Rolls-Royce Silver Cloud II (1959-1962)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Rolls-Royce Silver Cloud II :
Le silence d’un règne
Il est des automobiles qui ne se contentent pas de rouler, mais qui règnent. La Rolls-Royce Silver Cloud II, présentée en 1959, n’est pas simplement l’évolution d’un modèle d’exception ; elle est l’expression silencieuse et magistrale d’un pouvoir qui ne se proclame pas, mais s’impose par son évidence.
Née dans une Angleterre encore imprégnée d’aristocratie et de protocoles, au cœur d’un monde en mutation, la Silver Cloud II s’inscrit dans une continuité qui défie les bouleversements. Elle ne cède ni à la mode, ni à l’agitation technique. Elle incarne une idée du luxe où l’élégance s’exprime par la retenue, où la puissance se tait sous le velours de la moquette, et où chaque déplacement devient un cérémonial.
Extérieurement, elle ne diffère presque pas de sa devancière, la Silver Cloud. Les lignes sont toujours d’une majesté classique, les galbes sculptés avec cette exactitude toute britannique qui évite le spectaculaire. Pourtant, sous le long capot, une révolution discrète : un nouveau moteur V8 tout en aluminium, conçu pour répondre aux exigences d’un marché transatlantique en quête de raffinement mécanique.
La Silver Cloud II n’a pas vocation à innover pour briller. Elle perfectionne ce qui existait déjà : le silence, la douceur, la distinction. Dans un monde où la vitesse devient une obsession, elle cultive l’art du ralentissement. Là où les autres s’affichent, elle s’efface. Là où beaucoup cherchent à séduire, elle s’applique à convaincre — lentement, profondément, irrémédiablement.
Apparue en 1955, la première Silver Cloud succède à la Silver Dawn sans rupture. Elle repose toujours sur un châssis séparé — choix conservateur, certes, mais assumé — permettant à quelques carrossiers privilégiés (H.J. Mulliner, Park Ward, James Young…) de poursuivre une tradition de réalisations sur mesure. Pourtant, c’est bien la carrosserie "Standard Steel Saloon", conçue en interne, qui s’impose rapidement : une réussite d’équilibre et de statuaire, que beaucoup considèrent comme l’apogée du style Rolls-Royce.
La ligne est classique, sans surcharge, avec ce mélange unique de masse et de grâce. L’imposante calandre, les ailes subtilement galbées, les optiques délicatement enchâssées dans le métal, tout concourt à une forme de dignité muette. La Silver Cloud ne cherche pas à paraître : elle est. Et sa silhouette servira de modèle à l’identité visuelle de la marque pendant longtemps.
C’est en 1959, avec la Silver Cloud II, que se produit une mutation essentielle : le remplacement du six-cylindres en ligne d’origine, vénérable mais vieillissant, par un tout nouveau V8 de 6,2 litres. Conçu en partenariat avec Bentley et en s’inspirant des solutions américaines (notamment General Motors), ce moteur tout en aluminium repose sur 5 paliers, adopte des soupapes en tête, un arbre à cames central et une course de 91 mm qui assure souplesse, discrétion et une large réserve de couple. Ce moteur dit "L" va traverser les décennies avec noblesse une fois sa cylindrée passée à 6,75 litres en 1968. Il finira avec la Mulsanne de 2020 mais aujourd'hui les blocs modernes du Cullinan ou de la Phantom ont une cylindrée de 6750 cm3 par hommage au bloc "L".
La puissance n’en a jamais été officiellement annoncée — tradition oblige — mais elle se situerait aux alentours de 200 ch, permettant à ce salon roulant de plus de deux tonnes d’atteindre 180 km/h. La boîte automatique à quatre rapports, d’origine GM elle aussi, se charge d’assurer des transitions imperceptibles. Le résultat ? Une voiture qui ne se conduit pas : elle glisse, en silence, dans un monde qu’elle survole presque.
Bien que la majorité des clients optent pour la carrosserie d’usine, Rolls-Royce continue à livrer des châssis nus aux grands noms du carrossage britannique. On trouve ainsi quelques rarissimes cabriolets (voir une Rolls Royce Silver Cloud II Drophead Coupé), coupés ou limousines personnalisées, souvent commandés par des chefs d’État, des industriels ou des artistes au goût affirmé.
Mais même dans sa version "standard", la Silver Cloud II propose une expérience de luxe inégalée : moquette d’une épaisseur insondable, cuir pleine fleur travaillé à la main, ronce de noyer vernie avec une patience artisanale. L’arrière, naturellement, est la place d’honneur, et le confort y atteint un raffinement quasi monarchique. Pour les clients les plus exigeants, une version à empattement rallongé (3,22 mètres) est introduite dès 1957, étirant la voiture à 5,48 mètres.
La Silver Cloud II ne s’adresse pas à ceux qui veulent être vus, mais à ceux qui souhaitent que leur simple présence impose le respect. Sa diffusion reste confidentielle : 2 417 exemplaires seront produits entre 1959 et 1962. Et pourtant, elle incarne à elle seule l’image du pouvoir feutré, du luxe intériorisé.
Aux États-Unis, elle séduit une clientèle huppée, amatrice d’un standing européen jugé plus subtil que l’exubérance locale incarnée par des Cadillac 1959 et leurs ailerons démesurés. En Europe, elle reste l’apanage des têtes couronnées, des ambassadeurs, des grands bourgeois. Chaque exemplaire devient une pièce unique, autant véhicule que manifeste social.
En septembre 1962, la Silver Cloud III prend la relève, dans une continuité absolue. Sa silhouette reste inchangée dans ses grandes lignes, seule la face avant adopte des doubles optiques légèrement inclinées, signe discret d’évolution. Plus légère, un peu plus vive, elle conserve pourtant l’essentiel : cette majesté tranquille, cette manière de dominer le monde sans hausser le ton.
La Silver Cloud II, dans cette perspective, ne marque pas une transition vers la modernité, mais un sommet dans la tradition. Elle est l’un des derniers modèles conçus selon les anciens rites de Crewe, où l’on ne comptait ni le temps, ni la main-d’œuvre, ni les matériaux, pour atteindre ce que Rolls-Royce appelait simplement : the best car in the world.
Ce n’est qu’avec la Silver Shadow, en 1965, que l’on entre dans une autre ère. Châssis monocoque, freinage assisté, production plus rationalisée… le luxe change de visage et se fait plus discret.
🧾 Fiche technique : Rolls-Royce Silver Cloud II (1959–1962)
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Type du moteur : V8 ouvert à 90°, essence
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Bloc : aluminium
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Culasse : aluminium
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Emplacement : longitudinal avant
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Puissance fiscale : 36 CV
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Cylindrée : 6 223 cm³
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Alésage x course : 104,1 x 91,4 mm
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Taux de compression : 8:1
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Vilebrequin : 5 paliers
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Puissance maximale : ~200 ch à 4 500 tr/min (donnée estimée)
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Couple maximal : non communiqué
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Distribution : soupapes en tête, culbuteurs
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Nombre de soupapes : 16 (2 par cylindre)
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Alimentation : 2 carburateurs SU
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Type : propulsion
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Boîte de vitesses : automatique à 4 rapports (Hydramatic GM)
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Direction : vis et galets, assistée (4,25 tours)
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Diamètre de braquage : 12,7 m
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Châssis : séparé, structure en échelle
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Suspension avant : roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux
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Suspension arrière : essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
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Longueur : 537,8 cm
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Largeur : 189,9 cm
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Hauteur : 165,6 cm
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Empattement : 312,4 cm
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Voie avant : 148,6 cm
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Voie arrière : 152,4 cm
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Garde au sol : 17,8 cm
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Pneus avant : 8.20 x 15 (équivalent 235 x 15)
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Pneus arrière : 8.20 x 15 (équivalent 235 x 15)
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Freins avant : tambours Ø 286 mm
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Freins arrière : tambours Ø 286 mm
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Vitesse maximale : 183 km/h
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0 à 100 km/h : ~13,5 s
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400 m D.A. : non communiqué
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1000 m D.A. : non communiqué
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Capacité du réservoir : 82 litres
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Consommation à 90 km/h : non communiqué
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Consommation à 120 km/h : non communiqué
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Consommation urbaine : jusqu’à 30 L/100 km en conduite soutenue
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Poids à vide : 2 108 kg





