Mercedes S 600 W140 (1993-1998)
(Yvetot, Seine-Maritime, janvier 2018)
Mercedes-Benz S 600 W140 (1991-1998) :
la dernière Mercedes sans compromis
Lorsqu'elle est dévoilée au printemps 1991, la nouvelle Mercedes-Benz Classe S W140 ne laisse personne indifférent. Plus longue, plus large, plus lourde et plus sophistiquée que sa devancière, la W126, elle incarne une vision de l'automobile où aucun compromis n'est accepté. Son développement, entamé à la fin des années 1970, a mobilisé des moyens considérables, au point de devenir l'un des projets les plus coûteux de l'histoire de Mercedes-Benz. Au sommet de la gamme trône la S 600, équipée du tout premier V12 moderne de la marque. Une automobile devenue, avec le temps, le symbole d'une époque révolue.
À la fin des années 1970, la W126 vient à peine d'être lancée que Mercedes travaille déjà à sa remplaçante. L'objectif est simple, mais ambitieux : conserver sa position de référence absolue dans le segment des grandes berlines de prestige, avec Cadillac et Rolls-Royce dans le viseur.
Le projet prend rapidement une ampleur inédite. Les ingénieurs disposent d'une liberté rarement accordée dans l'industrie automobile. La priorité n'est pas de maîtriser les coûts, mais de concevoir la meilleure voiture possible, quels que soient les investissements nécessaires.
Cette philosophie se traduit par des années de développement supplémentaires, des centaines de prototypes et des milliers d'heures d'essais aux quatre coins du monde. Entre-temps, en 1987, BMW crée la surprise en lançant la 750i E32, première berline allemande moderne animée par un moteur V12. Mercedes accélère alors le développement de son propre douze-cylindres afin que la future Classe S ne laisse aucun avantage à son rival bavarois.
Dessinée sous la direction de Bruno Sacco, la W140 adopte des lignes sobres, presque austères. L'impression de puissance, réelle, est atténuée par un gabarit et des dimensions qui trahissent la lourdeur de l'engin.
Avec plus de cinq mètres de long, près de deux mètres de large et une masse qui dépasse fréquemment les deux tonnes, elle impressionne autant qu'elle intimide. Certains journalistes lui reprochent son gabarit démesuré, tandis que d'autres saluent une qualité de fabrication exceptionnelle.
Mercedes multiplie les raffinements techniques. Les vitres latérales bénéficient d'un double vitrage améliorant à la fois l'isolation phonique et thermique. Les portes ainsi que le coffre disposent d'une fermeture assistée. Les fameuses tiges de guidage escamotables situées sur les ailes arrière permettent de visualiser les extrémités du véhicule lors des manœuvres, bien avant l'apparition des caméras de recul.
À bord, tout est pensé pour le confort : sièges électriques à mémoire, climatisation automatique sophistiquée, insonorisation remarquable et équipements électroniques alors à la pointe de la technologie.
La véritable vedette est cependant cachée sous le long capot.
Le moteur M120, entièrement nouveau, est un V12 à 60° de 5 987 cm³, doté de quatre soupapes par cylindre et d'une gestion électronique particulièrement évoluée pour l'époque. Il développe 394 ch à 5 200 tr/min et un impressionnant couple de 58 mkg dès 3 800 tr/min.
Associé exclusivement à une boîte automatique à quatre rapports, il permet à la S600 d'atteindre les 100 km/h en un peu plus de six secondes malgré son poids conséquent. Sa vitesse maximale est limitée électroniquement à 250 km/h, conformément à l'accord conclu entre les constructeurs allemands.
Mais plus que les performances, c'est son incroyable douceur qui marque les esprits. Le V12 fonctionne avec une discrétion presque irréelle, ne laissant filtrer qu'un léger murmure lorsque l'on sollicite l'accélérateur.
Comme toutes les Classe S, la W140 sert également de laboratoire roulant.
Elle inaugure ou démocratise de nombreuses innovations : double vitrage, rétroviseur électrochrome, essuie-glaces à détecteur de pluie selon les marchés, système de navigation, téléphone embarqué, airbags multiples ou encore contrôle électronique de stabilité ESP, proposé à partir de 1995 sur les versions V12 avant d'être progressivement étendu au reste de la gamme.
La sécurité passive fait également l'objet d'un soin particulier, avec une structure extrêmement rigide et des zones de déformation étudiées dans les moindres détails.
Si la S 600 représente le sommet absolu de la gamme W140, Mercedes propose également des motorisations plus accessibles afin de couvrir l'ensemble du marché du luxe.
À son lancement en 1991, la Classe S reçoit trois grandes familles de moteurs :
- S 280 et S 320 : des six cylindres en ligne essence destinés aux marchés où la fiscalité pénalise les grosses cylindrées. La S 320, équipée du M104 de 3,2 litres développant environ 231 ch, deviendra l'une des versions les plus diffusées.
- S 420 et S 500 : les versions V8, qui constituent le cœur de la gamme. Le V8 M119 de 4,2 litres (279 ch) et surtout le 5 litres (326 ch) offrent un excellent compromis entre performances, raffinement et coût d'utilisation.
- S 600 : le sommet de la gamme avec son V12 M120 de 408 ch puis 394 après 1993, véritable vitrine technologique.
Mercedes propose également une motorisation diesel, principalement destinée aux marchés européens :
- S 300 Turbodiesel (à partir de 1993), équipée du six cylindres OM606 de 3 litres, développant environ 177 ch. Elle offre une alternative plus économique pour les gros rouleurs, même si ses performances restent modestes face aux versions essence.
En 1992, Mercedes décline la W140 en version deux portes avec la présentation du Coupé Classe S, qui remplace progressivement l'appellation SEC.
Contrairement à la génération précédente, le coupé ne reprend pas exactement la même carrosserie que la berline raccourcie : il bénéficie d'un dessin spécifique, tout en conservant la plateforme et les technologies de la W140.
Deux versions sont principalement proposées :
- S 500 Coupé avec le V8 5 litres de 326 ch ; il devient CL 500 en 1996.
- S 600 Coupé avec le V12 M120 de 408 ch, puis 394 ch en 1993.
Le coupé conserve le même niveau de luxe que la berline : double vitrage, fermeture assistée, équipements électriques complets et une finition exceptionnelle. Il devient même l'une des Mercedes les plus exclusives de son époque.
Malgré ses qualités, la W140 arrive dans un contexte économique difficile.
La S600 reste une version rare. Son prix et son coût d'entretien limitent fortement sa diffusion, tandis que les S320 et S500 représentent l'essentiel des ventes.
La W140 sera produite à environ 406 000 exemplaires entre 1991 et 1998, toutes versions confondues. Les versions V12, berlines et coupés réunis, ne représentent qu'une petite fraction de cette production (un peu moins de 36 000 voitures).
La récession du début des années 1990, conjuguée à un prix très élevé et à un gabarit jugé excessif, limite sa diffusion. Beaucoup de clients restent attachés à l'élégance plus discrète de la W126.
Les coûts de développement, largement supérieurs aux prévisions, poussent également Mercedes à revoir sa stratégie. La génération suivante, la W220, sera conçue avec davantage de contraintes budgétaires, marquant la fin de l'époque des projets sans limite financière.
Longtemps critiquée pour son poids et sa démesure, la S600 W140 bénéficie aujourd'hui d'un regard bien différent.
Les collectionneurs apprécient sa qualité de fabrication exceptionnelle, son V12 atmosphérique devenu rarissime et son confort toujours impressionnant plus de trente ans après sa présentation. Elle représente aussi la dernière Mercedes conçue selon une philosophie où les ingénieurs disposaient d'une liberté quasi totale, avant que les impératifs économiques ne prennent définitivement le dessus.
Plus qu'une grande berline de luxe, la Mercedes-Benz S600 W140 est devenue le symbole d'une époque où l'automobile allemande cherchait avant tout l'excellence technique. Une véritable démonstration de savoir-faire, dont le prestige n'a guère été égalé depuis.
Pour en savoir plus : Mercedes Damien
🔧 FICHE TECHNIQUE :
🔹 Type du moteur : V12 à 60°, essence
🔹 Bloc : Aluminium
🔹 Culasse : aluminium
🔹 Emplacement : longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 37 CV
🔹 Cylindrée : 5 987 cm³
🔹 Alésage x course : 89 x 80,2 mm
🔹 Taux de compression : 10,0 :1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : 408 ch à 5 200 tr/min
🔹 Couple maximal : 59 mkg à 3 800 tr/min
🔹 Distribution : double arbre à cames en tête par rangée de cylindres, chaîne
🔹 Nombre de soupapes : 48
🔹 Alimentation : injection électronique Bosch LH-Jetronic (LH 3.3)
🔹 Transmission : propulsion
🔹 Boîte de vitesses : automatique à 4 rapports (4G-Tronic)
🔹 Structure : monocoque
🔹 Suspension avant : roues indépendantes, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
🔹 Suspension arrière : multibras indépendante, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
🔹 Direction : à recirculation de billes, assistance hydraulique
🔹 Longueur : 5 113 mm
🔹 Largeur : 1 886 mm
🔹 Hauteur : 1 486 mm
🔹 Empattement : 3 040 mm
🔹 Voie avant : 1 605 mm
🔹 Voie arrière : 1 606 mm
🔹 Pneumatiques : 235/60 VR 16
🔹 Freins avant : disques ventilés, ABS (300 mm)
🔹 Freins arrière : disques ventilés, ABS (278 mm)
🔹 Vitesse maximale : 250 km/h (bridée électroniquement)
🔹 0 à 100 km/h : 6,6 s
🔹 400 m départ arrêté : 14,8 s
🔹 1 000 m départ arrêté : 27,1 s
🔹 Réservoir : 100 litres
🔹 Consommation moyenne : 15,0 l/100 km
🔹 Volume du coffre : 525 litres
🔹 Poids à vide : 2 080 kg