident de le tronquer pour en faire un V6 : le fameux bloc PRV. Sauf que l’architecture en V à 90°, prévue pour huit cylindres, rend ce six-cylindres mal équilibré, rugueux et peu agréable à bas régime. Le moteur reste gourmand sans compenser par des performances brillantes.
Déjà monté sur la 504 coupé V6, il suscite des critiques qui rejaillissent sur la 604.
Il était entendu entre les deux constructeurs que Renault pourrait présenter la Renault 30 équipée du V6 PRV en premier et en septembre 1975 au salon de Paris. Mais la 604 SL est dévoilée au salon de Genève en mars 1975, prenant de vitesse Renault et sa 30 TS.
À son lancement, la 604 n'est proposée qu'en une seule version : double carburateur, boîte manuelle à 4 rapports (modèle ci-dessus : en option, boite automatique à 3 rapports). Le moteur développe 136 ch à 5 750 tr/min, mais la consommation moyenne flirte avec les 15 litres aux 100.
Les performances sont convenables sans briller : 182 km/h en pointe, 0 à 100 km/h en un peu plus de 11 secondes. Ce qui impressionne, en revanche, c’est le silence de fonctionnement et la qualité de filtration de la suspension. Un vrai paquebot pour avaler les kilomètres.
Malgré ses qualités de confort et de finition, la 604 ne séduit pas. Les clients visés lui préfèrent les Mercedes, plus performantes et moins gourmandes. La Citroën CX, plus moderne, et la Renault 30, plus accessible, achèvent de faire de l’ombre à la grande Peugeot.
En 1977, Peugeot réagit avec la 604 TI dotée d’une injection électronique Bosch : le moteur gagne en souplesse, en couple, devient un peu plus sobre. Mais le mal est fait. L’image de marque ne suit pas, et la 604 Turbo-D qui suivra ancrera la voiture dans un registre utilitaire, loin de ses ambitions initiales.
En dépit de son positionnement ambitieux, la Peugeot 604 ne parviendra jamais à s’imposer sur le marché du haut de gamme. Produite de 1975 à 1985, elle totalisera 153 252 exemplaires — un chiffre modeste sur une décennie, et très éloigné des standards allemands de la catégorie.
La majorité des ventes se fera en France, et une large part sera absorbée par les administrations, les collectivités locales ou les taxis en version Turbo-D. À l’export, notamment aux États-Unis, les tentatives resteront sans lendemain.
En 1989, Peugeot reviendra sur ce segment avec la 605, berline plus moderne, mieux motorisée, mais elle aussi confrontée à une concurrence allemande devenue incontournable.
A noter : la version limousine de la 604 SL de Heuliez.
📊 FICHE TECHNIQUE
🔹 Type du moteur : V6 PRV à 90°, essence
🔹 Bloc : fonte
🔹 Culasse : aluminium
🔹 Emplacement : longitudinal, avant
🔹 Puissance fiscale : 15 CV
🔹 Cylindrée : 2 664 cm³
🔹 Alésage x course : 88 x 73 mm
🔹 Taux de compression : 8,65 :1
🔹 Vilebrequin : 4 paliers
🔹 Puissance maximale : 136 ch à 5 750 tr/min
🔹 Couple maximal : 21 mkg à 3 500 tr/min
🔹 Distribution : deux arbres à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 12
🔹 Alimentation : un carburateur double corps + un carburateur simple corps
🔹 Type de transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports (automatique 3 rapports en option)
🔹 Direction : à crémaillère, assistée
🔹 Diamètre de braquage : 11,5 m
🔹 Châssis : monocoque en acier
🔹 Suspension avant : roues indépendantes, type McPherson, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
🔹 Suspension arrière : roues indépendantes, bras tirés, barre antiroulis, ressorts hélicoïdaux
🔹 Longueur : 472 cm
🔹 Largeur : 177 cm
🔹 Hauteur : 143 cm
🔹 Empattement : 280 cm
🔹 Voie avant : 149 cm
🔹 Voie arrière : 143 cm
🔹 Garde au sol : 15 cm
🔹 Pneus avant : 175 HR 14
🔹 Pneus arrière : 175 HR 14
🔹 Freins avant : disques, assistés
🔹 Freins arrière : disques, assistés
🔹 Vitesse maximale : 182 km/h
🔹 0 à 100 km/h : ~11,5 s
🔹 400 m D.A. : ~ 18,5 s
🔹 1000 m D.A. : ~. 33,5 s
🔹 Capacité du réservoir : 70 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : ~10,5 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : ~13,5 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : ~17 l/100 km
🔹 Volume du coffre : 428 litres
🔹 Poids à vide : 1 390 kg
