Ford Mustang II (1973-1978)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🐎 Ford Mustang II – Le tournant prudent d’un mythe
Avec la Mustang II, Ford tourne le dos à l’esprit muscle car qui avait peu à peu forgé l'esprit de la Mustang de 1964. La dernière version, de 1971 à 1973, longue et puissante, n’aura duré que trois millésimes — un cycle court, mais habituel dans l’industrie américaine.
Lancée en septembre 1973, la Mustang II tranche avec ses devancières. Certes, ses dimensions sont proches de celles du modèle original de 1964, et la calandre conserve un air de famille. Mais pour le reste, tout change : proportions, gabarit, philosophie. Ford ne cherche plus à séduire les amateurs de performances, mais à proposer un véhicule plus compact, plus sobre, et mieux adapté aux réalités économiques de l’époque.
Sous l’impulsion de Lee Iacocca, Ford parie sur un repositionnement radical. Initialement envisagée sur la plateforme de la Maverick, la Mustang II sera finalement développée à partir de la Pinto. Une base technique modeste, mais cohérente avec les contraintes du moment.
Au lancement, la voiture reçoit un 4-cylindres 2,3 litres développant 89 ch. Un V6 2,8 litres issu de la Ford Capri complète l’offre, avec 105 ch. L’esprit sportif est clairement mis entre parenthèses quand on songe que les V8 développaient jusqu'à 300 ch.
La version Ghia, en haut de gamme, se distingue par son demi-toit en vinyle, signalant un glissement vers davantage de confort que de performance (modèle vert ci-dessous).
Fait marquant : l’absence de moteur V8 empêche l’installation de la climatisation, un comble aux États-Unis. C’est au Mexique, pays de production et marché exigeant en matière de conditions climatiques, que des ingénieurs développent un V8 local de 5 litres autour de 200 ch SAE. En 1975, Ford adapte finalement la caisse pour recevoir son propre V8 5.0 officiel, plafonné à 142 ch. Par la suite, les puissances iront en décroissant.
La Mustang II n’a pas seulement changé de gabarit : elle a aussi changé de public. Ford vise désormais un segment plus large, plus urbain, incluant une part croissante de clientèle féminine, incarnée par Jill Monroe (Farrah Fawcett) dans sa Mustang King Cobra et Kelly Garret (Jaclyn Smith) en Mustang II Ghia dans la série "Drôles de dames".
La voiture se rapproche, dans l’esprit, d’une Ford Capri ou d’une Toyota Celica. Elle incarne une américanisation des modèles compacts européens, avec des finitions valorisantes et un certain souci d’économie.
Iacocca résumera l’approche en une phrase : "La bonne voiture au bon moment." Avec le choc pétrolier de 1973, le pari est validé. Tandis que les stocks de grosses voitures s'accumulent, la Mustang II séduit immédiatement.
Dès sa première année, la Mustang II atteint 385 000 ventes. En cinq ans de carrière (1974–1978), elle s’écoule à 1,1 million d’exemplaires, un score honorable compte tenu du contexte.
Elle cède sa place en 1979 à la Mustang III, construite sur la nouvelle plateforme Fox, plus légère et plus moderne. Cette génération marquera un retour progressif vers les performances, tout en conservant une forme de rationalité héritée de la Mustang II et en rupture complète avec les codes esthétiques. En somme, une transition plus stratégique que symbolique.






