Reliant Robin Mk II (1989-1999)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
L’histoire de la Reliant Robin ne commence pas dans une planche à dessin futuriste, mais dans l’Angleterre d’après-guerre. Une Angleterre frugale, endettée, où le carburant est rationné et l’automobile reste inaccessible à une bonne partie de la population. Pour nombre de Britanniques, le choix est simple : la moto, ou rien.
C’est dans ce contexte que s’impose une silhouette improbable : le tricycle motorisé. Grâce à une réglementation souple — fiscalité réduite, permis moto suffisant — des petits véhicules à trois roues commencent à occuper un segment oublié du marché. Reliant, petit constructeur de Tamworth, s’engouffre dans la brèche avec la Regal, sorte de voiturette minimaliste à carrosserie en tôle, plus tard en fibre de verre, qui propose l’essentiel pour rouler au sec, à bas coût.
La Robin, lancée en 1973, modernise l’idée : ligne adoucie, meilleure finition, moteur maison. Elle devient rapidement l’un des véhicules à trois roues les plus diffusés au monde. Mais dès les années 1980, le vent tourne. La concurrence devient plus rude, la clientèle vieillit, et la silhouette atypique commence à susciter davantage de curiosité que de sérieux.
En 1982, la Rialto fait son apparition en remplacement de la Robin, avec un design plus moderne, des dimensions plus généreuses, et une ambition affichée de toucher une clientèle plus large, moins stigmatisée par la silhouette atypique à trois roues.
Pourtant, la Robin n’a pas disparu pour autant. En 1989, la marque relance la Robin Mk II (notre modèle), un modèle moins sophistiqué que la Rialto, plus proche des racines de la marque. La Mk II vise un public fidèle, attaché au concept original : un véhicule léger, simple, accessible, aux coûts d’entretien réduits, et bénéficiant toujours de la fiscalité avantageuse des tricycles motorisés. La Rialto, elle, reste au catalogue, continuant à répondre à une continue à répondre à une clientèle plus large, cherchant une alternative un peu plus conventionnelle.
dernité. Elle n’a pas les prétentions de la Rialto, ni ses efforts de montée en gamme, mais elle prolonge la philosophie de Reliant : offrir une voiture à bas coût, capable de répondre à un besoin spécifique.
Cette coexistence entre la Rialto et la Robin Mk II, avec des profils et des objectifs distincts, illustre bien les difficultés de Reliant à se repositionner dans les années 80, à la croisée des chemins entre innovation et fidélité à un héritage unique.
Sortie en 1989, la Robin Mk II est d’abord une question de forme : une silhouette revue, plus contemporaine que celle de la Robin originale des années 70, mais sans renier ses racines. Le carrossier britannique IAD (International Automotive Design) est chargé de redessiner la coque en fibre de verre. Le résultat est un compromis évident : une ligne plus ronde, moins anguleuse, qui tente de s’inscrire dans une esthétique des années 80 tout en restant fidèle à la configuration à trois roues. On peut remarquer les phares empruntés à la Ford Fiesta Mk II qui font un sérieux rappel au modèle allemand.
Techniquement, la Mk II ne bouleverse pas la formule. Le moteur est toujours un petit bloc 4 cylindres en ligne de 850 cm³, atmosphérique, refroidi à l’eau, dérivé des anciennes motorisations Reliant. Ce moteur modeste, produisant environ 40 chevaux, suffit pour déplacer les moins de 500 kg de la Robin. La boîte manuelle à quatre rapports, fidèle compagne de ce moteur, privilégie l’économie plus que la performance.
Sur le plan mécanique, la Robin Mk II conserve la simplicité volontaire : suspension à roue indépendante à l’avant, essieu rigide à l’arrière, freins à disque sur la roue avant unique, tambours sur les roues arrière. La légèreté et la simplicité sont les maîtres mots, conditions indispensables pour rester dans la catégorie des tricycles motorisés.
Cependant, la suspension avant mérite qu'on s'y attarde. Cette unique roue avant est celle qui assure la direction, le freinage principal, et une bonne partie de la stabilité. La suspension avant est donc une pièce maîtresse.
La Robin utilise une fourche avant indépendante, similaire dans l’esprit à celle d’une moto ou d’un tricycle. Cette fourche est équipée de ressorts hélicoïdaux et d’amortisseurs hydrauliques, conçus pour absorber les chocs tout en maintenant la stabilité de la roue.
La géométrie a été pensée pour minimiser le transfert de poids et éviter que la roue ne se désaxe sous l’effort, ce qui serait catastrophique pour la tenue de route.
Le compromis est fragile : un train avant trop rigide aurait rendu la conduite brutale, tandis qu’une suspension trop souple aurait nuit à la précision du pilotage. Reliant a donc privilégié un équilibre pragmatique, offrant un confort relatif et un comportement sain, dans les limites de la configuration atypique.
En matière d’équipement, la Robin Mk II reste spartiate. On ne trouve ni climatisation, ni direction assistée, ni électronique sophistiquée. C’est une voiture conçue pour durer, pour être économique à l’usage, et surtout pour répondre à une réglementation qui favorise ce type de véhicules.
Cette modestie, loin d’être un défaut, est aussi son ADN. La Robin Mk II ne prétend pas séduire par son luxe ou sa puissance, mais par son pragmatisme brut et son positionnement clair : offrir un moyen de transport accessible, simple et économique, même si cela implique quelques concessions sur le confort ou les performances.
La configuration à trois roues, si elle offre un avantage fiscal et une simplicité mécanique, n’est pas sans conséquences sur la tenue de route. Avec une seule roue à l’avant, la Robin Mk II présente une géométrie particulièrement délicate à maîtriser.
Le principal problème réside dans le fait que toute la stabilité directionnelle repose sur cette unique roue avant, soumise à la fois aux efforts de direction, de freinage, et aux sollicitations du terrain. Dès que la vitesse augmente ou que le conducteur prend un virage serré, le risque de basculement devient réel. C’est une limite intrinsèque à la conception du tricycle. Ce n'est pas pour rien de la plupart des autres véhicules à trois roues ont leur unique roue à l'arrière.
Techniquement, la suspension avant et le châssis tentent de compenser cette faiblesse. La fourche avant, équipée de ressorts et amortisseurs bien calibrés, travaille pour garder la roue bien en contact avec la route. Mais la physique ne ment pas : les lois du comportement dynamique imposent des contraintes qui ne peuvent être totalement contournées.
Cette instabilité explique en partie pourquoi la Robin est souvent perçue comme une voiture « délicate » à conduire, nécessitant une certaine prudence et un savoir-faire pour tirer le meilleur parti de ses qualités. Et c'est cette faiblesse qui va la transformer en icône de l'automobile.
Malgré ses limites techniques et son apparence atypique, la Reliant Robin Mk II est devenue un véritable symbole de la culture automobile britannique, une sorte d'anti Rolls-Royce. Son statut d’icône ne tient pas seulement à sa silhouette unique ou à ses trois roues, mais à ce qu’elle incarne : l’esprit d’innovation à l’ancienne, le pragmatisme mêlé à un certain excentricité, une capacité à durer contre vents et marées et une instabilité légendaire.
Dans un pays où l’automobile est souvent vue comme un reflet de la personnalité et de la classe sociale, la Robin a trouvé sa place en incarnant la simplicité accessible à tous, mais aussi une forme de rébellion douce face à la standardisation et à la sophistication croissante des véhicules modernes.
Les apparitions dans des émissions cultes comme Top Gear ont renforcé cette image, mêlant moqueries affectueuses et reconnaissance pour un modèle qui refuse de disparaître. Plus encore, sa présence dans la série Mr Bean a exporté son image à l’international, transformant la Robin en un symbole instantanément identifiable de la bizarrerie britannique.
Au final, la Robin Mk II dépasse largement son statut de simple voiture : elle est un témoignage vivant d’une époque, d’une approche de l’automobile, et surtout, d’une certaine idée de l’Angleterre, entre tradition et excentricité.
En 1999, la Robin est modifiée et devient Mk III. Elle reçoit des phares d'Opel Corsa B, principale modification visible.
En 2001, la production de la Reliant Robin s’arrête, marquant la fin d’un chapitre emblématique pour Reliant Motor Company. Cette entreprise britannique, qui avait su allier ingéniosité et originalité, ne résiste pas aux exigences croissantes du marché automobile, aux nouvelles normes de sécurité, ni à la pression de la concurrence mondiale. Elle est toutefois produite par l'entreprise B&N Plastics sous licence à partir de juillet 2001. Mais l'entreprise, autorisée à ne produire que 250 voitures par an, ne réussira à n'en fabriquer que 40 avant de sombrer financièrement en octobre 2002.
Reliant n’était pas seulement synonyme de trois roues économiques : la marque s’était aussi aventurée sur des terrains plus ambitieux, comme avec la Reliant Scimitar, une voiture de sport et GT qui symbolisait ses aspirations à toucher une clientèle plus sophistiquée et sportive. Cette dualité — d’un côté la Robin, accessible et pragmatique, de l’autre la Scimitar, élégante et performante — témoigne de la diversité et des contrastes qui ont marqué l’histoire de Reliant.
La disparition de Reliant s’inscrit dans un phénomène plus large de déclin des petits constructeurs britanniques indépendants, qui avaient pourtant apporté tant d’audace et de caractère à l’industrie. Malgré cette fin, la Robin, tout comme la Scimitar, laisse un héritage durable.
Aujourd’hui, la Robin continue de circuler, chérie par une communauté passionnée, tandis que la Scimitar reste un classique apprécié des amateurs de voitures britanniques de caractère. Ces deux modèles, si différents, illustrent à merveille la capacité de Reliant à marquer durablement l’automobile britannique — entre simplicité, innovation et élégance.
🔹 Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 4 CV (France – estimation)
🔹 Cylindrée : 848 cm³
🔹 Alésage x course : 62,9 mm × 68,3 mm
🔹 Taux de compression : 8,5:1
🔹 Vilebrequin : 5 paliers
🔹 Puissance maximale : 40 ch (29,4 kW) à 5500 tr/min
🔹 Couple maximal : ~60 Nm à 3000 tr/min (donnée non officielle)
🔹 Distribution : Arbre à cames latéral, culbuteurs
🔹 Nombre de soupapes : 8 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : Carburateur SU
🔹 Type de transmission : Propulsion (roues arrière)
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports
🔹 Direction : À vis sans fin et secteur denté
🔹 Diamètre de braquage : Environ 9,5 m
🔹 Suspension avant : Roue unique sur fourche indépendante, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs hydrauliques
🔹 Suspension arrière : Essieu rigide, ressorts à lames, amortisseurs télescopiques
🔹 Longueur : 3 370 mm
🔹 Largeur : 1 470 mm
🔹 Hauteur : 1 370 mm
🔹 Empattement : 2 210 mm
🔹 Voie avant : néant
🔹 Voie arrière : ~1 180 mm
🔹 Pneu avant : 145/80 R13
🔹 Pneus arrière : 145/80 R13
🔹 Freins avant : Disque sur roue avant unique
🔹 Freins arrière : Tambours
🔹 Vitesse maximale : 137 km/h
🔹 0 à 100 km/h : ~16,0 s
🔹 400 m D.A. : ~20 s
🔹 1000 m D.A. : ~40 s
🔹 Capacité du réservoir : 28 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : ~4,7 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : ~6,5 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : ~7,5 l/100 km
🔹 Volume du coffre : Environ 250 litres
🔹 Cx : ~0,40 (estimation, non officiel)
🔹 Poids à vide : 450 kg