Jaguar XK120 Fixed Head Coupé (1951-1954)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
🐆 Jaguar XK120 Fixed Head Coupé — Le fauve apprivoisé
Lorsqu’en octobre 1948, Jaguar dévoile sa toute nouvelle XK120 au Salon de Londres, le public britannique, encore engourdi par l’austérité d’après-guerre, découvre une silhouette qui semble tout droit échappée d’un rêve art déco. Long capot, ailes galbées, lignes sensuelles : la XK120 est un manifeste roulant, une promesse d’élégance et de vitesse. C'est une ode à la courbe, un manifeste contre la ligne droite.
Mais ce premier fauve se présente sous une forme sauvage : le roadster, pur et sans fioritures, où l’on goûte à la conduite cheveux au vent, dans le vrombissement onctueux du 6-cylindres double arbre à cames. La XK120 OTS (Open Two Seater) est une machine d’émotion brute, taillée pour les gentlemen drivers audacieux.
C’est en 1951 que Jaguar décide de civiliser la bête. La Fixed Head Coupé (ou FHC pour les intimes) entre en scène. Elle garde les courbes musclées de sa sœur décapotable, mais y ajoute un toit fixe, des vitres descendantes et un habitacle nettement plus soigné. Bois précieux, cuir tendu, isolation phonique — ici, l’automobile devient salon roulant.
Ce changement de forme induit un changement d’âme : le coupé s’adresse à une autre race de conducteurs, moins extravertis, plus soucieux de confort, d’intimité, voire de discrétion. Le roadster clame sa fougue, le coupé la murmure. Au volant, la conduite reste grisante, entre le grondement envoûtant du moteur, la direction un peu imprécise, les freins à tambours peu endurants, la boite Moss lente, l'embrayage lourd. C'est puissant, ça se domine, ça s'apprivoise.
Sous le capot, rien ne change vraiment — du moins, en apparence. Le mythique 6-cylindres en ligne de 3,4 litres et ses 160 chevaux sont toujours de la partie, capables de propulser la bête à plus de 190 km/h. Une prouesse à l’époque, qui explque le “120” du nom, pour 120 miles par l’heure. Rares sont les voitures capables de telles performance à l'époque. Ferrari n'en est encore qu'à ses débuts et ses voitures de série comme la 195 Inter n'ont pas encore ce niveau de performance. La Bugatti type 57 d'avant-guerre atteint 200 km/h mais elle est plus de quatre fois plus chère. En réalité, la XK120 est la voiture la plus rapide du monde en ce début des années 50.
Mais seulement jusqu'à l'apparition de la déclinaison SE (Special Equipment). La XK120 SE durcit le ton : double échappement, culasse modifiée, puissance portée à 180 chevaux, jantes à rayons avec écrou papillon qui impliquent la suppression des spats, suspensions affermies. C'est alors un compromis rêvé entre raffinement et agressivité, disponible aussi bien en roadster qu’en coupé.
Avec 210 km/h en vitesse de pointe, elle ne sera battue que par la Mercedes 300 SL en 1954.
Visuellement, le coupé n’est pas moins spectaculaire. Son pavillon fluide, légèrement incliné, lui donne une allure de GT racée, une sorte de félin prêt à bondir — mais sans jamais transpirer. La XK120 Coupé séduit les esthètes, les voyageurs, ceux qui aiment se faire remarquer sans faire de bruit, les amoureux des courbes.
Elle incarne à merveille ce paradoxe typiquement britannique : conjuguer le raffinement au pluriel avec un moteur capable de cravacher sec. Un art de vivre en équilibre, où les kilomètres se dégustent comme un bon whisky, entre courbes fluides et accélérations discrètes, entre confort et vitesse.
Initialement conçue comme une vitrine technologique pour le nouveau moteur XK, la XK120 n’était censée être produite qu’à 200 exemplaires. Mais face à l’engouement immédiat du public — et des marchés américains — Jaguar revoit ses ambitions à la hausse. Au final, 12 078 exemplaires seront produits entre 1948 et 1954, toutes versions confondues.
Parmi eux :
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7 631 roadsters OTS (Open Two Seater),
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2 678 Fixed Head Coupé (FHC),
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et 1 769 Drophead Coupé (DHC), version cabriolet avec capote repliable et vitres descendantes.
Le coupé, bien que minoritaire en volume, incarne une facette plus intime, plus feutrée de la XK120. Une discrétion toute relative, tant il reste l’un des plus beaux coupés jamais dessinés.
En 1954, la XK120 laisse place à sa descendante directe : la Jaguar XK140. Même silhouette globale, mais améliorée sur presque tous les fronts : châssis revu, direction assistée, meilleur confort, puissance accrue. Le coupé y trouve une maturité nouvelle, conservant son charme tout en gagnant en efficacité.
Mais rien n’effacera l’audace originelle de la XK120 Coupé : celle d’avoir voulu allier le rugissement au velours, la course au confort, la fougue au flegme. Une voiture qui n’a pas été conçue pour aller le plus vite possible, mais pour faire de chaque détour un instant d’éternité.
🛠️ FICHE TECHNIQUE : Jaguar XK120 Fixed Head Coupé (1951–1954)
🔹 Type du moteur : 6 cylindres en ligne, refroidi par eau
🔹 Bloc : Fonte
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 21 CV
🔹 Cylindrée : 3 442 cm³
🔹 Alésage x course : 83 mm x 106 mm
🔹 Taux de compression : 8:1
🔹 Vilebrequin : 7 paliers
🔹 Puissance maximale : 160 ch à 5 200 tr/min
🔹 Couple maximal : 26,9 mkg à 2 500 tr/min
🔹 Distribution : double arbre à cames en tête
🔹 Nombre de soupapes : 12
🔹 Alimentation : 2 carburateurs SU H6
🔹 Type de transmission : Propulsion
🔹 Boîte de vitesses : Manuelle à 4 rapports (boîte Moss, 1ère non synchronisée)
🔹 Direction : À vis et secteur
🔹 Diamètre de braquage : Environ 11 m
🔹 Suspension avant : Roues indépendantes, barre de torsion, barres anti-roulis
🔹 Suspension arrière : Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques, amortisseurs télescopiques
🔹 Longueur : 4 394 mm
🔹 Largeur : 1 575 mm
🔹 Hauteur : 1 359 mm
🔹 Empattement : 2 591 mm
🔹 Voie avant : 1 295 mm
🔹 Voie arrière : 1 270 mm
🔹 Pneus avant : 6.00 x 16
🔹 Pneus arrière : 6.00 x 16
🔹 Freins avant : Tambours (305 mm)
🔹 Freins arrière : Tambours (305 mm)
🔹 Vitesse maximale : 193 km/h
🔹 0 à 100 km/h : ~ 11 s
🔹 400 m D.A. : ~ 17,5 s
🔹 1000 m D.A. : ~ 31,5 s
🔹 Capacité du réservoir : 76 litres
🔹 Poids à vide : 1 320 kg