25 août 2016

Sarao Jeepney (1953-2000)

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(Les Monts de la Locomotion, Bernay, Eure, mai 2013)

L'histoire de l'automobile est souvent le résultat d'un cocktail, fruits d'un savant dosage entre économie, marketing et géopolitique. Pour le Jeepney, l'élément culturel est à rajouter.

Alors que les USA souhaitent réduire leurs interventions dans le Pacifique, l'armée laisse derrière elle des centaines, voire des milliers, de Jeep Willys derrière elle. Or, dans un pays ravagé par une guerre usante, la population a besoin de transports pour rallier les différentes parties du pays, et si possible des véhicules ayant de bonnes capacités de franchissement dans un pays où les routes ne sont pas toutes goudronnées, loin s'en faut. Il en faut peu pour que des débrouillards se mettent à transformer les Jeep pour les adapter aux besoins locaux. Car les philippins ne sont pas assez riches pour s'acheter des voitures, même usées. Il leur faut des transports en commun.

C'est ainsi que deux constructeurs principalement (Sarao et Francisco), installés à Las Piñas, dans la banlieue de Manille, deviennent les principaux fournisseurs de Jeepney, combinaison des mots "Jeep" et "jitney" (qui désigne un véhicule intermédiaire entre le taxi et le bus). A partir de 1953, avec un capital de 700 peso philippins, Leonardo Sarao adapte des Jeep en modifiant la partie arrière : deux bancs face à face sont installés longitudinalement, et un toit est rajouté pour protéger de la pluie et du soleil. Ce n'est ni un taxi, ni vraiment un bus. Il n'y a pas d'arrêt prédéterminé et le client hèle le Jeepney comme un taxi en maraude. Au fur et à mesure, la longueur des bancs a augmenté, faisant des Jeepney de veritables autobus. D'abord simple garagiste, Sarao produit ses véhicules artisanalement avant d'être considéré comme constructeur à part entière en 1962. Si beaucoup de ses confrères ont mis la clef sous la porte, lui continue de produire ses Jeepney selon la "tradition".

Car l'élément culturel, c'est la décoration de chacune des Jeepney. Chaque voiture est bariolée de couleurs souvent criardes destinées à attirer l'attention et créer la réputation du chauffeur. C'est une sorte de personnalisation, chaque voiture reflétant l'image de la personnalité de son chauffeur. Si bien qu'il n'y a pas deux voitures identiques, sans compter les multiples versions qui ont été générées au fil des ans, au gré des motorisations disponibles (Isuzu et Mitsubishi). Le Jeepney est même devenu le symbole de la culture des philippines, tant et si bien que Sarao a exposé au Pavillon des Philippines lors de la Foire Internationalle de New-York en 1964. En 1971, l'Office de Tourisme et des Voyages des Philippines a organisé un raid Manille-Londres à travers l'Europe en Jeepney afin de promouvoir le tourisme philippin. Et en 1981, un Jeepney spécial a été aménagé afin d'accueillir le Pape Jean-Paul II.

La nature ayant horreur du vide, les gros constructeurs se sont mis à produire des Jeepney également. Sarao a résisté un temps, capitalisant sur son savoir-faire et sur la tradition. Mais face à des prix de plus en plus compétitifs, Sarao a fermé le 2 octobre 2000, ne conservant que le département de collection. Puis, petit à petit, la production a repris, au rythme de 12 à 15 véhicules par jour, mais dans des véhicules de transport scolaires. Aujourd'hui, le Jeepney est toujours en service, mais il n'y plus guère d'éléments de Jeep dessous ...

Il n'y aurait, selon l'affiche qui figure sur le véhicule, que 3 Jeepneys Sarao en circulation en France.

Posté par Zorglub34 à 17:18 - - Commentaires [0]
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