Talbot-Matra Rancho X (1979-1983)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Talbot-Matra Rancho X
Le changement d’appellation de Matra-Simca en Talbot-Matra en juillet 1979 ne se limite pas à une simple évolution de badges. Il marque une phase de normalisation industrielle, dans le contexte de la reprise de Simca par PSA et de la relance de la marque Talbot.
Pour le Rancho, cela se traduit par un glissement discret mais significatif : d’un modèle unique, fortement typé, elle devient un produit structuré au sein d’une gamme clairement définie.
Jusqu’alors pensée comme une proposition singulière — presque expérimentale — le Rancho s’inscrit désormais dans une logique plus classique, articulée autour de trois versions distinctes : AS, X et Grand Raid. Il ne s’agit pas d’une hiérarchie technique, la base mécanique restant identique, mais bien d’un découpage par usages et par niveaux de présentation.
Au sein de cette nouvelle organisation, le Rancho X occupe une position centrale. La version de base du Rancho est encore disponible mais PSA propose désormais plusieurs déclinaisons. L'AS est une variante à deux places destinées aux entreprises et qui profitent d'une TVA normale à 18,6 % (à l'époque, les voitures sont taxées à 33 % !). Le Rancho GR est foncièrement orientée tout-chemin et est équipé d'un treuil, de pneus et de jantes tout-terrain, un différentiel à glissement limité, et même une roue de secours supplémentaire. Enfin, le Rancho est aussi disponible en version découvrable.
Le Rancho X est plus civilisé, plus "citadin". Pas de treuil ou de renfort de bas de caisse, mais plus d'équipements de confort. Il reçoit le tableau de bord de la Simca 1100 TI à six cadrans dont un compte-tour et un voltmètre.
De série, la X reçoit toutes les vitres teintées, une sellerie en tweed, puis en velours à partir de l’année modèle 1982, des tapis brosse à l’avant comme à l’arrière, des vide-poches dans les portières, des jantes alliage et une peinture métallisée.
L’offre d’options confirme ce positionnement rationnel, orienté vers l’usage réel plutôt que le discours d’aventure, avec notamment les projecteurs orientables, le crochet d’attelage et les barres de toit. A partir du millésime 1981 (juillet 1980), il est possible d'obtenir une seconde banquette arrière dissimulée dans le plancher qui permet de s'asseoir vers l'arrière.
Pour le millésime 1982 (juillet 1981), les versions Grand Raid et découvrables sont stoppées faute de demande.
Ni version d’accès, ni série vitrine, la Rancho X apparaît ainsi comme la déclinaison la plus aboutie du concept initial : une voiture de loisirs polyvalente, pensée pour un usage quotidien, débarrassée des artifices mais sans renoncer à une présentation valorisante.
Avec la structuration de la gamme sous l’appellation Talbot-Matra, la Rancho atteint une forme de maturité industrielle. La version X, en particulier, synthétise le projet initial en le débarrassant de ses excès comme de ses ambiguïtés : une voiture de loisirs pensée pour l’usage réel, et non pour la démonstration.
Cette clarification du concept Rancho s’inscrit dans une trajectoire plus large, portée notamment par Philippe Guédon. Les intuitions à l’œuvre — lecture des usages, priorité donnée à l’espace et à la polyvalence — annoncent, quelques années plus tard, l’Espace. Entre-temps, la séparation de Matra avec PSA et le rapprochement avec Renault offriront à ces idées un cadre industriel plus en phase avec leur ambition. Si le Rancho X n’en est pas l’aboutissement, elle en constitue néanmoins l’un des jalons les plus cohérents.
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