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25 septembre 2025

Renault Frégate Cabriolet (1954-1959)

(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)

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Renault Frégate Cabriolet Letourneur et Marchand

⚙️ Contexte et ambitions

Au sortir de la guerre, Renault est devenue une entreprise nationalisée, qui doit démontrer sa capacité à fournir des voitures fiables et modernes pour accompagner la reconstruction. La 4CV incarne la mobilité populaire, mais il manque un modèle plus ambitieux pour donner à la marque une stature internationale. C’est le rôle confié à la Frégate.

Présentée en 1950 et commercialisée en 1951, la nouvelle création de la Régie Renault se veut la grande berline de la France en reconstruction. Trois volumes sobres, ligne haute et sérieuse, elle tranche avec les voitures d’avant-guerre encore nombreuses sur les routes. Sa mécanique, un 4 cylindres de 2 litres; est issu de la série "Latéral 85", une génération de moteurs apparue en 1935 sur la Primaquatre avec des soupapes latérales et une course de 85 mm. D’environ 60 ch seulement, privilégie la robustesse et la simplicité plus que la performance. Conçue dans un contexte économique contraint, la Frégate doit séduire à la fois le marché français et l’export, où Renault cherche à retrouver une visibilité.

 

🚗 Face à la Traction 15-Six

La Frégate n'a que peu de concurrentes sur le marché intérieur. La Citroën Traction 15-Six est la seule à contrarier ses ambitions et elle a pour elle une longue carrière qui a séduit dans les plus hautes sphères de la société. Quant à la Vedette, elle a encore un gabarit trop américain et un V8 trop glouton.

La Citroën, conçue avant-guerre, conserve une silhouette basse, élancée, presque sportive dans son allure, portée par un six-cylindres souple et généreux. Elle symbolise la continuité d’une élégance raffinée mais avoue ses lignes d'avant-guerre.

La Renault, au contraire, incarne l’après-guerre : silhouette ponton, lignes arrondies, haute sur pattes, moteur quatre cylindres de 2 litres, suffisant pour la route mais sans noblesse particulière. La Frégate veut être moderne et rationnelle, mais elle reste marquée par les contraintes économiques d’une France qui se reconstruit et un moteur dépassé.

🎨 L’appel du prestige : la Frégate Ondine de Ghia

Au Salon de l’automobile de Paris en 1952, Renault découvre le coupé Frégate réalisé par Pichon et Parat et y voit un moyen d’augmenter le capital séduction de son modèle étendard. En 1953, trois prototypes sont commandés sur la base d'un dessin de Carlo Delaisse : un cabriolet à Letourneur & Marchand, un autre cabriolet à Ghia (l’Ondine), et un coach à Chapron.

Quelques semaines plus tard, au Grand Palais, seule la Frégate Ondine de Ghia est exposée sur le stand Renault ; Chapron et Letourneur & Marchand restent cantonnés à leur stand. Mais le projet Ghia, trop coûteux et peu compatible avec la berline de série, est abandonné. Seuls trois exemplaires sont construits et un seul serait arrivé jusqu'à nos jours, celui d'Edith Piaf.

Le cabriolet sera finalement attribué à Letourneur & Marchand, et le coupé à Chapron, bénéficiant du réseau de distribution et d’entretien Renault, gage de crédibilité.

 

🏛️ Le cabriolet Letourneur & Marchand

L’exercice de style retenu pour Letourneur & Marchand et validé par la Régie pour intégrer le catalogue officiel. Chapron, de son côté, réalisera également 7 cabriolets à la demande, mais la majeure partie de la production repose sur les ateliers de Neuilly de Letourneur & Marchand. Chapron se contentera de réaliser quelques coupés.

Les premières coques sont livrées en avril 1954, et la production se poursuit jusqu’en 1959, avec 69 cabriolets construits, dont 8 en version Transfluide. La ligne est élégante et équilibrée, fidèle à l’esprit parisien et à l’expertise artisanale, tout en s’adaptant à la silhouette haute et rigide de la Frégate.

La mécanique reste celle de la berline : un 4 cylindres de 2 litres, robuste mais modeste. Le prestige est donc visuel et symbolique : rareté, élégance et artisanat, plutôt que performances. En 1958, le moteur Etendard est adopté (notre modèle) et procure 80 ch, ce qui améliore nettement le comportement de la voiture, sans la rendre vraiment nerveuse.

 

📉 Un témoin d’une époque

Ce cabriolet illustre les ambitions et met aussi en évidence les paradoxes de Renault dans les années 50 : une marque tournée vers l’avenir, rationnelle et pragmatique, mais qui cherche encore à se donner un vernis de prestige. Il témoigne aussi des derniers feux de la carrosserie française indépendante, prise en étau entre industrialisation et raréfaction de la clientèle.

Aujourd’hui, ce cabriolet est une rareté absolue, plus évoqué qu’aperçu, mais il raconte avec force l’opposition de deux époques du haut de gamme français : celle de la Traction, héritière des années 30, et celle de la Frégate, enfant d’une reconstruction sobre et contrainte.

Par la suite, il n'y aura plus de cabriolet chez Renault jusqu'à la Renault 19 !

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(Rétro-en-Caux, Doudeville, Seine-Maritime, juillet 2009)

Commentaires
O
Une Frégate ... cabriolet ?!!<br /> Alors là, je découvre ! Superbe prise ! RV
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Une balade dans le monde de l'automobile de collection et des voitures d'exception au gré du hasard et des rencontres. Un peu d'histoire, un peu de technique et des voitures ! Plus de 2000 voitures et 12 000 photos.
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