Cadillac Série 62 coupé 1964
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Cadillac Série 62 (1964) :
Le dernier chapitre d'un nom mythique
Le millésime 1963 avait marqué une évolution importante chez Cadillac. Sans révolution technique majeure, le style abandonnait une partie des excès de la fin des années cinquante pour adopter une élégance plus tendue et plus moderne.
Les immenses dérives héritées de la décennie précédente étaient encore présentes, mais réduites à de discrètes signatures stylistiques. Les flancs perdaient leurs sculptures compliquées et les lignes devenaient plus sobres. Le résultat était plus massif, plus statutaire et sans doute plus intemporel.
Dans cette gamme 1963, la Série 62 occupait toujours une place essentielle. Depuis la disparition de la Série 61 au début des années cinquante, elle constituait la porte d'entrée dans l'univers Cadillac : le modèle le plus abordable de la marque, sans jamais pouvoir être qualifié de modeste.
Elle partageait l'affiche avec les DeVille, mieux dotées, les luxueuses Fleetwood et les prestigieuses Eldorado.
En 1964, la hiérarchie Cadillac se présentait ainsi :
- Série 62, modèle d'accès ;
- DeVille, plus raffinée et mieux équipée ;
- Fleetwood Sixty Special et Fleetwood 75, destinées à une clientèle plus protocolaire ;
- Eldorado, vitrine du savoir-faire de la division.
La Série 62 représentait donc le premier échelon de la marque. Toutefois, le terme doit être relativisé. Une Cadillac d'entrée de gamme demeurait une automobile particulièrement coûteuse, richement équipée et destinée à une clientèle aisée.
Direction assistée, boîte automatique Hydra-Matic, freins assistés, vitres teintées, sellerie soignée : la dotation standard surpassait largement celle de nombreuses voitures de prestige européennes.
Après le profond restylage de 1963, Cadillac choisit la retenue.
Le millésime 1964 ne modifiait que discrètement la silhouette. La calandre adoptait une nouvelle forme en V plus affirmée, son dessin se prolongeant visuellement sur les ailes avant. Les feux de position et les clignotants étaient intégrés dans les extrémités de la grille.
À l'arrière, les ailerons poursuivaient leur lente disparition. Ils demeuraient présents, mais réduits à de fines lames chromées, comme un ultime hommage à une époque révolue. Il s'agissait d'ailleurs de la dix-septième année consécutive de présence des célèbres dérives Cadillac.
Sous le capot, le V8 gagnait en cylindrée avec le passage au 429 cubic inches (7 litres), renforçant encore la réputation de douceur et d'aisance des grandes Cadillac.
Autre innovation remarquable : l'apparition du système Comfort Control, une climatisation entièrement automatique permettant au conducteur de sélectionner simplement une température désirée grâce à une molette. Une première dans l'industrie automobile.
La Série 62 était proposée sous plusieurs carrosseries :
- coupé hardtop (sans montant central) ;
- berline quatre glaces ;
- berline six glaces.
Le cabriolet, traditionnellement associé à la Série 62, disparaissait toutefois de cette gamme pour 1964 au profit des versions supérieures, Deville et Eldorado. Cette évolution annonçait déjà une réorganisation plus profonde de l'offre Cadillac.
Les ventes s'établirent à un peu plus de 35 000 exemplaires, un niveau relativement modeste au regard des sommets atteints par la Série 62 dans les années cinquante.
Le millésime 1965 allait tourner une page.
Cadillac présentait une carrosserie entièrement nouvelle, plus longue, plus rectiligne, dotée notamment de projecteurs superposés verticalement qui allaient caractériser la marque durant plusieurs années.
Surtout, le nom Série 62, utilisé depuis près d'un quart de siècle, disparaissait définitivement.
Le modèle d'accès était alors baptisé Cadillac Calais. Le changement n'était pas seulement sémantique. Cadillac cherchait à moderniser son image et à substituer aux anciennes désignations numériques des appellations plus évocatrices et plus prestigieuses.
La Calais reprenait ainsi le rôle tenu jusque-là par la Série 62 : celui d'une Cadillac plus accessible que les DeVille, mais conservant l'essentiel du raffinement et du prestige attachés à l'écusson.
La Cadillac Série 62 de 1964 n'est donc pas seulement une belle américaine aux lignes équilibrées.
Elle représente l'aboutissement d'une longue évolution stylistique entamée après les extravagances des années cinquante. Elle est aussi la dernière héritière d'une appellation emblématique apparue en 1940.
À partir de 1965, Cadillac entrait dans une nouvelle ère. Mais, pour beaucoup d'amateurs, cette Série 62 de 1964 demeure l'une des plus séduisantes expressions du luxe américain classique : suffisamment imposante pour imposer le respect, suffisamment sobre pour traverser les décennies sans perdre de son élégance.