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14 février 2025

Lagonda 4½-Litre M45 T8 Tourer (1934)

(Caux-Rétro, Allouville-Bellefosse, Seine-Maritime, juillet 2017)

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Wilbur Gunn est né dans l'Ohio, près de Springfield en 1859. Il a une passion pour l'opéra et il aurait chanté comme baryton à l'opéra. Mais son père estime qu'il n'y a pas d'avenir dans ce métier et le pousse à suivre des études d'ingénieur. Si sa carrière artistique est peu documentée, on sait qu'il n'est guère emballé à l'idée de poursuivre dans l'entreprise familiale de tonte de moutons. On retrouve alors l'artiste en 1891 lorsqu'il obtient la nationalité britannique et qu'il est alors ingénieur pour un entreprise qui fabrique des motos et les premiers hors-bord. Puis il s'attache à la conception de son propre moteur et peu à peu, il crée son réseau, trouve des financements et des mécènes. Il fabrique également des motos à son domicile. Avec son tricycle, il remportela course Londres-Edimbourg en 1905.

C'est ainsi qu'il fonde sa propre entreprise qu'il nomme Lagonda, le nom d'un lac en hommage à colonie amérindienne Shawnee qui vit proche de son lieu de naissance. "Lagonda" signifie "petite corne de daim" en dialecte Shawnee. L'endroit est très réputé pour sa beauté.

Il fabrique son premier torpédo quatre roues à moteur 6-cylindres de 20 ch qui lui permet de remporter en 1910 la course Moscou-Saint-Petersbourg. Grâce à ce succès, le tsar de Russie lui commande un exemplaire et il rentre à Londres avec un carnet de commande rempli. Il exporte ainsi son modèle en Russie dans des quantités qui lui permettent de développer son premier petit véhicule la 11.1, avec moteur 4-cylindres, barre Panhard, carrosserie monocoque et le tout premier frein à main. Cette activité se poursuit en produisant des voitures supérieures à la moyenne, pas particulièrement sportive mais toujours réalisées avec un soin remarquable.

Lorsque surgit la guerre, l'entreprise fabrique des obus et autres pièces d'artillerie. Et après la guerre, Gunn voulait développer des activités sportives mais son décès en 1920 coupa son élan. Ses associés orientent alors l'entreprise vers des voitures aux performances toujours plus importantes et les cylindrées et la puissance grimpent peu à peu sans jamais rechigner sur la qualité. Elles ont la réputation de voitures qui se conduisent sans effort, d'être rapides et de faire la fierté de leur propriétaire.

A début des années 30, l'écrémage de la crise conduit le General Metcalfe, directeur de Lagonda, à faire le tri dans les trop nombreux modèles. Et au lieu de se concentrer du côté de la production de masse, comme le feront les survivants de la crise, il s'oriente vers le haut de gamme, moins concurrentiel tout en continuant à produire la Rapier, une petite voiture de 1100 cm3. Ainsi il vient se poster aux côtés de Bentley, Alvis ou Invicta.

Il charge Arthur Davidson de concevoir le nouveau modèle chargé de sortir l'entreprise du marasme. Et lorsque la M45 sort à l'Olympic Show de 1933, elle coûte 10 fois le prix d'une Ford Popular. Et pour une fois, la voiture n'utilise pas un moteur maison, mais un moteur Meadows, un 6-cylindres à soupapes en tête. Chaque moteur livré était démonté, vérifié, testé, remonté. La voiture était performante, sans excès, mais sans défaut : confortable, luxueuse, souple et sans surprise concernant sa tenue de route. Elle parvenait néanmoins à atteindre 150 km/h, ce qui est important au milieu des années 30.

Lagonda proposait la M45 en plusieurs carrosseries : saloon, cabriolet, ou tourer (notre modèle) à mi-chemin entre le cabriolet et le roadster. Ces voitures peuvent être aussi carrossées par les plus grands noms qui sonnent encore aux oreilles des initiés : Hooper, James Young, Van den Plas, Gurnay Nutting. Mais Lagonda pouvait aussi faire du sur mesure, ce qui n'était pas nécessairement un atout financier. Les Lagonda sont chères et subissent la concurrence de Bentley qui domine le marché.

A l'opposé de la gamme, la Rapier n'est pas un succès aussi important qu'il aurait été nécessaire. Et Lagonda est mise en faillite en 1935. Les droits sur la Rapier sont cédés à deux anciens pilotes de Lagonda qui ne feront pas assez d'efforts pour rentabiliser la production et produiront à peine 300 exemplaires jusqu'à la guerre.

Mais à peine mise en liquidation, deux pilotes de la marque remportent les 24 Heures du Mans en 1935 avec une M45R en mettant fin à une série de quatre victoires pour Alfa Romeo. Cette victoire relançait l'intérêt des investisseurs pour la marque qui est finalement reprise par Alan Good grâce à une offre de reprise supérieure à celle de Rolls-Royce. Good allait même s'offrir les services de W.O. Bentley lui-même qui avait quitté sa propre entreprise rachetée par Rolls-Royce en 1931. Bentley allait pouvoir mettre sa patte sur la M45, seule véhicule produite par Lagonda. Il décide de lui donner une image plus sportive et plus haut de gamme encore. Ainsi nait la LG45. Viendront ensuite, toujours à l'initiative de Bentley, la LG46, puis la légendaire Lagonda V12 qui ne sera finalement jamais produite.

Après un dernier baroud d'honneur au Mans 1939, ou les deux Lagonda inscrites se classent 4è et 5è, l'entreprise est à l'agonie à l'issue de la guerre. Un repreneur est recherché. Sur les rangs il y a Jaguar, Rootes et Armstrond Siddeley. Mais c'est David Brown qui finit par reprendre l'entreprise en 1947 après la défection des autres. Celui qui avait racheté des usines de tracteurs et de transmissions et Aston Martin, n'était pas un fan d'automobile. Lagonda était pour lui un moyen de fabriquer une voiture comme lui en avait envie, sans souci de rentabilité.

Brown dispose de deux marques, Lagonda pour des voitures plutôt luxueuses, Aston Martin pour des sportives et d'un moteur particulièrement mis au point par W.O Bentley lui-même et qui reste à son service jusqu'en 1950. L'histoire se poursuit entre ces deux marques jusqu'en 1958 lorsque David Brown met la marque en sommeil. Il relance à nouveau la marque avec la construction pour lui-même de la Lagonda Rapide, qui sera mise ensuite en production sur une base de DB4 rallongée. Mais le coût pharamineux de la voiture l'empêcha de trouver le succès et seulement 55 voitures furent fabriquées, sur commande jusqu'en 1964. A nouveau, Lagonda s'éteignait, définitivement cette fois.

Lagonda ne sera alors plus que le nom de modèles d'Aston Martin, d'abord en version 4 portes de la DBS (7 exemplaires), puis en particulier la légendaire Aston Martin Lagonda de 1976.

Pour en savoir plus : carcatalog

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Une balade dans le monde de l'automobile de collection et des voitures d'exception au gré du hasard et des rencontres. Un peu d'histoire, un peu de technique et des voitures ! Plus de 2000 voitures et 12 000 photos.
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