Mercedes 280 SL (1967-1971)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Mercedes 280 SL « Pagode »
(1968–1971)
Relayée en novembre 1966 par la 250 SL, la 230 SL « Pagode » tire sa révérence dès janvier 1967. Quelques mois plus tard, en novembre, Mercedes introduit la 280 SL : même silhouette, mais un moteur plus généreux, issu de la 280 SE W108.
Le six-cylindres en ligne 2.8 reçoit quelques réglages spécifiques et grimpe à 170 ch SAE, soit 10 de plus que dans la berline. La vitesse de pointe reste plafonnée à 200 km/h, mais c’est en accélérations et en reprises que le bond en avant est notable. Avec 24,5 mkg de couple à 4500 tr/min, les relances sont solides, soutenues par la sonorité feutrée mais bien présente du « six-en-ligne » Mercedes.
Il ne s’agit pourtant pas d’une sportive. À 1415 kg, la 280 SL reste un cabriolet cossu, malgré l’usage d’aluminium pour les ouvrants. La suspension conserve un confort typiquement Mercedes, et la direction, toujours non assistée, impose un effort physique : 4,1 tours de volant, sans point milieu, via un système à recirculation de billes. Sur autoroute, il mieux vaut garder les deux mains sur le volant.
Le train arrière à essieu oscillant, avec compensateur hydraulique, reste fidèle à la tradition maison. Le train avant, lui, est bien guidé. En courbe, le roulis reste marqué, ce qui incite à une conduite coulée plutôt qu'à l’attaque. L’environnement idéal ? Les longues nationales, les corniches dégagées, les itinéraires élégants. Cap sur Deauville, puis balade jusqu’aux criques de la côte d’Azur ou sur les corniches de bord de mer à un train de sénateur.
La 280 SL a été proposée avec trois transmissions différentes :
-
une boîte manuelle à 4 rapports, classique et robuste,
-
une boîte automatique à 4 rapports, souple et bien adaptée à la clientèle américaine,
-
et, plus rare, une boîte manuelle ZF à 5 rapports, facturée en option.
Cette dernière transforme la Pagode en une vraie machine à plaisir. Bien étagée, d’origine sportive, elle permet de tirer pleinement parti du moteur, tout en offrant une précision supérieure. Sa commande un peu plus ferme la réservait aux connaisseurs, mais elle donne à la voiture une personnalité plus affûtée, plus complice.
La version manuelle 4 rapports, plus répandue en Europe, permet déjà un vrai engagement dans la conduite. La boîte est agréable, le guidage net, et le plaisir mécanique bien présent. Ici, on conduit avec les jambes et les bras, pas seulement avec le mollet droit. La voiture révèle une vigueur que la boîte automatique, aussi compétente soit-elle, laisse souvent en sourdine.
Du côté des USA, la majorité des clients ont opté pour la boîte automatique. Sur les 23 885 exemplaires de 280 SL produits, 12 927 ont traversé l’Atlantique. Pare-chocs à butoirs, phares scellés, suspensions rehaussées et réglages spécifiques distinguaient ces modèles export. Le rapport de pont, souvent plus court, permettait de compenser la souplesse de l’automatique.
Celle-ci, dotée d’un coupleur hydraulique (et non d’un convertisseur), limitait le patinage et autorisait des rétrogradages efficaces, notamment grâce au double kickdown. Mais elle privilégiait une conduite « à l’américaine », douce et détachée, là où la version manuelle cultivait un tout autre esprit : plus connecté, plus vivant, plus fidèle à l’ADN originel du modèle.
Techniquement, la 280 SL représente le sommet de maturité de la R113. Elle reprend les améliorations de la 250 SL (freins arrière à disques, réservoir agrandi à 82 litres) tout en y ajoutant un moteur plus coupleux, une meilleure souplesse d’utilisation, et une fiabilité accrue. Elle conserve une présentation quasiment inchangée depuis la 230 SL, avec des différences mineures : les modèles produits après février 1970 se reconnaissent à leurs clignotants arrière orange (et non rouges), tandis que le feu de recul devient gris au lieu d’orange.
De 1963 à 1971, 48 912 Pagode ont été produites, toutes versions confondues. La 280 SL, plus aboutie et plus équilibrée, représente près de la moitié des exemplaires, avec 23 885 unités. Elle est remplacée en 1971 par la R107, plus lourde, plus moderne, et motorisée d’emblée par un V8 3.5 litres (350 SL). La 280 SL « nouvelle formule » (R107) n’apparaît qu’en 1974, avec un tout autre tempérament.
Aujourd’hui, la 280 SL boîte manuelle est particulièrement recherchée : plus rare, plus vivante, plus fidèle à l’esprit GT européen, elle séduit les amateurs de conduite authentique. On la croise parfois dans les ventes aux enchères prestigieuses, souvent restaurée à grand frais, mais toujours aussi désirable. Elle incarne à sa manière une époque révolue, où l’élégance n’était jamais tape-à-l’œil, et où le plaisir mécanique avait encore droit de cité.
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
FICHE TECHNIQUE – Mercedes 280 SL R113
Type du moteur : 6 cylindres en ligne, essence
Bloc : fonte
Culasse : alliage léger
Emplacement : longitudinal, avant
Puissance fiscale : 15 CV
Cylindrée : 2778 cm³
Alésage x course : 86,5 x 78,8 mm
Taux de compression : 9.5:1
Vilebrequin : 7 paliers
Puissance maximale : 170 ch à 5750 tr/min
Couple maximal : 24,5 mkg à 4500 tr/min
Distribution : arbre à cames en tête, chaîne
Nombre de soupapes : 12
Alimentation : injection mécanique Bosch
Type de transmission : propulsion
Boîte de vitesses : manuelle à 4 rapports
Direction : à recirculation de billes, (4,1 tours)
Diamètre de braquage : environ 11 m
Suspension avant : roues indépendantes, double triangles, barre anti-roulis, ressorts hélicoïdaux
Suspension arrière : essieu semi-rigide, bras radiaux, ressorts hélicoïdaux
Longueur : 428,5 cm
Largeur : 176 cm
Hauteur : 132 cm
Empattement : 240 cm
Voie avant : 148,4 cm
Voie arrière : 148,5 cm
Pneus avant : 185 HR 14
Pneus arrière : 185 HR 14
Freins avant : disques ventilés (273 mm)
Freins arrière : disques pleins (279 mm)
Vitesse maximale : 200 km/h
0 à 100 km/h : 10 s
1000 m D.A. : 31 s
Capacité du réservoir : 82 litres
Consommation moyenne : 15 l/100 km
Poids à vide : 1415 kg