Bentley Mulsanne Turbo R (1985-1997)
(Caudebec-en-Caux, Seine-Maritime, octobre 2017)
Bentley Mulsanne Turbo R (1985-1997) :
la Bentley de la rupture
Avec la Mulsanne Turbo, Bentley a marqué les esprits. D'une part en sortant du rôle de pâle copie de Rolls-Royce, d'autre part en permettant à la Mulsanne d'afficher des valeurs dignes d'une sportive tout en restant une confortable et statutaire limousine.
Cependant, la Mulsanne Turbo restait campée sur ses suspensions Rolls-Royce, ce qui ne faisait d'elle ni une ballerine, ni une acrobate. C'est ainsi qu'au Salon de Genève 1985 apparaît la Turbo R, dont le R signifie « Roadholding », littéralement « tenue de route ».
Pour conférer un peu d'agilité et de répondant au comportement de la lourde limousine, les trains roulants ont été profondément revus. La géométrie des trains est entièrement retravaillée. Pour réduire les mouvements de roulis, les barres antiroulis voient leur diamètre augmenter de 60 % à l'avant et de 80 % à l'arrière. De nouveaux amortisseurs télescopiques viennent compléter l'ensemble tandis que la direction devient plus directe.
Ainsi configurée, le comportement de la Bentley est nettement mieux mis en valeur. Dans un premier temps, elle se reconnaît également à ses jantes en aluminium, une innovation chez Bentley.
En 1987, comme toutes les voitures du groupe, le carburateur est remplacé par l'injection électronique, ce qui permet également de rouvrir le marché américain. La puissance baisse alors légèrement sans que les performances en soient affectées. La puissance exacte ? C'est une voiture du groupe Rolls-Royce, elle est donc suffisante, sans qu'on en sache plus. Elle est estimée à environ 320 ch.
En 1995 intervient le premier véritable restylage du modèle, auquel appartiennent nos exemplaires. Les phares rectangulaires sont remplacés par quatre projecteurs ronds de taille identique, normes américaines obligent. Sous le capot, une nouvelle gestion électronique Zytek remplace l'injection Bosch tandis qu'une boîte automatique General Motors à quatre rapports succède enfin à l'ancienne transmission à trois vitesses. La Turbo R est alors capable d'atteindre près de 240 km/h en pointe et les relances sont encore plus énergiques.
La Bentley Turbo R devient rapidement le modèle emblématique de la marque et transforme profondément son image. Alors que Bentley ne représente plus que 5 à 6 % des ventes du groupe Rolls-Royce au début des années 1980, la Turbo R finit par assurer à elle seule près de la moitié des ventes du groupe.
Mieux encore, il devient parfois plus élégant de rouler en Bentley qu'en Rolls-Royce afin d'éviter l'ostentatoire Flying Lady, symbole pour certains d'un luxe devenu trop démonstratif.
Durant toute sa carrière, la Turbo R est proposée en deux empattements, court et long, correspondant respectivement aux Rolls-Royce Silver Spirit et Silver Spur.
La première génération, produite de 1985 à 1995, est assemblée à 5 864 exemplaires, dont 4 653 à empattement court et 1 211 à empattement long. La seconde génération, produite de 1995 à 1997 et à laquelle appartiennent nos modèles, trouve 1 633 acquéreurs. Pour la première fois, les versions à empattement long deviennent majoritaires.
Pour autant, l'histoire ne s'arrête pas en 1997. La Turbo R cède alors sa place à la Turbo RT, produite jusqu'en 1999. Parallèlement, la Continental R caracole en tête des ventes du groupe dans la catégorie des coupés. Entre-temps, Bentley prépare déjà l'avenir avec l'Arnage, dont le nom, comme celui de la Mulsanne, fait référence à l'un des virages du circuit des 24 Heures du Mans.
La carrière de la Turbo R s’achève dans une période encore relativement stable pour Bentley, mais l’équilibre du groupe Rolls-Royce est déjà fragilisé. En coulisses, les tensions montent autour du contrôle de la marque et de son avenir industriel.
Ce qui a commencé comme une rivalité feutrée entre constructeurs allemands va bientôt se transformer en une bataille ouverte entre Volkswagen et BMW pour la reprise de Rolls-Royce et Bentley. Une lutte d’influence, de capitaux et de prestige, qui dépassera largement le cadre technique pour devenir une affaire d’État industriel.
La Turbo R, elle, restera comme le dernier grand produit d’une époque où Bentley avançait encore sous l’ombre bienveillante, mais de plus en plus instable, de Rolls-Royce.
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(Cognac, Charente, septembre 2004)