Cadillac Eldorado convertible 1972
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Cadillac Eldorado cabriolet 1972
Majesté à l’arrêt
Après le succès du millésime 1971 (plus de 27 000 exemplaires vendus, dont 20 568 coupés), Cadillac joue la carte de la stabilité. Le cru 1972 s’inscrit dans une logique de continuité assumée : la ligne dessinée l’année précédente est reconduite quasiment à l’identique, et les évolutions sont aussi discrètes que mesurées. Mais derrière cette apparente inertie se profilent déjà les premières concessions aux normes fédérales — environnementales, mécaniques, et bientôt stylistiques.
D’un coup d’œil, l’Eldorado 72 est la jumelle de la 71. Seule une calandre à maillage plus serré vient signaler le changement d’année. Les inscriptions "Cadillac" et "Eldorado" migrent légèrement sur la carrosserie, sans troubler la lecture générale. Pour le reste, même silhouette monumentale, même pavillon fuyant, même capot interminable.
Sous la robe, le V8 500 ci (8,2 litres) reste fidèle au poste, mais son discours change. Ce n’est pas une question de mécanique, mais de législation : le mode de calcul de la puissance évolue. En 1972, la norme SAE "net" remplace la version "brute", alignant les chiffres américains sur la logique DIN européenne. Ajoutons à cela un taux de compression réduit pour répondre aux normes antipollution naissantes, et l’Eldorado perd un peu de souffle. Résultat : la puissance chute officiellement de 365 à 238 chevaux, sans que le moteur n’ait changé d’un boulon.
Mais qu’on se rassure : avec plus de 70 mkg de couple, le mastodonte reste parfaitement capable de croiser à 55 mph sur autoroute américaine. Simplement, il ne faut pas lui demander d’accélérer comme une Mustang Boss… De toute façon, c'est une traction.
Quant à la consommation, elle reste cantonnée autour de 25 litres au cent kilomètres. Afin de lutter contre la pollution, la législation contraint les constructeurs à diminuer les émissions de monoxyde de carbone (CO) et les différents oxydes d'azote (NOx). Mais concevoir des moteurs entièrement nouveaux aurait été très cher et les constructeurs se sont contentés de diminuer les taux de compression pour respecter les normes, en associant l'alimentation à des carburateurs quadruple corps en lieu et place de multiples double ou triple corps. Les rendements en ont pâti, les puissances également, certes, et les consommations globales restent inchangées. Mais les émissions de CO et de NOx sont en baisse. On constate que l'approche de la pollution est très différente selon le côté de l'Atlantique.
Avec ses suspensions souples et sa sellerie profonde, un V8 au couple monstrueux aidée par une boite automatique discrète, la Cadillac Eldorado est un tapis volant sur route. Sa consommation est une anecdote pour un américain argenté, et avec l'épaisseur de la capote l'insonorisation le laisse hors d'atteinte des bruits de la cité. Mais une fois capote ouverte, on se laisse volontiers rêver à arpenter les côtes californiennes entre Malibu et Santa Barbara.
Au rang des curiosités, on note la commande des essuie-glaces installée sur la contre-porte, à hauteur du rétro (boîtier noir).
Pour l'anecdote, le Président Richard Nixon a offert un modèle identique (noir) au Secrétaire Général du Comité Central du Parti Communiste de l'Union Soviétique, Leonid Brejnev, lors d'une visite officielle du Président américain en URSS.
Finalement, la Cadillac Eldorado (qui s'appelle officiellement Fleetwood Eldorado séries 693) bat allègrement le record de l'année précédente. Il se vend cette année là 32 099 coupés hardtop et et 7 975 cabriolets. En raison de nouvelles normes en termes de sécurité, la gamme Cadillac doit évoluer en 1973 et le style est remanié pour l'ensemble des voitures. Ce qui n'empêche pas Cadillac de vendre sa 5 000 000è voiture. On retrouve la Cadillac Eldorado en 1974, puis en 1976.






