Renault 5 Tour de Corse (1983)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🚗 Renault 5 Turbo 2 "Tour de Corse"
Quand la déraison devient série limitée
À la fin des années 70, Renault décide de ne plus seulement gagner des courses, mais de marquer les esprits. Exit les adaptations de voitures de série : on va faire une vraie machine de guerre. L'idée est de construire une voiture à moteur central arrière, puissante, maniable, avec une tenue de route digne de la compétition. Ce sera la Renault 5 Turbo, un engin délirant, en propulsion, avec turbo surdimensionné… et silhouette de citadine sous stéroïdes.
Dès ses débuts, c’est un raz-de-marée. Lors de la première apparition publique, l’engouement est tel que la spéciale est annulée, la foule ayant envahi la route ! Quelques kilomètres plus loin, Guy Fréquelin dépasse une Porsche 911 pendant la spéciale ! En 1981, Jean Ragnotti remporte le Tour de Corse, première participation de la R5 Turbo en championnat du monde. La Lancia Stratos ou les Porsche de l’époque n’arrivent pas à suivre le rythme de cette petite bombe compacte et survoltée, ultra efficace sur les routes sinueuses.
Renault Sport entend alors capitaliser sur ces succès. Après une première série spéciale très confidentielle, la Turbo Cévennes (20 exemplaires pour saluer la deuxième place de Ragnotti au rallye du même nom), la marque passe à la vitesse supérieure avec la Turbo 2 Tour de Corse, en 1983.
L'objectif est de répondre à la nouvelle réglementation du Groupe B, et permettre aux clients passionnés de goûter à une version quasi-officielle. La voiture est proposée en version clé en main (20 exemplaires jaunes avec boucliers, toit et bas de caisse blancs) ou via kit d’adaptation.
Sous cette robe bicolore, c’est une bête de compétition déguisée. Le moteur 1397 cm³ avec turbo Garrett T3, avec échappement spécifique et échangeur air-eau-air délivre une puissance de 240 à 285 ch, selon le réglage et la configuration ; certaines versions usine grimpent à 320 ch au Tour de Corse 1984. La pression de turbo réglable dans l’habitacle (entre 2,6 et 2,8 bar).
Pour mieux passer la puissance au sol, le train avant a été élargi et les triangles de suspension modifiés pour corriger l’instabilité des premières versions : la voie avant était trop étroite par rapport à l’arrière. Elle profite aussi d'une boîte 5 rapports à pignons courts de rallye, de freins renforcés avec un répartiteur de freinage manuel au tableau de bord.
Pour satisfaire aux normes de la compétition, elle a été équipée d'un arceau de sécurité 16 points, contre 10 précédemment, et le poids contenu à 930 kg.
Enfin, des jantes Minilite chaussées de Michelin TRX, et gros phares ronds à l’avant en lieu et place des longues portées rectangulaires viennent parfaire l'accastillage.
La voiture est aussi pensée pour évoluer : les clients peuvent la faire passer à une définition Maxi Groupe B, alignée sur celle des voitures d’usine. En somme, c’est une machine semi-usine à la carte, taillée pour les rallyes régionaux, nationaux… et pourquoi pas internationaux.
La Renault 5 Turbo 2 "Tour de Corse" est produite à environ 200 exemplaires entre 1983 et 1984. La majorité ont été vendues à des pilotes privés, certains en version prête à courir, d'autres avec le kit pour conversion.
Beaucoup de ces voitures ont été modifiées, engagées, parfois malmenées dans les spéciales. Aujourd’hui, retrouver un exemplaire en configuration d’origine est un exploit, et leur valeur grimpe en flèche dans les ventes aux enchères.
Elle est rapidement devenue une référence pour tout pilote ambitieux, synthèse parfaite entre brutalité et finesse, avec un équilibre entre poids, puissance et agilité qui fait mouche. Il faudra attendre la 306 Maxi pour que les puristes ou les experts comme Sébastien Loeb lui trouvent une rivale plus désirable.
Le modèle bleu façon Maxi 5 Turbo serait l'exemplaire de Bruno Saby.
La R5 Turbo continue de briller jusqu’au milieu des années 80. Mais l’arrivée des 4 roues motrices et des monstres du Groupe B comme l’Audi Quattro, la Peugeot 205 T16 ou la Lancia Delta S4 va forcer Renault à revoir sa copie. C’est ainsi que naît la Renault 5 Maxi Turbo, ultime évolution à la puissance folle, qui pousse le concept jusqu’à l’absurde.
Mais c’est bien la Tour de Corse qui incarne le point d’équilibre : encore liée à la voiture de route, mais irrémédiablement tournée vers la compétition. Une version radicale, intransigeante, à une époque où Renault savait faire rimer "sport" avec "folie douce".
Quant à sa descendance, elle reste essentiellement spirituelle : ni la Clio V6 ni aucune autre production de la marque n’a osé s’aventurer aussi loin sur la ligne rouge.







