Delahaye Type 87 Autopompe (1925)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Delahaye type 87 Autopompe légère (1925)
Une machine simple, sérieuse, conçue pour équiper efficacement les petites brigades françaises.
La Première Guerre mondiale a profondément bouleversé l’industrie automobile française. Comme ses concurrents, Delahaye a été mobilisé pour l’effort de guerre : fabrication de véhicules militaires, moteurs d’aviation, matériel divers… À l’armistice, la marque doit retrouver une activité civile cohérente, retrouver ses clients, et réorganiser sa production.
Les années 1920 marquent donc une période de repositionnement. Delahaye revient à ses fondamentaux : d'un côté tenter de fabriquer des voitures robustes et raffinées et de l'autre construire des châssis robustes, fiables, destinés aux artisans, aux municipalités et aux services publics. Le marché est preneur : la France doit se rééquiper, moderniser ses infrastructures, et les communes recherchent du matériel simple et abordable.
Le type 87, lancé en 1923, est un utilitaire léger conçu pour emporter une charge utile de 500 kg. Son châssis fait appel à une architecture classique mais éprouvée : deux longerons associés à des traverses en tôle emboutie, permettant un bon compromis entre rigidité et coût de fabrication.
Sur cette base est développée la version AP (Autopompe) en 1924. Delahaye fournit le cœur mécanique et la pompe, tandis que la carrosserie pompier est confiée à des ateliers spécialisés. L’exemplaire présenté ici a été habillé par les Établissements Reufflet, installés à Montrouge, connus pour leurs carrosseries utilitaires solides et bien finies.
La mécanique repose sur un 4-cylindres de 1843 cm³. C’est un moteur robuste, apprécié pour sa constance plus que pour sa vigueur. La vitesse maximale ne dépasse pas les 40 km/h, mais la vocation du véhicule n’est évidemment pas la performance routière.
La pompe Delahaye, entraînée mécaniquement, assure le débit nécessaire aux interventions locales. L’agencement reste simple : rangements pour tuyaux, outillage, raccords, une échelle courte, et une remorque attelée suivant les besoins de la brigade.
À bord, le véhicule peut embarquer six pompiers, ce qui en fait un outil complet pour une petite équipe villageoise.
Détail typique de l’époque : l’embrayage à cône garni de cuir, simple mais efficace, demandant un usage précis et un entretien régulier.
Ce type 87 AP sert aux interventions courantes : feux domestiques, incendies d’ateliers ou de granges, sinistres ruraux. Ses atouts sont simples mais décisifs : mise en route rapide, gabarit compact, consommation modérée et mécanique tolérante.
Le véhicule permet d’acheminer à la fois une équipe complète, la pompe et le matériel de base. Pour une petite commune, c’est un progrès immense : l’autonomie, à un coût raisonnable.
L’ensemble châssis-moteur-pompe est facile à entretenir : pièces simples, mécanique accessible, et une robustesse naturelle propre aux utilitaires Delahaye.
Comme beaucoup de matériels municipaux, les Delahaye 87 AP ont été utilisées jusqu’à l’usure, puis reconverties, cannibalisées ou simplement abandonnées. Les exemplaires survivants sont rares, souvent restaurés par des passionnés de matériel pompier ou conservés dans quelques collections publiques.
La restauration exige du soin : refaire les boiseries spécifiques, retrouver les accessoires d’époque, remettre en état la pompe Delahaye ou la sellerie des sièges. Mais le résultat raconte toujours quelque chose : la vie d’une commune, le travail humble d’une petite brigade, et la manière dont on s’organisait avant la professionnalisation moderne du secours.
L'exemplaire présenté appartient au Musée des Sapeurs Pompiers de France à Montville (Seine-Maritime).