DAF 66 Super Luxe (1972-1975)
(Auto-Moto-Rétro, Parc des Expos de Rouen, Seine-Maritime, septembre 2017)
Quand on parle des années 70 en matière automobile, on pense souvent aux monstres sacrés italiens, aux berlines françaises pleines de tempérament, ou aux ingénieuses compactes allemandes. Mais dans un coin du continent, les Pays-Bas tracent un sillon singulier. Pas clinquant. Pas tapageur. Mais inventif, rigoureux, différent.
Au cœur de cette démarche : la DAF 66, lancée en septembre 1972. Une voiture née d’une vision pragmatique de la mobilité, et d’une innovation technique maison : la transmission à variation continue Variomatic. Et cette gamme, modeste en apparence, cache une petite pépite : la DAF 66 Super Luxe, version coupé deux portes raffinée et volontairement à contre-courant.
La DAF 66 qui vient remplacer la 55, elle même héritière de la 44, se décline en trois silhouettes : la berline quatre portes, sobre et classique, un break (Combi) pratique et bien conçu et un coupé deux portes, plus nerveux, plus stylé (notre modèle).
Tous partagent une même architecture technique : un moteur Renault Cléon-Fonte (1108 cm³) partagé avec la Renault 8 et connu pour sa fiabilité et un châssis amélioré, avec suspension arrière à roues tirées en remplacement de l'essieu De Dion, et bien sûr, le fameux Variomatic, cette boîte sans vitesse… et sans secousses.
La transmission est aussi connue sous le nom de CVT (Continuously Variable Transmission) - Transmission à Variation Continue? C'est un système de poulies variables reliées entre elles par une courroie. Chacune des poulies se compose de deux côtés mobiles en forme de cône dont l’un est variable, c’est-à-dire qu’il s’approche ou s’éloigne de l’autre côté afin de faire monter ou descendre la courroie. La forme en « V » de la courroie lui permet de bien épouser celle de la poulie et ainsi d’adhérer au maximum. La poulie qui est reliée au moteur entraîne la deuxième poulie qui, elle, est reliée aux roues motrices. (source).
Il n'y a pas de rapport de boite à proprement parler, puisque le système se gère automatiquement vers le ratio de transmission le plus approprié à la situation. La courroie glisse lentement du ratio le plus élevé pour l'accélération vers le plus faible pour atteindre la vitesse maximale dans une évolution continue, d'où son nom.
Le cœur du projet DAF 66, c’est la simplicité d’usage sans sacrifier l’intelligence mécanique. C’est penser la voiture comme un outil fluide, pas comme un fauve à dompter. Pour cela, il y a les versions Marathon avec leur moteur plus pointu.
Au sommet de cette gamme discrète trône la DAF 66 Super Luxe Coupé.
Un nom un peu ronflant ? Peut-être. Mais derrière, une vraie proposition : celle d’un petit coupé urbain, raffiné, technologique, et à prix contenu.
Le dessin est signé Michelotti, styliste italien prolifique qui a travaillé notamment pour Triumph, BMW, mais aussi bien d’autres. Il offre à la Super Luxe un profil net, ramassé, presque sportif, sans jamais sombrer dans l’agressivité. Elle reste une hollandaise : droite, posée, fonctionnelle. Mais avec un soupçon de panache.
Pas de cuir tendu ni de bois précieux. Le confort n’est pas ostentatoire, mais suffisamment valorisant pour se distinguer d’une Simca 1000 ou d’une Fiat 127. Pour recevoir le label "Super Luxe" la 66 est équipée d'une sellerie tissu haut de gamme, d'un tableau de bord complet avec montre et cendrier, une volant gainé, une moquette épaisse. En plus des cerclages chromés des vitres, elle obtient un lave-glace électrique (les voitures étaient généralement équipées d'une pompe à pied) et d'une lunette arrière dégivrante
Sur le papier, la DAF 66 Super Luxe n’a pas les crocs d’une sportive. Son moteur Renault Cléon-Fonte (nom officiel "Sierra") de 1108 cm³ développe 47 chevaux, pour une vitesse maximale de 136 km/h. Mais là n’est pas son terrain de jeu. Elle excelle en ville, dans les embouteillages, sur les routes secondaires, là où le Variomatic délivre toute sa souplesse. Elle est l'alternative intelligente aux classiques berlines comme les Renault 6 ou Peugeot 104, mais également aux Fiat 128 Coupé ou même la Coccinelle.
De son côté, la DAF 66 fait son chemin. Elle n'est pas une voiture de course, mais une voiture de tête. Une auto conçue par des ingénieurs pour des conducteurs qui aiment rouler tranquilles dans une voiture fiable, compacte, fonctionnelle.
Mais en 1975, l’aventure s’arrête. Volvo rachète DAF, rebadge la voiture sous le nom Volvo 66, et la replie doucement dans sa gamme. Le design devient plus austère, les finitions se "scandinavisent", l’âme néerlandaise s’efface. Et le coupé ne survit pas à la transition, jugé trop peu rentable. En effet, entre 1972 et 1975, DAF n'avait écoulé que 5587 exemplaires du coupé.
Ainsi, pour qui cherche une voiture différente, la DAF 66 Super Luxe Coupé reste la version à convoiter. C’est celle qui concentre l’esprit originel du projet : intelligente, singulière, subtilement élégante.
La gamme DAF 66, c’est une proposition cohérente, centrée sur la simplicité mécanique et l’innovation.
Et la Super Luxe, dans ce tableau, c’est la touche de style, le pari du coupé urbain avant l’heure, la douceur mécanique faite voiture.
Une voiture qui ne cherche pas à dominer la route, mais à la comprendre et l’apprivoiser.
Pour en savoir plus : DAF Club
🔹 Type du moteur : 4 cylindres en ligne, essence
🔹 Bloc : Fonte (Renault Cléon-Fonte)
🔹 Culasse : Aluminium
🔹 Emplacement : Longitudinal avant
🔹 Puissance fiscale : 6 CV
🔹 Cylindrée : 1 108 cm³
🔹 Alésage x course : 70 x 72 mm
🔹 Taux de compression : 9,2 : 1
🔹 Vilebrequin : 5 paliers
🔹 Puissance maximale : 47 ch DIN à 5 000 tr/min
🔹 Couple maximal : 77 Nm à 3 000 tr/min
🔹 Distribution : Arbre à cames latéral, chaîne
🔹 Nombre de soupapes : 8 (2 par cylindre)
🔹 Alimentation : Carburateur simple corps Solex
🔹 Suralimentation : Aucune
🔹 Type de transmission : Propulsion (roues arrière)
🔹 Boîte de vitesses : Transmission Variomatic (CVT à deux courroies)
🔹 Direction : Vis sans fin et galet
🔹 Diamètre de braquage : Environ 10,5 m
🔹 Suspension avant : Indépendante, jambes de force McPherson, ressorts hélicoïdaux
🔹 Suspension arrière : Bras tirés, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs hydrauliques
🔹 Longueur : 3 880 mm
🔹 Largeur : 1 540 mm
🔹 Hauteur : 1 380 mm
🔹 Empattement : 2 250 mm
🔹 Voie avant : 1 260 mm
🔹 Voie arrière : 1 265 mm
🔹 Garde au sol : Environ 150 mm
🔹 Pneus avant : 145 SR 13
🔹 Pneus arrière : 145 SR 13
🔹 Freins avant : Disques pleins
🔹 Freins arrière : Tambours
🔹 Vitesse maximale : 136 km/h
🔹 0 à 100 km/h : 22 s
🔹 400 m D.A. : Environ 21 s
🔹 1000 m D.A. : Environ 43 s
🔹 Capacité du réservoir : 35 litres
🔹 Consommation à 90 km/h : ~ 6,8 l/100 km
🔹 Consommation à 120 km/h : ~ 9,5 l/100 km
🔹 Consommation en cycle urbain : ~ 10–11 l/100 km
🔹 Volume du coffre : Environ 325 litres (banquette rabattue : ~ 550 l)
🔹 Cx : Environ 0,44 (estimation, non homologué)
🔹 Poids à vide : 785 kg