Autobianchi Primula Coupé S (1968-1970)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Autobianchi Primula Coupé S :
l’Italienne trop en avance pour Fiat
Dans les années 1960, Fiat règne en maître sur le marché italien, mais reste fidèle à une architecture technique conservatrice : moteur longitudinal avant, propulsion arrière. Cette tradition est aussi un héritage d’une expérience douloureuse.
En 1931, lors d’un test de la première Fiat 500 prototype — un projet visionnaire de petite voiture à traction avant — Giovanni Lardone et Gianni Agnelli eux-mêmes conduisent le véhicule. Mais la voiture prend feu dans une côte, à cause d’une fuite d’essence. Cet accident entraîne la fin immédiate du projet, la proscription de la traction avant chez Fiat, et le licenciement de Lardone. Ce traumatisme va retarder l’adoption de la traction avant pendant plus de trente ans.
Créée en 1955 à partir d’un partenariat entre Fiat, Pirelli et Bianchi, Autobianchi devient un terrain d’essai pour des solutions innovantes, loin des projecteurs de la marque mère. C'est ainsi que naît l'amusante Bianchina ou sa sympathique version cabriolet Eden Roc.
En 1964, Autobianchi lance la Primula, compacte novatrice à traction avant avec moteur transversal et boîte de vitesses en prise latérale. Cette configuration technique révolutionnaire pour l’époque, va préfigurer l’architecture dominante des voitures européennes modernes.
La Primula est proposée en berline 2 et 4 portes, break, puis coupé. Malgré son innovation technique, la carrosserie reste sobre et conservatrice, avec une ligne classique et peu spectaculaire.
Mais sous cette apparente discrétion se cache une révolution mécanique. Pour la première fois chez Fiat, la Primula adopte une architecture à moteur transversal avec boîte de vitesses accolée, une traction avant, des freins à disque à l’avant et une carrosserie monocoque. Ce schéma technique bientôt appelée "disposition Giacosa" du nom de son inventeur, deviendra la norme des décennies suivantes et tranche radicalement avec les habitudes du constructeur turinois, encore très attaché à la propulsion, aux essieux rigides et à une conception plus traditionnelle.
L’ensemble est si innovant que Fiat préfère jouer la prudence : la voiture ne portera pas son nom, mais celui d’Autobianchi, marque satellite née en 1955 du partenariat entre Fiat, Pirelli et Bianchi. Ce choix stratégique permet à Fiat de tester ces solutions avant-gardistes sans risquer de compromettre son image auprès de la clientèle traditionnelle. Fiat préfèrera commercialiser dans le même temps la Fiat 124, bien plus conventionnelle.
Entre 1968 et 1970, Autobianchi produit la Primula Coupé S (notre modèle), une version plus élégante et sportive, destinée à une clientèle urbaine et désireuse de style. Cette déclinaison vise à donner un éclat supplémentaire à la gamme Primula, avec un positionnement semi-premium.
Le Coupé S doit son style à Bertone, maître du design italien. Sa silhouette se distingue par un hayon intégré, une ligne tendue, un décroché latéral caractéristique et une posture compacte et agile. Pour loger un moteur plus sportif, la calandre a été avancée. L'arrière est transformé, avec une pente plus douce et des feux carrés.
À l’intérieur, on trouve une ambiance plus sportive que la berline : compte-tours, volant spécifique, sellerie et garnitures adaptées. La voiture offre un look à la fois sérieux et élégant, à la croisée d’influences européennes.
Le Coupé S est produit avec un moteur de 1438 cm³ développant 75 ch à 5600 tr/min emprunté à la la Fiat 124 Special, mais partagé aussi avec la Sport Spider ou la Sport Coupé, mais dépourvus de leur culasse double arbre à cames et monté avec un carburateur plus sage.
Cette dernière motorisation, associée à une boîte 4 rapports synchronisés et à la traction avant, permet à la voiture d’atteindre 155 km/h, une vitesse respectable pour l’époque et la catégorie.
La suspension avant est indépendante avec bras oscillants et barre stabilisatrice, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide, solution courante mais efficace. Les freins sont des disques aux quatre roues, ce qui est remarquable dans cette catégorie, que seule la Renault 8 propose à l'époque.
Malgré son indéniable qualité et son avance technique, la Primula Coupé S n’a jamais percé commercialement. Son prix élevé, la faible notoriété d’Autobianchi, et la prudence des réseaux Fiat en ont limité la diffusion.
Elle restait à l’ombre de modèles mieux implantés comme la Fiat 850 Sport Coupé ou la Simca 1000 Coupé.
Pourtant, la Primula Coupé S incarne une rupture majeure : design à hayon intégré, architecture technique moderne, usage de freins à disque sur toutes les roues. Cette voiture a ouvert la voie à toute la génération suivante de compactes italiennes (Fiat 127, Ritmo, Uno).
Elle était un laboratoire roulant, annonciateur des innovations futures du groupe Fiat, sans en porter le nom.
La production totale de la Primula s’élève à un peu moins de 75 000 exemplaires, tous modèles confondus. Le Coupé S, quant à lui, n’a été fabriqué qu’à environ 1 100 unités. Une diffusion confidentielle qui en fait aujourd’hui un véritable collector. Pendant ce temps-là Fiat remporte un succès considérable avec la 124 qui sera vendue à des millions d'exemplaires.
En France, c’est grâce au réseau Chardonnet, importateur historique des marques du groupe Fiat, qu’environ 15 000 Primula — tous modèles confondus — ont trouvé preneur. Ce succès discret mais réel a contribué à donner à Autobianchi une image de marque innovante et raffinée auprès d’une clientèle exigeante.
Aujourd’hui, la Primula Coupé S reste une rareté très recherchée des collectionneurs éclairés. Sa complexité technique, la difficulté à trouver des pièces, et son histoire discrète en font un joyau caché.
Elle représente à la fois le respect des traditions italiennes et l’ouverture vers une modernité qui allait transformer l’automobile européenne.
Elle est remplacée en 1969 par l'A111 qui n'aura pas plus de succès.
Pour en savoir plus : Club AutoBianchi
FICHE TECHNIQUE :
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Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
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Bloc : fonte
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Culasse : aluminium
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Emplacement : transversal, avant
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Puissance fiscale : NC
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Cylindrée : 1 438 cm3
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Alésage x course : 80,0 x 71,5 mm
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Taux de compression : 9,3 :1
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Vilebrequin : 5 paliers
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Puissance maximale : 75 ch DIN à 5 500 tr/min
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Couple maximal : 12 mkg à 2 800 tr/min
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Distribution : arbre à cames latéral, soupapes en tête, culbuteurs
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Nombre de soupapes : 8
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Alimentation : carburateur Weber double corps
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Type de transmission : traction
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Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports
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Direction : à crémaillère
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Diamètre de braquage : 10,2 m
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Châssis : monocoque acier
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Suspension avant : roues indépendantes, ressorts à lames transversales
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Suspension arrière : bras tirés, ressorts à lames transversales
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Longueur : 3 715 mm
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Largeur : 1 580 mm
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Hauteur : 1 350 mm
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Empattement : 2 300 mm
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Voie avant : 1 340 mm
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Voie arrière : 1 300 mm
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Garde au sol : 120 mm
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Pneus avant : 145 SR 13
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Pneus arrière : 145 SR 13
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Freins avant : disques (226 mm)
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Freins arrière : disques (226 mm)
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Vitesse maximale : 155 km/h
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1000 m D.A. : 35,1 s
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Capacité du réservoir : 39 litres
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Consommation à 90 km/h : ~6,8 l/100 km
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Consommation à 120 km/h : ~ 8,4 l/100 km
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Consommation en cycle urbain : ~ 9,8 l/100 km
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Volume du coffre : 300 litres (environ)
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Cx : NC
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Poids à vide : 860 kg