Renault 21 Turbo BRI (1992-1995)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017
Renault 21 Turbo BRI (1992-1995)
À sa sortie en 1986, la Renault 21 n’a rien d’une machine à poursuites. Conçue pour remplacer progressivement les Renault 18 et 20, elle incarne avant tout la berline familiale moderne selon Billancourt : rationnelle, spacieuse et sans ostentation. Bref, une voiture pour pères de famille pressés — pas pour intercepter des contrevenants sur autoroute.
Pourtant, à la fin des années 1980, le contexte évolue. Les axes rapides se densifient, les vitesses moyennes augmentent, et les Brigades Rapides d’Intervention (BRI) de la Gendarmerie Nationale doivent disposer de montures capables de maintenir une présence dissuasive à haute vitesse. Les modèles alors en service commencent à accuser le poids des années face à des automobilistes toujours mieux motorisés.
C’est dans ce paysage que surgit la Renault 21 Turbo en 1987. Avec son deux-litres suralimenté et ses performances de premier plan pour une berline française de grande diffusion, elle attire rapidement l’attention des décideurs. Reste à savoir si cette familiale dopée peut réellement endosser l’uniforme bleu.
Bien avant la R21 Turbo, la Gendarmerie Nationale a compris qu’une présence crédible sur autoroute passe par des véhicules capables de voir — et d’être vus.
Créées à la fin des années 1960, les Brigades Rapides d’Intervention reçoivent dès l’origine des voitures françaises à hautes performances. La philosophie est constante : vitesse de pointe élevée, reprises franches, stabilité à très haute vitesse et image dissuasive. Le cocktail a pris et les montures emblématiques se succèdent. Et notamment :
- Alpine A110 — vive, mais vite dépassée sur autoroute en raison de moteurs à la puissance limitée
- Citroën SM — rapide et très stable mais coûteuse en carburant et en entretien
- Alpine A310 — plus moderne mais toujours typée coupé et manquant de puissance
- Citroën CX GTI — première vraie berline rapide de service, mais limitée par sa vitesse de pointe.
À la fin des années 1980, la tendance est claire : la Gendarmerie s’oriente vers des berlines performantes, plus polyvalentes que les coupés sportifs. La Renault 21 Turbo arrive exactement au bon moment.
Le choix de la R21 Turbo répond à un cahier des charges très concret.
Avec son 2.0 litres turbo donné pour 175 ch dans la configuration française utilisée par les BRI, la berline de Billancourt offre 227 km/h en pointe, des reprises solides, un 0 à 100 km/h en 7,4 secondes, et une bonne endurance à haute vitesse. C'est un niveau parfaitement compatible avec la mission autoroutière de l’époque.
Autre argument décisif : la Renault 21 est une voiture de grande série. Pour la Gendarmerie, cela signifie que les pièces seront abondantes, l'entretien aisé et pour un coût maîtrisé. C'est effectivement moins spectaculaire qu’un coupé Alpine, mais nettement plus pragmatique au quotidien.
La R21 Turbo combine les avantages d'un moteur avant transversal monté sur une traction avant qui offre une très bonne stabilité et un châssis sain à haute vitesse. Elle a l'avantage d'être une berline et donc de disposer d'une habitabilité correcte, comparable à celle de la CX qu'elle remplace mais avec des performances plus proche de la SM ou de l'A310.
Un compromis cohérent avec l’évolution des missions des BRI à la fin des années 80.
Au début des années 1990 — notamment en 1992 pour l’exemplaire présenté — la Renault 21 Turbo équipe plusieurs unités rapides.
Les versions BRI se distinguent par :
- sérigraphie Gendarmerie
- rampe lumineuse de pavillon
- radio embarquée
- téléphone de voiture (rare en 1992)
- un ordinateur portable installé face au passager
La base mécanique reste volontairement proche de la série, signe de confiance dans la robustesse du modèle.
Sur le terrain, la Renault 21 Turbo remplit sérieusement son rôle. Les personnels apprécient sa vitesse de pointe crédible qui permet de soutenir la cadence face aux BMW et autres berlines rapides et même bon nombre de coupés. Sa stabilité en ligne droite, ses reprises efficaces et son coût d’exploitation raisonnable lui permettent d'assurer correctement la mission principale : maintenir une présence dissuasive sur autoroute.
Comme beaucoup de tractions puissantes de l’époque, la motricité perfectible sur sol dégradé et évidement elle n'a pas un caractère aussi exclusif que les anciennes Alpine. Mais dans l’ensemble, le compromis est jugé cohérent pour un usage professionnel.
Construite à 33 exemplaires seulement, la Renault 21 Turbo BRI confirme le basculement de la Gendarmerie vers des berlines rapides polyvalentes, plus rationnelles à exploiter tout en restant crédibles à haute vitesse.
Discrète à sa naissance, respectée en service et aujourd’hui recherchée par les amateurs, elle occupe une place singulière dans le patrimoine automobile français. Elle sera remplacée par la Peugeot 405 T16 en 1995. On retrouvera Renault avec la Mégane III RS en 2011 qui succède à l’inénarrable Subaru Impreza. Depuis, c'est l'Alpine A110 S qui a repris du service avec autorité.