Chevrolet Caprice Sport Sedan 1968
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Chevrolet Caprice Sport Sedan 1968
L’Amérique des années 60 a sa propre idée du raffinement automobile. Pas d’orfèvrerie européenne, pas de sportivité italienne, mais de l’espace, du chrome, du silence et de la puissance à bas régime. Dans cette logique de confort souverain, Chevrolet tient son haut de gamme : la Caprice. Une voiture qu’on ne regarde pas pour ses performances ni pour ses lignes audacieuses, mais pour ce qu’elle incarne : le standing sans ostentation, la réussite tranquille, la grande routière pour les pères de famille des banlieues bien rangées.
Née comme une finition luxueuse de l’Impala en 1965, la Caprice devient dès l’année suivante un modèle à part entière. Elle s’installe alors au sommet de la gamme full-size de Chevrolet, juste en dessous des marques plus huppées du groupe General Motors. Pas aussi exubérante qu’une Cadillac, ni aussi discrète qu’une Bel Air, la Caprice est un compromis typiquement américain : grande, confortable, rassurante. L’idée : rehausser le standing perçu sans bousculer la hiérarchie interne du groupe. Le succès est immédiat, autant pour la berline, le break (Estate) ou même le coupé. C’est la consécration d’un positionnement : le luxe à la manière Chevrolet. et une réponde directe à la Ford LTD.
De 1966 à 1968, la Caprice gagne en maturité stylistique. La silhouette s’affine, les surfaces vitrées s’élargissent, les lignes deviennent plus tendues — à mi-chemin entre robustesse et distinction. L’intérieur suit la même logique : tableau de bord capitonné, inserts façon bois, moquette épaisse, banquette moelleuse, accoudoirs intégrés. On ne parle pas encore de "premium", mais c’est exactement ce que c’est.
Le millésime 1968 n’introduit pas de révolution, mais il affine la recette. Ce qui distingue la Caprice Sport Sedan, c’est sa ligne de toit dite "fastback" (semi-fastback pour être précis), partagée avec d’autres modèles GM cette année-là. Elle donne à la berline quatre-portes une allure plus dynamique, tout en conservant l’espace intérieur généreux cher à la clientèle américaine. C’est une tentative subtile d’injecter un peu de modernité et de mouvement dans une silhouette fondamentalement classique.
Les retouches esthétiques de 1968 sont discrètes mais significatives :
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Une nouvelle calandre, plus épurée, avec phares dissimulés en option.
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Des feux arrière redessinés, plus fins, intégrés dans un bandeau chromé.
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L’arrivée des catadioptres latéraux, imposés par les nouvelles normes fédérales de sécurité
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À l’intérieur, davantage d’options de confort, des finitions toujours plus léchées, et une insonorisation revue à la hausse.
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En option, les roues arrière peuvent être recouvertes de "fenders skirts", des sortes de guêtres de roue (notre modèle).
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Autre option : les phares escamotables (hidden headlights) étaient une option rare et ajoutant un brin de sophistication.
La Caprice 1968 incarne ainsi l’apogée tranquille de la grande routière américaine : pas besoin de rugir, ni de séduire à coups de carrosseries racées. Elle avance dans la retenue, mais avec une assurance certaine. Le confort est roi. L’allure, second degré. Et l’ambition sociale, feutrée mais bien réelle.
Comme toute bonne full-size de l’époque, la Caprice 1968 laisse le choix entre plusieurs V8, avec une logique simple : plus tu paies, plus tu roules gros — et plus tu consommes. Pas de moteur six cylindres ici : la Caprice se veut sérieuse, respectable, et ça commence à huit cylindres.
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V8 307 ci (5.0 l) – env. 200 ch : moteur de base sur les modèles d’entrée, mais rarement vu sur les Caprice, car jugé un peu léger pour ses 1,9 tonne. Il remplace le 283 ci.
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V8 327 ci (5.4 l) – 275 ch : un excellent compromis, souple, fiable, largement répandu (notre modèle).
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V8 396 ci (6.5 l) – 325 ch : le "big block" d’accès, disponible en option. Du couple à revendre.
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V8 427 ci (7.0 l) – 385 ch (version L36) : pour les acheteurs les plus exigeants (ou les plus pressés), c’est le haut de gamme absolu. Souvent couplé à la boîte automatique Turbo Hydra-Matic.
Pas de moteur franchement sportif ici : même le 427 reste civilisé, destiné à cruiser plutôt qu’à faire des départs arrêtés. Ce qui compte, c’est la disponibilité du couple dès les bas régimes, pour relancer la masse sans effort. Et dans ce domaine, la Caprice ne déçoit jamais.
La boîte manuelle à trois vitesses reste théoriquement disponible, mais la majorité des Caprice sortent d’usine avec la transmission automatique, symbole de confort moderne. Direction assistée, freinage assisté, air conditionné : tout est pensé pour que le conducteur n’ait rien d’autre à faire qu’effleurer l’accélérateur et savourer.
Autre particularité : neuf rapports de pont sont disponibles, changeant le caractère de la voiture selon le choix du client.
À la fin des années 60, la Caprice règne sur les banlieues américaines comme une évidence : vaste, confortable, respectée. Elle symbolise une Amérique sûre d’elle-même, qui produit en masse, consomme sans compter, et valorise la possession tranquille. Mais l’euphorie ne dure pas.
Les années 70 vont éroder ce modèle de prospérité. Premier choc pétrolier en 1973, nouvelles normes environnementales, obligations de sécurité de plus en plus contraignantes, coûts de production en hausse… L’ère des grandes voitures lourdes et voraces touche à sa fin. Même les acheteurs les plus fidèles commencent à regarder de travers les gabarits XXL et les moteurs gloutons. General Motors prend conscience que ses full-size doivent changer de paradigme.
Après un dernier baroud d’honneur au style baroque entre 1971 et 1976 — capots interminables, carrosseries hypertrophiées, poids dépassant les deux tonnes — vient le temps du downsizing. En 1977, Chevrolet opère un virage historique : la Caprice (ici en coupé 1977 ou en break) est entièrement redessinée. Elle perd près de 30 centimètres, 400 kg, et adopte des lignes plus nettes, tendues, plus en phase avec les temps nouveaux.
La Caprice 1979 s’inscrit dans cette logique. C’est une voiture encore imposante par les standards européens, mais raisonnable selon les critères américains. Elle conserve ses ambitions de confort et de respectabilité, mais dans un format plus ramassé, plus efficient. Le chrome recule, les moteurs s’assagissent, l’électronique commence à poindre timidement. L’idée, ce n’est plus d’impressionner, mais de rassurer.
FICHE TECHNIQUE :
🔹 Type du moteur : V8 ouvert à 90°, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Fonte
🔹 Emplacement : longitudinal, avant
🔹 Puissance fiscale : ~25 CV
🔹 Cylindrée : 5 354 cm³ (327 ci)
🔹 Alésage x course : 101,6 mm x 82,6 mm
🔹 Taux de compression : 10,0:1
🔹 Vilebrequin : 5 paliers
🔹 Puissance maximale : 275 ch SAE à 5 200 tr/min
🔹 Couple maximal : 488 Nm à 3 200 tr/min
🔹 Distribution : Arbre à cames central, culbuteurs
🔹 Nombre de soupapes : 16
🔹 Alimentation : Carburateur quadruple corps
🔹 Type de transmission : Propulsion (RWD)
🔹 Boîte de vitesses : Automatique 3 rapports Turbo Hydra-Matic
🔹 Direction : Assistée à recirculation de billes
🔹 Diamètre de braquage : Environ 12,5 m
🔹 Suspension avant : Ressorts hélicoïdaux, bras triangulés, barre stabilisatrice
🔹 Suspension arrière : Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux
🔹 Longueur : 5 460 mm
🔹 Largeur : 2 000 mm
🔹 Hauteur : 1 400 mm
🔹 Empattement : 3 020 mm
🔹 Voie avant : 1 575 mm
🔹 Voie arrière : 1 575 mm
🔹 Pneus avant : 225/75 R15
🔹 Pneus arrière : 225/75 R15
🔹 Freins avant : Tambours (disques en option)
🔹 Freins arrière : Tambours
🔹 Vitesse maximale : de 180 à 200 km/h selon rapport de pont
🔹 0 à 100 km/h : Environ 10,5 s
🔹 400 m D.A. : Environ 17,5 s
🔹 1000 m D.A. : Environ 31 s
🔹 Capacité du réservoir : 91 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : ~14 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : ~18 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : ~23 l/100 km
🔹 Volume du coffre : Environ 600 litres
🔹 Poids à vide : Environ 1 900 kg