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19 août 2026

Alfa Romeo 12C-37 (1937)

(Rétromobile, Parc des Expos de la Porte de Versailles, février 2018)

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Alfa Romeo 12C-37 :
La puissance sans maîtrise

 

En 1928, Alfa Romeo présente la 6C-1500, première réalisation de Vittorio Jano pour la marque milanaise. Avec son six cylindres en ligne à double arbre à cames en tête, elle inaugure une architecture qui va devenir l'une des grandes signatures mécaniques d'Alfa Romeo. La petite 1500 cm³ n'est pas encore une monoplace de Grand Prix, mais elle montre déjà la voie : un moteur compact, sophistiqué et capable de délivrer une puissance remarquable pour sa cylindrée.

En quelques années, cette mécanique va évoluer vers les 6C-1750, puis les extraordinaires 8C-2300 et 8C-2900. En compétition, Alfa Romeo augmente les cylindrées, ajoute des compresseurs et transforme progressivement ses voitures en véritables machines de Grand Prix. Au milieu des années 1930, la marque s'engage dans une nouvelle course à la puissance avec des moteurs à douze cylindres.

La 12C-36 constitue une première réponse aux Mercedes-Benz et Auto Union. Mais en 1937, les Allemands disposent de moyens considérables et leurs moteurs dépassent largement les 500 ch. Alfa Romeo doit donc aller encore plus loin. La réponse prend la forme de la 12C-37.

 

🏁 Toujours plus de puissance

La 12C-37 reprend le principe du V12 de la 12C-36, mais sa cylindrée est portée de 4 064 à 4 495 cm³. Le moteur reste installé longitudinalement à l'avant et conserve ses deux arbres à cames en tête ainsi que sa suralimentation par compresseurs Roots.

La puissance atteint environ 430 ch à 5 800 tr/min. Pour une voiture dont le poids tourne autour de 810 kg, le rapport poids/puissance est impressionnant. Sur le papier, Alfa Romeo possède donc une arme capable de rivaliser avec les meilleures voitures du moment.

Mais le moteur n'est pas le seul élément qui évolue. Vittorio Jano travaille également sur le châssis. La voiture est abaissée et sa conception est revue afin d'améliorer la tenue de route. La suspension avant reste indépendante tandis que l'arrière conserve une architecture à demi-essieux oscillants.

La carrosserie est toujours particulièrement étroite et profilée. Avec son long capot et son poste de pilotage rejeté vers l'arrière, la 12C-37 ressemble à ce qu'elle est réellement : une évolution ultime des grandes monoplaces Alfa Romeo à moteur avant.

Mais entre une voiture impressionnante sur le papier et une voiture efficace en course, il y a parfois un monde.

 

⚠️ 430 chevaux difficiles à dompter

La principale faiblesse de la 12C-37 apparaît rapidement : son comportement en piste.

Le châssis ne parvient pas à exploiter correctement la puissance du V12. La voiture est difficile à conduire et manque de stabilité. Les 430 chevaux constituent donc davantage un problème qu'une solution lorsque le pilote cherche à les utiliser au maximum.

C'est particulièrement gênant face aux Mercedes-Benz et Auto Union. Les constructeurs allemands ne se contentent plus de développer des moteurs extrêmement puissants. Ils travaillent également sur l'ensemble de la voiture, avec des châssis et des suspensions capables de transmettre cette puissance à la piste.

Alfa Romeo se retrouve ainsi dans une situation paradoxale. Son moteur est suffisamment puissant pour jouer les premiers rôles, mais la voiture ne permet pas à ses pilotes d'en tirer pleinement parti.

La 12C-37 illustre ainsi une évolution importante de la compétition automobile à la fin des années 1930 : la puissance seule ne suffit plus.

 

🇮🇹 Alfa Corse reprend les commandes

L'arrivée de la 12C-37 intervient également dans une période de réorganisation pour Alfa Romeo.

Depuis plusieurs années, la marque s'appuie largement sur la Scuderia Ferrari pour ses activités sportives. Enzo Ferrari n'est pas encore le constructeur à part entière qui naîtra après la guerre, mais il dirige alors le département compétition d'Alfa Romeo. Le constructeur milanais décide de reprendre directement le contrôle de sa compétition et crée Alfa Corse. Évidemment, Ferrari en prend ombrage et quitte progressivement Alfa, avec désormais l'idée de prendre sa revanche en piste avec sa propre écurie. Pour le moment, il continue cependant à faire courir des Alfa Romeo, avant de pouvoir construire ses propres voitures à partir de 1947.

La 12C-37 doit donc permettre à Alfa Romeo de revenir directement dans la lutte avec les constructeurs allemands.

Les débuts sont cependant difficiles. La voiture manque de mise au point et les pilotes ne tardent pas à constater ses défauts de comportement. Tazio Nuvolari, pourtant capable de tirer le meilleur des machines les plus délicates, n'est pas convaincu par la nouvelle monoplace.

La situation est suffisamment mauvaise pour que les anciennes 12C-36 restent encore utilisées en compétition.

Le nouveau modèle censé remplacer l'ancien se retrouve donc parfois derrière lui.

 

🏎️ Une saison 1937 compliquée

La 12C-37 fait ses débuts en compétition au cours de l'été 1937. Elle doit notamment affronter les Mercedes-Benz et Auto Union qui dominent alors les Grands Prix européens.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions d'Alfa Romeo.

Au Grand Prix d'Italie 1937, organisé à Monza, Giovanni Battista Guidotti prend le départ au volant d'une 12C-37 mais abandonne après 24 tours à la suite d'un problème mécanique.

La voiture ne parvient donc jamais à transformer son impressionnante puissance en véritable avantage sportif.

Pendant ce temps, la concurrence allemande continue de progresser. La Mercedes-Benz W125 dispose d'un moteur de plus de 5,6 litres développant plus de 600 ch, tandis que l'Auto Union Type C utilise un V16 suralimenté installé à l'arrière.

Alfa Romeo ne manque pourtant ni de compétences ni de moyens techniques. Mais la marque doit désormais faire face à des constructeurs dont les investissements dans la compétition sont devenus considérables.

Pour Vittorio Jano, la situation est particulièrement difficile. Après avoir conçu les plus célèbres Alfa Romeo de compétition des années 1930, il quitte finalement la marque à la fin de l'année 1937 pour rejoindre Lancia.

La 12C-37 sera son dernier grand projet chez Alfa Romeo.

 

🔧 Une carrière écourtée par le règlement

La 12C-37 n'aura d'ailleurs pas beaucoup de temps pour démontrer ses éventuelles qualités.

À partir de 1938, la réglementation des Grands Prix impose une cylindrée maximale de 3 litres pour les moteurs suralimentés. Avec son V12 de 4,5 litres, la 12C-37 devient donc immédiatement incompatible avec le nouveau règlement.

Seulement quatre exemplaires sont construits.

Alfa Romeo doit alors repartir sur une nouvelle base. Certains châssis de la 12C-37 sont transformés afin de recevoir les moteurs de trois litres correspondant à la nouvelle réglementation. La carrière de la 12C-37 proprement dite s'achève donc presque aussitôt qu'elle a commencé.

Son échec ne signifie pourtant pas que le travail de Jano est sans lendemain. Les solutions développées pour cette voiture vont continuer à être exploitées dans les nouvelles monoplaces Alfa Romeo.

 

🏁 La fin d'une génération

La 12C-37 est finalement une voiture de transition.

Elle représente l'aboutissement d'une philosophie née près de dix ans plus tôt avec la 6C-1500 : un moteur toujours plus sophistiqué, une cylindrée progressivement augmentée et, avec la suralimentation, une recherche permanente de puissance.

Mais en 1937, cette recette atteint ses limites.

Avec ses 430 chevaux, la 12C-37 est certainement l'une des Alfa Romeo les plus puissantes jamais construites à cette époque. Pourtant, elle n'est pas suffisamment équilibrée pour exploiter correctement cette puissance. Face aux Mercedes-Benz et Auto Union, Alfa Romeo découvre qu'il ne suffit plus de disposer d'un moteur exceptionnel.

La marque doit désormais composer avec un nouveau règlement et repartir sur une mécanique plus petite.

Pour 1938, Alfa Romeo abandonne donc le gros V12 de la 12C-37 et développe une nouvelle monoplace équipée d'un V8 de trois litres. La Tipo 308 sera plus légère, plus compacte et surtout adaptée aux nouvelles règles.

Après la démesure de la 12C-37, Alfa Romeo doit donc revenir à une formule plus raisonnable.

La course à la puissance seule est terminée. Une nouvelle génération de monoplaces commence et la 12C-37 aura été l'étincelle qui créera les Ferrari.

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Une balade dans le monde de l'automobile de collection et des voitures d'exception au gré du hasard et des rencontres. Un peu d'histoire, un peu de technique et des voitures ! Plus de 2000 voitures et 12 000 photos.
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