Citroën ID 19 Break (1958-1967)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🇫🇷 Citroën ID 19 Break
L’élégance en charge utile
Quand Citroën décline la DS en break, elle ne se contente pas d’ajouter du volume : elle révolutionne aussi le break familial. Difficile d’imaginer rupture plus douce que celle opérée par le break ID 19. En reprenant la base d’une voiture révolutionnaire pour la transformer en familiale utilitaire, Citroën réussit un tour de force : démocratiser l’avant-garde sans en trahir l’esprit. Retour sur une figure à part, faussement modeste, profondément géniale.
Malgré son apparence, ce break n’est pas une « vraie » DS. Techniquement, il s’agit d’une ID 19, version simplifiée et plus accessible de la berline aux chevrons. Ce choix n’a rien d’un hasard : le break est conçu pour les familles nombreuses, les artisans, les administrations. Citroën préfère donc la fiabilité, la simplicité… mais sans renoncer à l’élégance ni au confort.
Dès octobre 1958, l’ID 19 break décline l’esprit DS en plusieurs variantes : Familiale, Commerciale, Ambulance, voire même Service (avec vitres tôlées). Toutes partagent cette silhouette unique : ligne de toit allongée, hayon deux parties, porte-à-faux arrière rallongé, et lunette latérale supplémentaire reconnaissable entre mille.
Conçue à Javel, la version break est partiellement carrossée chez Henri Chapron (à Levallois), avant que la fabrication soit intégrée aux chaînes de Forest (Belgique). Loin d’un simple dérivé utilitaire, cette DS du peuple incarne l'intelligence de la conception : modularité des banquettes, espace à gogo, visibilité royale, tenue de route impériale grâce à la suspension hydropneumatique.
Mais le revers de la médaille, c’est le moteur. Jusqu’en 1962, l’ID 19 break conserve une mécanique issue de la Traction 11. Avec seulement 66 ch, il est sous-dimensionné pour les ambitions de la voiture qui pèse pas loin de 1400 kg à vide. Alors chargée, elle est poussive la moindre côte oblige à rétrograder avec la terrible angoisse du moteur qui chauffe en montagne.
Le millésime 1963 marque enfin un changement salutaire : l'antique moteur 1 911 cm³ est profondément modifié et reçoit des pièces de la DS 19. Culasse retravaillée faisant passer le taux de compression de 7,5 à 8,5:1, nouvel arbre à cames, allumage reconsidéré, carburateur plus gros, et voilà que le bon vieux bloc à 3 paliers passe à 83 ch DIN, soit plus que le 6-cylindres de la 15-Six !
Ce n’est pas encore une flèche, mais c’est déjà une voiture capable de soutenir un rythme routier convenable, même chargée. A la faveur d'un étagement de boite modifié, les relances s’améliorent, les dépassements deviennent moins hasardeux, l’autonomie en voyage s’allonge. Ce simple surcroît de puissance transforme l’usage au quotidien.
C’est aussi à cette époque que la finition progresse : insonorisation, qualité des garnitures, présentation intérieure. La DS berline reste la vitrine, mais le break n’est plus le parent pauvre.
À ce moment-là, le break ID 19 trouve pleinement sa place : voiture familiale idéale, ambulance de campagne, fourgon chic pour professions libérales, corbillard même, parfois. Le tout avec une image de standing tranquille, presque aristocratique. Rarement une voiture aura autant brouillé les frontières entre utilitaire et automobile de prestige.
Mais ce regain de vitalité n’est pas seulement mécanique. En 1963, la DS et l’ID (et donc le break) changent aussi de visage. Citroën introduit ce qu’on appelle familièrement le « nouveau nez » : le dessin de la calandre est très légèrement retravaillé. L'aile est désormais usinée d'une seule pièce jusqu'au capot et sous le phare une entrée d'air fait son apparition. Et sur le pare-choc, à chaque extrémité de la calandre, deux butoirs en caoutchouc prennent place et augmentent encore l'aspect squale de la voiture.
C’est discret, mais ça change tout : la ligne gagne en modernité, en prestance, sans renier le style originel de Bertoni.
Plus qu’une déclinaison, l’ID 19 break est un manifeste : celui de la voiture française rationnelle, humaniste et inventive. Ce n’est pas une version au rabais, mais une variation sur le même thème – celui de la mobilité fluide, souple, élégante. Moins mythique que la berline, certes, mais peut-être plus cohérente encore dans sa mission. Elle ne voulait impressionner personne. Elle a pourtant marqué des générations.
Elle sera renouvelée en 1967 avec la DS 20 break et restera en production jusqu'en 1975 pour laisser place à la CX et à la CX Break qui n'interviendra qu'en 1976.
Pour en savoir plus :
- DS et ID Club de France
- IDclassicparts
- NuancierDS
NB : Le modèle présenté ci-dessus a appartenu au célèbre Olivier de Serres, auteur de grands ouvrages sur la DS.
FICHE TECHNIQUE : Citroën ID 19 Break (1963)
🔹 Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 11 CV
🔹 Cylindrée : 1 911 cm³
🔹 Alésage x course : 78 x 100 mm
🔹 Taux de compression : 8,5 : 1
🔹 Vilebrequin : 3 paliers
🔹 Puissance maximale : 83 ch DIN à 4 500 tr/min
🔹 Couple maximal : 14,3 mkg à 3 000 tr/min
🔹 Distribution : Arbre à cames latéral, soupapes en tête
🔹 Nombre de soupapes : 8 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : Carburateur Solex simple corps
🔹 Type de transmission : Traction
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle 4 rapports (commande au volant)
🔹 Direction : À vis et galet
🔹 Diamètre de braquage : Environ 12,2 m
🔹 Châssis : Coque autoporteuse renforcée (break spécifique)
🔹 Suspension avant : Indépendante, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs hydrauliques
🔹 Suspension arrière : Hydropneumatique à correcteur d’assiette automatique
🔹 Longueur : 4 930 mm
🔹 Largeur : 1 790 mm
🔹 Hauteur : 1 540 mm
🔹 Empattement : 3 120 mm
🔹 Voie avant : 1 470 mm
🔹 Voie arrière : 1 280 mm
🔹 Garde au sol : Variable (hydropneumatique) — environ 180 à 280 mm
🔹 Pneus avant : 165 x 400
🔹 Pneus arrière : 165 x 400
🔹 Freins avant : Tambours
🔹 Freins arrière : Tambours
🔹 Vitesse maximale : Environ 135 km/h
🔹 0 à 100 km/h : Environ 21 s
🔹 400 m D.A. : ≈ 21 s
🔹 1000 m D.A. : ≈ 42 s
🔹 Capacité du réservoir : 60 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : ≈ 8,5 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : ≈ 11 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : ≈ 12,5 l/100 km
🔹 Volume du coffre : Environ 1 500 litres (banquette rabattue), 700 l en configuration 5 places
🔹 Poids à vide : ≈ 1 420 kg
