Jaguar XJ6 4.2 Mk I (1968-1973)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Il y a des voitures qui traversent les époques sans prendre une ride dans notre mémoire. Des voitures qui ne se contentent pas de rouler, mais qui racontent quelque chose. La Jaguar XJ6 Mk I, apparue à la fin des années 60, est de celles-là. Présentée en avant-première en septembre 1968, puis dévoilée au grand public lors du Salon de Paris, elle ne remplace pas un modèle — elle remplace une famille. À elle seule, elle enterre la 420, la majestueuse 420G descendante de la Mark X, ainsi que la Type-S et ses variantes Mk II 3.4 ou 3.8. Un coup de balai dans la gamme, un vrai.
Consciente de sa mission quasi-dynastique, la XJ6 n’a pas le droit à l’erreur. Sir William Lyons, figure tutélaire de Jaguar, supervise personnellement son style. Résultat : un dessin à la fois classique et résolument moderne, à l’image d’une époque qui rêve encore en couleurs. La face avant, avec ses doubles optiques et sa calandre reconnaissable entre mille, respire l’ADN félin de la marque. Les ailes arrière accueillent une rareté : deux trappes à carburant, une de chaque côté, reliées à deux réservoirs pour un total de plus de 100 litres. Une commande dans l’habitacle permet de jongler entre les deux. C’est à la fois ingénieux et délicieusement excentrique. Très british, en somme.
L’intérieur n’a rien à envier à un club de gentlemen. Bois verni, cuir Connolly, moquette épaisse : ici, tout est fait pour voyager plutôt que rouler. La direction assistée est livrée de série, un luxe encore rare en 1968. La climatisation est proposée sur la version 4.2 litres, et les vitres électriques, bien que restées en option, sont déjà là pour rappeler qu’on n’est pas dans une simple berline de grande série.
Car cette XJ n’est pas qu’un salon roulant : elle est aussi une machine bien pensée.
Dès son lancement, la XJ6 propose deux moteurs six-cylindres en ligne : un 2.8 litres et le fameux 4.2 litres, tout droit venu de la Type-E Mk 1½. On peut choisir entre une boîte manuelle ou automatique (modèle marron), avec ou sans overdrive. Loin d’être une simple propulsion puissante, la XJ6 profite d’un châssis peaufiné : suspension indépendante aux quatre roues, train arrière repris de la Type-E fixé par berceau boulonné à la caisse, direction précise, freins à disques assistés aux quatre coins. Et cerise sur le pudding, Dunlop développe pour elle des pneus à taille basse et bande de roulement large, pour mieux faire passer la puissance au sol. Du cousu main, là encore.
En 1972, Jaguar fait un pas de géant avec l’introduction du V12 issu de la Type-E série III. La XJ devient alors XJ12, et la berline anglaise décroche un titre qu’elle gardera longtemps : la berline la plus rapide du monde, flirtant avec les 235 km/h. Mercedes et BMW restent derrière, un peu abasourdies par cette audace britannique. Il faudra attendre les années 80 pour que Mercedes dégaine la 560 SL et déclare le match terminé en lançant la limitation de la vitesse à 250 km/h.
La Jaguar XJ6 Mk I n’est pas qu’une réussite technique ou esthétique : c’est une déclaration d’intention. Elle marque le dernier modèle façonné sous la direction de Sir William Lyons, le dernier véritable manifeste d’une certaine idée du luxe automobile à l’anglaise. Le genre de voiture qui ne vous demande pas de l’aimer, mais qui vous séduit presque malgré vous.
Et dans un monde où tout va trop vite, la XJ6 reste cette parenthèse élégante, confortable, puissante, et parfaitement inutile. Autrement dit : essentielle.
Un an plus tard, en 1973, la lignée évolue subtilement vers la XJ Mk II, plus fluide, plus aboutie, mais toujours fidèle à l’élégance de sa devancière. Si la 4.2 litres a été produite à environ 60 000 exemplaires (y compris la Daimler Sovereign), il faut également rajouter 38 000 unités motorisées par le 2.8 litres et 3 200 XJ12.
FICHE TECHNIQUE :
🔥 MOTEUR
🔹 Type du moteur : 6 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 24 CV
🔹 Cylindrée : 4 235 cm³
🔹 Alésage x course : 92,08 mm x 106 mm
🔹 Taux de compression : 8:1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : 186 ch à 5 500 tr/min
🔹 Couple maximal : 39,1 mkg à 3 750 tr/min
🔹 Distribution : Double arbre à cames en tête (DOHC)
🔹 Nombre de soupapes : 12 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : 2 carburateurs horizontaux SU
⚙️ TRANSMISSION
🔹 Type de transmission : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports + overdrive ou automatique à 3 rapports
🔹 Direction : À crémaillère, assistée
🔹 Diamètre de braquage : 11 m
🛠️ CHÂSSIS & SUSPENSIONS
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, barre stabilisatrice
🔹 Suspension arrière : Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux, jambes de force
📏 DIMENSIONS
🔹 Longueur : 481,3 cm
🔹 Largeur : 177,2 cm
🔹 Hauteur : 134,6 cm
🔹 Empattement : 276,9 cm
🔹 Voie avant : 147,3 cm
🔹 Voie arrière : 148 cm
🔹 Garde au sol : 15,2 cm
🛞 ROUES & FREINS
🔹 Pneus avant : ER 70 VR 15
🔹 Pneus arrière : ER 70 VR 15
🔹 Freins avant : Disques
🔹 Freins arrière : Disques
🏁 PERFORMANCES
🔹 Vitesse maximale : 204 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 9,6 s
🔹 400 m D.A. : 16,9 s
🔹 1000 m D.A. : 31 s
⛽ CONSOMMATION & AUTONOMIE
🔹 Capacité du réservoir : 105 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : NC
🔹 Consommation à 120 km/h : NC
🔹 Consommation en cycle urbain : NC
🔹 Consommation moyenne : 13,4 litres/100 km
📦 DIVERS
🔹 Volume du coffre : 300 litres
🔹 Cx : 0,42 (estimation)
🔹 Poids à vide : 1 690 kg








