Chenard & Walcker Z5 Berline Weyman 1928
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🚗 Chenard & Walcker Z5 Berline Weymann
La petite bourgeoise à structure souple
Fondée en 1899 à Gennevilliers, Chenard & Walcker fait partie des constructeurs français qui ont compté dans l’entre-deux-guerres. Premier vainqueur des 24 Heures du Mans en 1923, le constructeur jouit alors d’une solide réputation technique.
Mais à partir du milieu des années 1920, le paysage automobile change brutalement. La production de masse initiée par Citroën et Ford impose des prix serrés et une industrialisation que les constructeurs traditionnels peinent à suivre.
C’est dans ce contexte que la Z5 apparaît en 1927. Elle succède à la Z2 et vise clairement le segment populaire des 7 CV fiscaux.
La Z5 reprend une base mécanique éprouvée, dérivée du moteur 10 CV dont la course a été réduite pour obtenir la fiscalité 7 CV. Le résultat : un ensemble robuste, économique et bien adapté à une clientèle bourgeoise prudente.
Face à une concurrence féroce, Chenard & Walcker mise sur une boîte 4 vitesses, encore rare à ce niveau, un allumage 12 volts moderne, un châssis relativement léger plusieurs carrosseries au catalogue dont un Torpedo.
Malgré ces qualités, la Z5 reste positionnée à un tarif jugé élevé face aux rivales populaires.
La version berline Weymann (dite « conduite intérieure ») illustre parfaitement les tendances de la fin des années 1920.
La carrosserie Weymann repose sur une ossature en bois recouverte de toile tendue assemblée sans panneaux métalliques rigides
Les objectifs sont la réduction du poids, la suppression des grincements et un meilleur confort acoustique.
Sur la Z5, cette technique s’accorde bien avec le positionnement bourgeois mais mesuré du modèle.
Même en entrée de gamme, la Z5 soigne sa présentation : il y a une malle arrière amovible sur glissières, des serrures de sûreté intérieures grâce à un habitacle fermé qui comporte 4 places.
Des attentions qui montrent que Chenard & Walcker vise une clientèle respectable plutôt que purement populaire.
Sous le capot, pas d’exotisme — mais du sérieux. C'est un moteur des plus classiques, un quatre-cylindres à soupapes latérales de 1286 cm3 qui délivre la puissance honnête de 23 ch ! La boite à 4 rapports (non synchronisés) est sans doute la seule originalité mécanique à une époque où la boite à trois rapports est la norme.
Tout le reste est conventionnel, du châssis séparé aux trains roulants jusqu'aux lames semi-elliptiques.
Rien de spectaculaire, mais une prestation cohérente pour la catégorie.
Malgré ses qualités, la Z5 arrive au mauvais moment.
À la fin des années 1920 Citroën produit 100 voitures par jour alors que Chenard & Walcker plafonne à 300 voitures par mois !
L’écart industriel devient abyssal.
La Z5 symbolise ainsi la difficulté des constructeurs traditionnels face à la production de masse. La marque survivra encore quelques années, avant de passer sous le contrôle de Chausson en 1936.
Aujourd’hui, la Chenard & Walcker Z5 berline Weymann incarne une automobile française de transition, en même temps que le chant du cygne des carrosseries souples. C'est aussi le symbole de la lutte des constructeurs indépendants contre l’industrialisation qui donnera raison aux derniers.
Elle n’a ni l’aura sportive des modèles du Mans, ni la diffusion des Citroën populaires — mais elle raconte, avec pudeur, le moment précis où l’automobile change d’ère. Et à bien regarder, c’est souvent là que l’histoire devient la plus intéressante.
- 4 cylindres en ligne
- 1 286 cm³
- soupapes latérales
- environ 23 ch à 2 600 tr/min
- carburateur Zenith
- propulsion
- boîte manuelle 4 rapports non synchronisés
- essieux rigides avant/arrière
- ressorts à lames semi-elliptiques
- freins à tambour commandés par câble
- vitesse maximale : ~80 km/h
- poids : environ 1 200 kg