Jaguar XJ 5.3 C (1974-1978)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Jaguar XJ 5.3 C (1974-1978)
Au début des années 70, le segment des coupés de grand tourisme est en pleine ébullition. Partout dans le monde, les constructeurs affûtent leurs armes pour séduire une clientèle exigeante, mêlant goût du luxe, de la performance et du style. En Allemagne, Mercedes-Benz impose sa 280 SE Coupé (puis la 450 SLC), sobre et efficace, tandis que BMW fait sensation avec son élégant coupé E9 (3.0 CS puis 3.0 CSi), incisif et racé. En Italie, l’offre est pléthorique et flamboyante : Ferrari 365 GT 2+2, Maserati Bora, Iso Grifo, ou encore les Monteverdi pour les amateurs de raretés helvético-exotiques. De l’autre côté de l’Atlantique, Cadillac Eldorado et Lincoln Continental Mark IV misent sur le confort absolu, les dimensions pantagruéliques et le chrome à profusion, sans trop se soucier de dynamisme.
Face à ce panorama, Jaguar fait figure d’aristocrate à part. Avec sa berline XJ, lancée en 1968, elle a déjà imposé une vision britannique du haut de gamme : ligne sobre, confort ouaté, tenue de route exemplaire. Mais il lui manque encore un véritable coupé à deux portes, une GT digne de ce nom pour prendre la relève, avec plus d'élégance que de brutalité, et une noblesse mécanique assumée. Ce sera la XJ Coupé, version racée et confidentielle de la XJ, conçue pour faire le lien entre la légende de la Type E et la modernité à venir.
Mais une question se pose rapidement : comment assurer la relève de la Type E, en fin de carrière ? Jaguar n’a plus de véritable GT dans sa gamme. Le projet XJ-S, en cours de développement, vise une clientèle plus moderne, moins traditionaliste. William Lyons, encore à la tête de la marque, veut compléter l’offre avec une proposition plus classique : un coupé dérivé de la berline XJ, à deux portes, sans montant central, pour incarner la tradition du grand tourisme à l’anglaise.
Présentée en 1973, la XJ Coupé (XJ-C) se distingue par son élégance immédiate. Basée sur la berline XJ en empattement court (SWB), elle s’en différencie par l’absence de montant central (ce qui implique des vitres latérales totalement dégagées une fois ouvertes), une ligne de toit abaissée et un traitement plus sportif. Les portes sont conçues à partir de deux portes de série soudées entre elles pour les rallonger. La suppression du toit pose quelques petits problèmes qui conduisent la peinture à se craqueler. Alors pour cacher la misère, on l'a habillée de vinyle.
Disponible en version six cylindres (4.2 litres : XJ 4.2 C) ou V12 (5.3 litres, notre modèle), elle conserve la même base mécanique que les berlines, mais vise un public plus exclusif. Elles sont parfois aussi désignées sous les noms XJ6C et XJ12C.
La production ne démarre toutefois qu’en 1975, soit deux ans après la présentation, en raison de problèmes d’étanchéité au niveau des vitres sans encadrement. Ce retard, conjugué à un contexte économique compliqué, impactera lourdement la carrière commerciale du modèle.
Car entre-temps, le choc pétrolier de 1973 a profondément changé les priorités. La perspective de rouler dans un V12 de plus de cinq litres n’a plus la même saveur. Les gouvernements imposent des limitations de vitesse, les taxes augmentent, le prix des carburants s’envole. Le monde découvre la fin de l’essence bon marché. Le V12 devient symbole d’un luxe devenu presque indécent.
Le timing de la XJ-C, en particulier de la version 5.3 V12, ne pouvait pas être plus malheureux. Jaguar présente ce modèle luxueux, glouton, sans souci apparent du rendement énergétique... au moment précis où le monde découvre que le pétrole n’est pas inépuisable. Résultat : malgré une élégance indéniable et un charme intemporel, le modèle est perçu comme un anachronisme roulant.
Cela n’empêche pas Jaguar de défendre son choix : le V12 est un manifeste. Une manière de rappeler que l’excellence mécanique ne doit pas céder à la panique. Une manière, aussi, d’opposer au triomphe de la rationalité germanique une certaine idée du raffinement aristocratique.
Le moteur V12 Jaguar, dérivé du projet XJ13 de course destiné aux 24 Heures du Mans dans les années 60, est une œuvre d’orfèvrerie. Si le projet n'a pas abouti il en est resté un moteur d’une rare onctuosité qui brille par sa souplesse, sa linéarité et son silence de fonctionnement. Développant environ 285 chevaux dans sa version d’origine (nettement moins avec les normes US), il n’a rien à envier aux moteurs italiens sur le plan de la noblesse mécanique — mais dans un registre plus feutré, moins démonstratif.
Sur route, le V12 donne à la XJ-C des performances très honorables pour l’époque : un 0 à 100 km/h en moins de 8 secondes, une vitesse de pointe flirtant avec les 230 km/h, le tout dans un silence impressionnant. À l’inverse d’une Maserati plus nerveuse ou d’une Mercedes 450 SLC plus rigide, la Jaguar privilégie l’effort sans effort, cette sensation d’être porté plutôt que tiré.
Mais le revers de la médaille est connu : une consommation gargantuesque. En usage normal, on dépasse facilement les 20 litres aux 100 km, et on flirte avec les 30 litres en conduite soutenue. Un détail qui, après 1973, n’en est plus un.
Sur la route, la XJ 5.3 C se distingue par une homogénéité rare. Son châssis, issu de la berline XJ, offre une combinaison étonnante de confort, de tenue de route et de sérénité à haute vitesse. Bien sûr, le poids et la direction assistée filtrée imposent une conduite coulée, mais le potentiel dynamique est réel. Sur autoroute, elle enterre sans effort une Mercedes 280 CE ou une BMW 3.0 CS en matière de silence et de stabilité.
L’anecdote la plus savoureuse reste celle impliquant John Steed, personnage iconique de la série Chapeau Melon et Bottes de Cuir, interprété par Patrick Macnee. Lors d’un épisode, Steed prend le volant d’une XJ-C V12, vêtu de son éternel costume trois pièces, et entame une poursuite sur circuit contre une monoplace. Contre toute attente, il la rattrape dans les virages, démontrant que sous ses airs de clubman suranné, le coupé Jaguar peut se montrer redoutablement efficace. La scène est irréaliste, certes, mais elle condense à merveille l’image que Jaguar voulait projeter : le flegme britannique allié à des capacités bien réelles, le tout servi dans une élégance à l’ancienne.
La Jaguar XJ 5.3 C est à la croisée des chemins : à la fois héritière de la Type E, sœur noble de la XJ berline, et précurseur de la XJ-S. Née au mauvais moment, pénalisée par le contexte pétrolier et les retards de mise au point, elle n’aura connu qu’une carrière courte qui se termine en novembre 1977 et les dernières voitures sont vendues dans le courant de l'année 1978.
Elle a été produite à environ 10 426 exemplaires toutes versions confondues, dont une minorité en V12 (1825 exemplaires) et quelques Daimler. Mais son charme reste intact. Elle incarne une époque, un art de vivre, et une certaine idée du grand tourisme : celle où l’on traversait l’Europe en costard, à vive allure, dans un fauteuil en cuir filant à 220 km/h.
🔹 Type du moteur : V12 à 60°, essence
🔹 Bloc : Alliage léger
🔹 Culasse : Alliage léger
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 35 CV
🔹 Cylindrée : 5 343 cm³
🔹 Alésage x course : 90 x 70 mm
🔹 Taux de compression : 9:1 (environ, peut varier selon marché)
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : 285 ch DIN à 5 750 tr/min (env. 265 ch SAE aux États-Unis)
🔹 Couple maximal : Environ 42 mkg à 3 500 tr/min
🔹 Distribution : Double arbre à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 24
🔹 Alimentation : injection Lucas (USA)
🔹 Type de transmission : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Automatique Borg-Warner à 3 rapports ou boîte manuelle 4 rapports (très rare)
🔹 Direction : a crémaillère, assistée
🔹 Diamètre de braquage : Environ 11,3 m
🔹 Suspension avant : Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux, barre antiroulis
🔹 Suspension arrière : Indépendante, quadrilatéraux, 2 amortisseurs par roue, ressorts hélicoïdaux,
🔹 Longueur : 4 870 mm
🔹 Largeur : 1 794 mm
🔹 Hauteur : 1 372 mm
🔹 Empattement : 2 769 mm
🔹 Voie avant : 1 474 mm
🔹 Voie arrière : 1 448 mm
🔹 Garde au sol : Environ 140 mm
🔹 Pneus avant : 205/70 VR15
🔹 Pneus arrière : 205/70 VR15
🔹 Freins avant : Disques ventilés
🔹 Freins arrière : Disques pleins (in-board)
🔹 Vitesse maximale : Environ 230 km/h
🔹 0 à 100 km/h : Environ 7,8 s
🔹 400 m D.A. : Environ 15,5 s
🔹 1000 m D.A. : Environ 28,5 s
🔹 Capacité du réservoir : 84 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : Environ 13-14 L/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : Environ 17-18 L/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : 22 à 28 L/100 km selon conduite
🔹 Volume du coffre : Environ 430 litres
🔹 Poids à vide : Environ 1 850 kg