Ferrari 166 MM (1948-1953)
(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)
🏁 Ferrari 166 MM :
la naissance de la barchetta
Après la 166 S, Ferrari dispose déjà d'une arme redoutable pour les courses de voitures de sport. Mais Enzo Ferrari ne veut pas seulement construire des voitures capables de gagner : il lui faut désormais les vendre. Le jeune constructeur de Maranello doit trouver des clients, et donc proposer une automobile qui puisse être engagée en compétition tout en étant suffisamment aboutie pour être utilisée sur route. C'est dans cette logique qu'apparaît la Ferrari 166 MM, présentée au Salon de Turin en septembre 1948.
Le nom de la nouvelle venue est directement lié à la course des Mille Milles, l'épreuve qui a déjà largement contribué à la réputation de Ferrari. « MM » signifie en effet Mille Miglia. La victoire obtenue quelques mois auparavant par une 166 S à la Mille Miglia donne naturellement son nom à cette évolution destinée à poursuivre la carrière sportive de la marque.
La 166 MM reste intimement liée à la compétition. Mais contrairement aux premières Ferrari, elle est pensée dès le départ comme une voiture pouvant être vendue à des pilotes privés. Certains clients l'achètent dans sa configuration de course pour participer eux-mêmes aux épreuves, tandis que d'autres choisissent une version davantage orientée vers la route et peuvent même demander des modifications particulières de carrosserie ou d'aménagement intérieur.
Ferrari ne dispose évidemment pas encore d'une véritable gamme au sens moderne du terme. Les châssis sont produits à Maranello puis confiés à différents carrossiers. Pour la 166 MM, le partenaire le plus célèbre est Touring, qui lui offre une carrosserie devenue aujourd'hui un classique.
La silhouette est basse, courte et extrêmement dépouillée. Deux places, un petit pare-brise devant le conducteur et son passager, des ailes galbées et une carrosserie qui semble dessinée autour des roues : la recette est simple, mais elle va faire école. C'est cette forme ouverte et légère qui va progressivement imposer le terme de « barchetta », littéralement « petite barque », pour désigner ce type de voiture de sport italienne, un terme que l'on doit à la stupéfaction de Gianni Agnelli lorsqu'il découvre le modèle.
Touring utilise pour cette carrosserie son procédé Superleggera. Des panneaux d'aluminium très fins sont fixés sur une armature constituée de petits tubes d'acier. Cette technique permet d'obtenir une structure à la fois légère et suffisamment rigide, tout en offrant aux stylistes une grande liberté pour dessiner une carrosserie très fine.
Le résultat est particulièrement spectaculaire sur la balance : la 166 MM Barchetta ne pèse que 650 kg à sec. Ferrari peut ainsi conserver un moteur relativement compact tout en obtenant un rapport poids/puissance remarquable.
Sous le capot, on retrouve le fameux V12 Colombo de 2 litres, d'où le nom de 166 qui correspond à la cylindrée unitaire. Ce moteur de 1 995 cm³, disposé longitudinalement à l'avant, développe environ 140 ch à 6 600 tr/min. Il est alimenté par trois carburateurs Weber et la distribution est à simple arbre à cames en tête par rangée de cylindres.
La transmission reçoit une boîte à cinq rapports, une solution particulièrement adaptée aux longues épreuves. Malgré une mécanique de seulement deux litres, la 166 MM peut atteindre environ 220 km/h.
Mais plus encore que ses chiffres, c'est l'association entre la disponibilité du V12 et les 650 kg qui fait la différence. La 166 MM n'a pas besoin d'un moteur gigantesque : elle est légère, compacte et conçue pour parcourir de longues distances à très haute vitesse.
La théorie va rapidement devenir réalité.
En 1949, la 166 MM connaît une saison qui va définitivement installer Ferrari parmi les grands noms de la compétition automobile. Aux Mille Miglia, deux Ferrari terminent aux deux premières places. Puis, quelques semaines plus tard, Luigi Chinetti emmène une 166 MM à la victoire aux 24 Heures du Mans. C'est la toute première victoire de Ferrari dans la classique mancelle.
Chinetti ne s'arrête pas là. Quelques semaines plus tard, il remporte également les 24 Heures de Spa. En l'espace de quelques mois, la petite Ferrari s'impose donc dans trois des plus grandes épreuves d'endurance de son époque.
Le plus remarquable est que Ferrari est encore une entreprise extrêmement jeune. La marque n'a pas la puissance industrielle des constructeurs déjà installés et ne dispose pas d'une armée de voitures officielles. La 166 MM peut aussi être confiée à des pilotes privés, qui deviennent eux-mêmes des ambassadeurs de la marque.
C'est exactement le modèle qu'Enzo Ferrari va développer par la suite : vendre des voitures capables de courir, laisser les clients les engager, et utiliser leurs victoires pour construire la réputation de Ferrari.
La 166 MM n'est d'ailleurs pas une automobile figée dans une carrosserie unique. Les châssis peuvent recevoir différentes carrosseries, et plusieurs carrossiers italiens interviennent sur les voitures produites.
La Barchetta Touring Superleggera reste néanmoins la plus emblématique. Seulement 25 exemplaires reçoivent cette carrosserie, ce qui explique aussi la rareté exceptionnelle des voitures conservées aujourd'hui.
La production de la famille 166 MM va se poursuivre pendant plusieurs années, avec des évolutions et différentes carrosseries. La voiture n'est donc pas seulement une série limitée destinée à une saison de compétition : elle constitue l'un des premiers véritables piliers de la jeune gamme Ferrari.
Et son succès dépasse largement les résultats sportifs. La 166 MM démontre qu'une Ferrari peut être à la fois une voiture de course et une automobile que l'on peut vendre à un particulier fortuné. Cette association entre compétition et clientèle privée va devenir l'une des caractéristiques fondamentales de la marque.
En 1947, Ferrari débutait à peine son aventure de constructeur. En 1948, la marque commence à exposer ses voitures dans les grands salons internationaux. En 1949, une 166 MM gagne les Mille Miglia, Le Mans et Spa.
La progression est fulgurante.
La 166 MM est donc bien davantage qu'une évolution de la 166 S. Elle constitue le moment où Ferrari trouve sa recette : un châssis léger, un V12 brillant, une carrosserie italienne élégante et la compétition comme formidable outil de promotion.
La barchetta va devenir l'une des formes emblématiques de l'automobile sportive italienne. Et Ferrari va rapidement poursuivre l'escalade avec des moteurs plus gros et des voitures toujours plus performantes.
Après la 166 MM, Ferrari va notamment faire évoluer son deux-litres vers la 195 S, avant d'élargir progressivement sa gamme jusqu'à la 250 MM. Le petit constructeur de Maranello vient de poser les premières pierres de ce qui va devenir un empire automobile.
La légende, elle, vient véritablement de commencer.