Autobianchi Y10 (1985-1989)
Autobianchi Y10 (1985-1995) :
le panache en miniature
Lorsque l'Autobianchi A112 fête ses dix ans de carrière à la fin des années 1970, elle demeure l'une des citadines les plus attachantes du marché. Mais malgré ses qualités, son concept commence à dater et le groupe Fiat réfléchit déjà à sa succession.
À la même époque, un vaste projet est lancé afin de concevoir une nouvelle génération de petites voitures destinées à remplacer la Fiat 127, tandis qu'un autre programme doit préparer la future Fiat Tipo. Les bureaux d'études de Fiat et de Lancia travaillent alors en parallèle sur plusieurs propositions, avec la participation de Pininfarina et d'Italdesign.
En 1979, les études internes montrent une nette préférence pour le projet développé par Lancia. Haute sur roues, très anguleuse mais remarquablement fonctionnelle, cette proposition séduit par son habitabilité et sa modernité. Pourtant, le groupe Fiat décide finalement de réserver ce projet à la future Fiat Uno, laissant Autobianchi sans remplaçante pour son A112.
Ce n'est qu'en 1982 que le développement d'une nouvelle citadine est véritablement lancé. Soucieux de rationaliser sa production, le groupe impose l'utilisation de la plateforme de la Panda afin de partager un maximum de composants entre les différentes marques. Lancia reçoit la responsabilité de ce projet, une décision souvent présentée comme une compensation après l'attribution du projet Uno à Fiat.
Le cahier des charges est ambitieux. La future citadine devra offrir une excellente aérodynamique, abandonner les traditionnelles gouttières de toit, limiter son poids grâce à l'emploi de matériaux modernes, proposer un comportement routier exemplaire et recevoir, à terme, une version sportive équipée d'un compresseur ou d'un turbocompresseur.
Si la plateforme est issue de la Panda, le style n'a plus rien de commun avec celui de la petite Fiat. Les designers privilégient des lignes tendues, des surfaces parfaitement planes et des arêtes nettes, tandis que les angles sont subtilement adoucis afin d'améliorer l'écoulement de l'air.
L'élément le plus marquant reste sans conteste son hayon vertical entièrement noir. Très controversé lors de sa présentation, certains y voient une allure d'utilitaire plus que de berline. Pourtant, ce choix participe autant à l'identité visuelle de la voiture qu'à ses excellentes qualités aérodynamiques. Avec un coefficient de traînée de seulement 0,31, l'Y10 figure parmi les citadines les plus efficaces de son époque.
Contrairement aux premières intentions, le hayon n'est finalement pas réalisé en matériau composite pour des raisons de rigidité. Il reçoit toutefois un habillage noir qui deviendra la véritable signature esthétique de la voiture.
Malgré une longueur inférieure à 3,40 mètres, l'habitabilité étonne. Les places arrière accueillent correctement deux adultes et le coffre se montre plus pratique que ne le laisse supposer le gabarit de la voiture.
L'utilisation de la plateforme de la Panda ne condamne pas l'Y10 à reprendre son comportement routier parfois sautillant. Les ingénieurs de Lancia retravaillent profondément le train arrière en adoptant une suspension beaucoup plus sophistiquée que l'essieu rigide de la Panda. Le résultat est immédiatement perceptible : l'Y10 se montre plus stable, plus confortable et plus précise en conduite, au point que certaines évolutions seront ensuite reprises sur la Panda.
Au lancement, la gamme s'articule autour de trois versions.
L'Y10 Fire reçoit le tout nouveau moteur FIRE de 999 cm³ développant 45 ch. Moderne, léger et particulièrement sobre, il inaugure une nouvelle génération de moteurs appelée à connaître une très longue carrière au sein du groupe Fiat.
L'Y10 Touring, adopte un quatre-cylindres de 1 049 cm³ développant 55 ch. Plus souple et plus volontaire que le petit moteur FIRE, il offre des performances mieux adaptées au caractère relativement cossu de la voiture.
Enfin, la spectaculaire Y10 Turbo reprend ce même moteur porté à 85 ch grâce à un turbocompresseur. Les performances deviennent alors particulièrement élevées pour une citadine de moins de 800 kg, même si la motricité peine parfois à suivre l'enthousiasme du moteur.
C'est surtout à bord que l'Y10 se démarque de la concurrence. Alors que la plupart des citadines privilégient l'économie, Autobianchi choisit de soigner la présentation.
Le conducteur prend place derrière un élégant volant à quatre branches face à une instrumentation complète, à l'exception du compte-tours sur certaines versions. Les contre-portes et même une partie de la planche de bord peuvent être recouvertes d'Alcantara, un matériau encore très rare dans cette catégorie.
L'équipement est lui aussi particulièrement généreux. La radio est livrée avec un volet antivol, les vitres électriques sont disponibles, les rétroviseurs sont réglables depuis l'habitacle et le catalogue d'options comprend notamment le verrouillage centralisé ou, plus original encore, l'ouverture électrique des vitres de custode.
Cette présentation soignée contribue largement à forger l'image de la Y10, davantage perçue comme une petite voiture haut de gamme que comme une simple citadine.
L'une des particularités de la Y10 réside dans sa commercialisation. En Italie, en France et au Japon, elle est lancée sous la marque Autobianchi, tandis que la plupart des autres marchés la découvrent directement sous le label Lancia.
En France, cette situation perdure jusqu'en 1989. La rupture en France des accords avec le réseau Chardonnet entraîne alors la disparition de la marque Autobianchi de notre marché. La voiture devient simplement Lancia Y10 et profite de plusieurs évolutions mécaniques. Le moteur FIRE de 999 cm³ laisse sa place à un nouveau 1 108 cm³ à injection électronique développant 57 ch. La Touring disparaît du catalogue, tout comme la Turbo, remplacée par une plus homogène GT i.e. animée par un moteur 1,3 litre. Moins démonstrative que la Turbo, elle se révèle plus souple et finalement plus efficace au quotidien.
Lorsque la production cesse en 1995 après 1 133 774 exemplaires, dont seulement 12 140 Touring, c'est également toute l'histoire d'Autobianchi qui s'achève. La Y10 demeure le dernier modèle à porter ce blason apparu quarante ans plus tôt. Sa remplaçante, la Lancia Y (prononcée Upsilon), reprend le flambeau en conservant cette même philosophie : proposer une citadine compacte, élégante et plus raffinée que la moyenne.
Longtemps éclipsée par la Fiat Uno ou la Panda, l'Y10 apparaît aujourd'hui comme l'une des réalisations les plus originales du groupe Fiat des années 1980. Par son style singulier, son équipement inédit dans la catégorie et son rôle de passerelle entre Autobianchi et Lancia, elle a durablement marqué l'histoire des petites voitures italiennes.
(Bergues, Nord, octobre 2017)
Fiche technique :
Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
Bloc : fonte
Culasse : alliage léger
Emplacement : transversal, avant
Puissance fiscale : 5 CV
Cylindrée : 1 049 cm³
Alésage x course : 76 × 57,8 mm
Taux de compression : 9,2:1
Vilebrequin : 5 paliers
Puissance maximale : 55 ch à 5 850 tr/min
Couple maximal : 8,3 mkg à 3 000 tr/min
Distribution : arbre à cames en tête entraîné par courroie crantée
Nombre de soupapes : 8
Alimentation : carburateur simple corps Weber
Type de transmission : traction avant
Boîte de vitesses : manuelle à 5 rapports
Direction : à crémaillère
Diamètre de braquage : 9,4 m
Suspension avant : roues indépendantes type McPherson, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
Suspension arrière : essieu arrière déformable à fixation centrale, ressorts hélicoïdaux
Longueur : 3,392 m
Largeur : 1,507 m
Hauteur : 1,430 m
Empattement : 2,159 m
Voie avant : 1,301 m
Voie arrière : 1,280 m
Garde au sol : 14 cm
Pneus avant : 135 SR 13
Pneus arrière : 135 SR 13
Freins avant : disques
Freins arrière : tambours
Vitesse maximale : 155 km/h
0 à 100 km/h : 15,0 s
400 m départ arrêté : 20,0 s
1 000 m départ arrêté : 37,0 s
Consommation moyenne : 5,8 l/100 km
Capacité du réservoir : 46 litres
Poids à vide : 800 kg
Volume du coffre : 195 à 910 litres (banquette rabattue)
Cx : 0,31




