Volkswagen Santana CL (1981-1985)
(Yvetot, Seine-Maritime, août 2017)
Volkswagen Santana
la Passat qui a changé le monde, discrètement
À l’orée des années 1980, Volkswagen est en pleine mutation. La Golf a déjà posé les bases d’une nouvelle ère — celle des compactes modernes à traction avant — et la Passat, lancée en 1973, incarne la montée en gamme de la marque. Avec la Passat B2, dévoilée en 1981, VW entend consolider sa position face aux berlines familiales françaises, italiennes et japonaises. Mais un détail change tout : cette fois, la Passat sera disponible en version tricorps, avec un coffre séparé. Et c’est cette déclinaison qui prendra le nom de Santana.
Le choix du nom est tout sauf anodin. “Santana” évoque à la fois l’exotisme et le vent chaud californien — une touche d’Amérique latine dans une voiture allemande, comme un clin d'œil à sa future carrière internationale. Esthétiquement, la Santana reste sobre, presque austère : lignes tendues, calandre discrète, volumes carrés. Mais sous cette apparente modestie se cache une berline moderne pour son temps.
Elle repose sur la plateforme de la Passat B2, avec une motorisation transversale et une traction avant. Les motorisations vont du 1.3L essence (Santana CX) au 2.0L cinq cylindres, en passant par un 1.6L diesel (Santana LX Turbo-D) plutôt volontaire mais sonore. La boîte de vitesses manuelle à 4 ou 5 rapports est de série, tandis qu'une boîte automatique à 3 vitesses est proposée en option sur certaines versions.
L’intérieur, quant à lui, reflète le sérieux germanique : instrumentation lisible, agencement logique, finitions solides. Pas de fioritures, mais une ambiance pragmatique, parfaitement adaptée aux exigences de confort et de fiabilité d’une clientèle familiale… ou institutionnelle.
Mais ce que Volkswagen ignore encore à ce moment-là, c’est que cette berline discrète va bientôt devenir le visage de la marque dans le monde entier, bien au-delà des marchés traditionnels.
Dès sa conception, la Santana se prête à l’export. Sa mécanique robuste, son design universel, et sa facilité de maintenance en font une candidate idéale pour conquérir des marchés variés. Volkswagen comprend vite l’intérêt d’adapter son offre selon les besoins locaux. Résultat : la Santana va se décliner sous différentes formes, avec des spécificités pour chaque région.
Au Brésil, la Santana est lancée dès 1984, produite localement à São Bernardo do Campo. Elle devient rapidement l’alternative sérieuse à la Chevrolet Monza et à la Fiat Regata, dans un marché friand de berlines classiques. On y trouve même une version break, baptisée Quantum, plus tard exportée en Allemagne sous ce même nom.
Au Japon, elle est vendue via Nissan sous le label Nissan Santana, dans le cadre d’un accord surprenant. Volkswagen ne disposait pas encore d’un réseau de distribution suffisant, et s’allie donc à un concurrent nippon pour s’implanter sur l’archipel.
En Afrique du Sud, elle est assemblée localement et bénéficie d’adaptations pour les routes rugueuses, tout comme au Mexique, où elle connaît un petit succès en tant que berline statutaire.
Malgré des marchés très différents, Volkswagen applique une même recette : un châssis solide, une technologie éprouvée, et un modèle personnalisable selon les besoins économiques ou climatiques locaux.
La Santana devient un véhicule caméléon, qui s’adapte à tout… sauf au public européen, qui lui préfère les Golf et Passat break plus dynamiques. En Europe de l’Ouest, la Santana vit une existence brève et discrète.
S’il est un pays où la Santana est plus qu’une voiture, c’est bien la Chine. En 1985, Volkswagen signe un accord historique avec le gouvernement chinois pour produire la Santana localement via la joint-venture Shanghai Volkswagen Automotive Company. C’est la toute première voiture étrangère à être fabriquée en Chine à grande échelle.
Et c’est un coup de génie.
La Santana devient la voiture des taxis, des entreprises d’État, des cadres, et même de la police. Sa robustesse, sa simplicité mécanique et son confort en font un compagnon idéal dans un pays où les infrastructures sont encore en développement. A tel point qu'en 1995, la Santana représente à elle seule 75% du parc automobile de Shanghai. La production chinoise de Santana a atteint un pic de plus de 270 000 unités par an à la fin des années 90.
Dans les années 1990-2000, elle est modernisée localement, avec des versions comme la Santana 2000, puis la Santana 3000, et enfin la Santana Vista, arborant des phares en amande et des tableaux de bord mis à jour. Elle est indissociable du paysage urbain chinois pendant presque trois décennies. En Chine, la Santana était surnommée "le cheval de fer", en raison de sa fiabilité sur les longues distances.
En 2013, une nouvelle Santana est lancée, cette fois basée sur la plateforme de la Polo. Plus compacte, plus moderne, elle vise une clientèle jeune et urbaine. Moins mythique, mais toujours rentable.
Pendant près de 30 ans, la Santana a équipé la Chine en mobilité. Elle a motorisé la transition d’un pays agricole vers la modernité urbaine. Ce n’est pas une voiture : c’est un pilier.
Aujourd’hui, la Volkswagen Santana est rarement citée dans les palmarès des modèles emblématiques. Et pourtant : elle a été produite sur quatre continents, a connu plus de 6 millions d’exemplaires, et a permis à Volkswagen de s’implanter durablement dans des marchés-clés.
Elle peut être comparée à des modèles comme :
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la Peugeot 504, autre berline "planétaire",
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la Toyota Corolla E100, reine de la modularité mondiale,
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ou encore la Fiat 131, diffusée massivement en Turquie, Égypte et dans les Balkans.
Mais la Santana a ceci de particulier qu’elle n’a jamais été une star dans son pays d’origine, ni même sur le Vieux Continent. C’est une voiture de l’ombre, qui a œuvré là où d’autres marques n’osaient pas encore investir.
Son nom continue de vivre, notamment en Chine, sous une forme moderne mais sans l’âme utilitaire et mythique des premières générations.
En Europe, on l’a oubliée. En Chine, on la regrette presque. Au Brésil, on en voit encore dans les rues. La Volkswagen Santana est le genre de voiture qui fait son boulot sans faire de bruit, qui s’adapte sans se faire remarquer, et qui finit par écrire l’histoire à force de kilomètres.
C’est peut-être ça, au fond, la vraie réussite automobile : ne pas chercher à être iconique, mais devenir indispensable.
| Pays / Région | Période de production | Nombre approximatif d’unités produites |
|---|---|---|
| 🇩🇪 Allemagne (VW) | 1981–1985 | ~500 000 |
| 🇧🇷 Brésil (VW do Brasil) | 1984–2006 | ~1 000 000 |
| 🇨🇳 Chine (SAIC VW) | 1985–2012 (ancienne) + 2013–auj. (nouvelle) | > 4 000 000 (ancienne) + ~2 000 000 (nouvelle) |
| 🇲🇽 Mexique | 1984–1991 | ~200 000 |
| 🇯🇵 Japon (via Nissan) | 1984–1990 | ~50 000 |
| 🌍 Autres marchés (CKD/assemblage local) | années 80–2000 | ~300 000 (estimation) |
➡️ Total mondial estimé (toutes versions confondues) : environ 8 millions d’exemplaires, ce qui place la Santana parmi les berlines tricorps les plus produites de l’histoire, hors haut de gamme.
Motorisation
Type du moteur : 4 cylindres en ligne, atmosphérique
Bloc : Fonte
Culasse : Aluminium, 8 soupapes
Emplacement : Transversal avant
Puissance fiscale : 7 CV
Cylindrée : 1 781 cm³
Alésage x course : 81,0 x 86,4 mm
Taux de compression : 10:1 (varie légèrement selon marché)
Vilebrequin : 5 paliers
Puissance maximale : 90 ch DIN à 5 200 tr/min
Couple maximal : 14,2 mkg (139 Nm) à 3 500 tr/min
Distribution : Arbre à cames en tête (ACT) entraîné par courroie crantée
Nombre de soupapes : 8 (2 par cylindre)
Alimentation : Carburateur Pierburg 2E2
Transmission & Direction
Type de transmission : Traction avant
Boîte de vitesses : Manuelle à 4 ou 5 rapports (option automatique 3 vitesses)
Direction à : Crémaillère, assistée (selon version)
Diamètre de braquage : 10,6 m
Suspension & Dimensions
Suspension av : McPherson, ressorts hélicoïdaux, barre stabilisatrice
Suspension ar : Essieu rigide, ressorts hélicoïdaux, amortisseurs télescopiques
Longueur : 454 cm
Largeur : 170 cm
Hauteur : 142 cm
Empattement : 255 cm
Voie av : 143 cm
Voie ar : 143 cm
Garde au sol : 13,5 cm (approximatif)
Pneumatiques & Freins
Pneus av : 165/80 R13 ou 175/70 R13 (selon finition)
Pneus ar : Identiques à l’avant
Freins av : Disques pleins
Freins ar : Tambours
Performances
Vitesse maximale : 170 km/h
0 à 100 km/h : 12,5 s
400 m D.A. : env. 18,7 s
1000 m D.A. : env. 34,5 s
Capacités
Capacité du réservoir : 68 litres
Consommation moyenne à 90 km/h : 6,7 l/100 km
Consommation moyenne à 120 km/h : 8,6 l/100 km
Consommation moyenne en cycle urbain : 10,5 l/100 km
Divers
Volume du coffre : 500 litres
Cx : 0,39
Poids : 1 050 kg (à vide)