Renault Medallion (1987-1988)

(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2015)
Renault a toujours lorgné sur l'Amérique depuis que l'entreprise a été nationalisée. Déjà la 4CV, la Dauphine et la Floride ont tenté de s'imposer outre-Atlantique, avec un succès relatif. Pour devenir un constructeur de portée mondiale, l'Amérique est un passage obligé. Pour parvenir à ses fins, Renault a alors racheté le quatrième constructeur américain de l'époque, AMC, au milieu des années 70, profitant du réseau de concessionnaires pour y distiller une gamme de plus en plus étoffée. Ainsi, la Renault Le Car, version américanisée de la Renault 5, vient se positionner en citadine face aux voitures japonaises (Honda Civic et Toyota Startet) ou allemandes (Volkswagen Golf). L'Alliance et l'Encore constituent l'offre principale avec une berline dérivée des Renault 9 et 11. Le constructeur français propose également sa version de la Fuego, baptisée GTA. La Renault 18 y est également commercialisée, en version break sous le nom de SportWagon. Il est aussi question d'y adapter l'Espace et un haut de gamme baptisé Premier est en route. Mais il manque une berline routière, de gamme intermédiaire. Et c'est évidemment la Renault 21 qui est choisie pour tenter de s'imposer, en berline et en break.
Evidemment, il faut accomoder la voiture aux normes et au marché. Ainsi les boucliers sont adaptés, ainsi que la calandre, les feux arrière. On lui rapoute des joncs chromés autour des vitres, du pare-choc et de la ceinture de caisse, des jantes spécifiques. A l'intérieur, on lui installe des éléments de confort propres à l'Amérique comme le régulateur de vitesse, la climatisation et l'autoradio.
Pour le moteur, si le Canada peut opter pour le V6 PRV en version 3 litres, les Etats-Unis doivent se contenter du moteur Douvrin en version 2.2 litres que l'on retrouve dans la Renault 20 TX ou la 505 GTI. Avec une injection multipoint calibrée aux normes anti-pollution locales, il délivre 108 ch. Il est associé à une boite manuelle à 5 rapports ou une automatique à 3 rapports. Conçu entièrement en aluminium, il est plutôt moderne pour l'époque.
La Medallion, puisque c'est son nom, est fabriquée à Maubeuge et embarquée aux USA par bateau. C'est la seule voiture de la gamme fabriquée en Europe.
Mais le vent tourne pour Renault. Les ventes sur le sol américain ne sont pas si convaincantes. Après un début en fanfare de l'Alliance, les ventes s'émoussent. La rentabilité n'est pas vraiment là et l'assasinat de Georges Besse, qui voyait un avenir sur le sol américain, va changer la donne. Renault est engluée dans un problème de liquidités et doit trouver des fonds. Raymond Lévy change la stratégie du groupe et AMC-Jeep-Renault est cédée à Chrysler en 1987 pour un peu plus d'un milliard de dollards. AMC cesse alors d'exister et devient Jeep/Eagle. La Renault Medallion est encore commercialisée pendant un an avant de devenir Eagle Medallion en 1988. Chrysler doit en effet honorer les contrats de fourniture avec Renault qui avaient été conclus par AMC et qui doivent se terminer en 1989. Ensuite, Chrysler laissera défintivement Renault et profitera des ventes de Jeep, en particulier la CJ-7 et le Grand Cherokee. Actuellement, la Jeep est la voiture la plus vendue du groupe Stellantis issu de la fusion PSA-Fiat-Chrysler.
Quand à la Medallion, elle n'aura pas laissé un souvenir impérissable outre-Atlantique. Elle est très vite oubliée et remplacée par Chrysler.


